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La Russie veut arrêter Pavel Durov, que la France surveille déjà

Le FSB annonce un avis de recherche international contre le patron de Telegram, accusé de « complicité de terrorisme » autour d'un bot de rencontres. Pour atteindre Pavel Durov, milliardaire devenu français et mis en examen à Paris, Moscou devra compter sur ses voyages.

Mis à jour le samedi 1 août 2026 — 00h54
3 min
Pavel Durov, cofondateur de Telegram, dans les tribunes d'un combat de MMA à Abou Dhabi
Pavel Durov lors d'un combat de MMA à Abou Dhabi, le 25 octobre 2025.© AFP / Giuseppe Cacace

Les services de sécurité russes ont annoncé le 29 juillet avoir émis « un avis de recherche international » contre Pavel Durov, patron de Telegram, qu'ils accusent de « complicité de terrorisme ». Le même homme, détenteur d'un passeport français, reste mis en examen en France, où la justice lui reproche de ne pas agir contre les usages criminels de sa messagerie.

Le FSB fonde son accusation sur un bot de rencontres, Leo Match Bot, interdit en Russie. Selon son communiqué, des agents des services secrets ukrainiens s'y faisaient passer pour des jeunes filles afin de recruter de jeunes Russes, puis de les pousser à agresser des policiers et à incendier des infrastructures d'énergie et de transport. Moscou affirme que 46 citoyens russes de 12 à 22 ans passés par ce bot ont été arrêtés depuis juillet 2025, et reproche à Telegram de ne pas l'avoir supprimé. La nature exacte de l'avis de recherche n'a pas été précisée, pas plus que les pays disposés à le suivre.

Déjà aux mains de la justice française

Interpellé en août 2024 à sa descente d'avion, poursuivi pour une série d'infractions relevant de la criminalité organisée, le milliardaire de 41 ans a versé une caution de cinq millions d'euros et vécu sous un contrôle judiciaire strict, avec interdiction de voyager et obligation de pointer au commissariat de Nice. Ces mesures ont été assouplies en 2025 : il a pu regagner Dubaï, où il est établi, et n'est plus tenu de revenir en France tous les quatorze jours.

Né en Russie, naturalisé français en 2021, il ne serait menacé par la procédure russe qu'en se rendant dans un pays disposé à la suivre. La France, dont il est citoyen, n'extrade pas ses ressortissants ; les Émirats, où il vit, lui ont aussi délivré un passeport. Ses avocats français n'ont pas souhaité commenter, et « Pavel Durov n'a pas souhaité réagir à ce stade », a indiqué Telegram à l'AFP.

Telegram, outil et cible du pouvoir russe

La messagerie cofondée par Pavel Durov en 2013 est partout dans l'État russe : le Kremlin, les ministères et les forces de l'ordre s'en servent quotidiennement, tandis que les autorités multiplient depuis des mois les restrictions d'accès contre elle et contre WhatsApp, accusées de servir les services ukrainiens. Moscou avait déjà tenté de bloquer Telegram en 2018, avant d'y renoncer. Le libertarien revendiqué, chantre de la confidentialité en ligne, est poursuivi à l'Est pour ce qu'il laisse circuler et à l'Ouest pour ce qu'il refuse de modérer.

L'annonce du FSB survient en plein affrontement entre Moscou et les capitales européennes, sur le champ de bataille ukrainien comme sur le terrain de l'information — la France vient d'ordonner l'expulsion d'une chroniqueuse accusée de relayer la propagande du Kremlin. Pavel Durov racontait, à la fin du mois de juillet, un séjour en Géorgie sur son compte Telegram.

L'essentiel

  • L'accusation russe repose sur Leo Match Bot, un service de rencontres que Telegram n'a pas supprimé malgré son interdiction en Russie
  • Selon Moscou, des agents ukrainiens y recrutaient de jeunes Russes pour des sabotages, 46 arrestations sont invoquées
  • Citoyen français, Pavel Durov ne peut être livré par Paris, qui n'extrade pas ses ressortissants

Par Antoine Lefebvre · Journaliste international

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