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Présidentielle en Colombie :
salut militaire contre fans de K‑pop, la bataille des symboles

Salut militaire, image de tigre, fans de K‑pop et maillot de foot : la présidentielle colombienne s’est jouée autant sur les symboles que sur les programmes, entre droite dure et gauche.

Mis à jour le lundi 3 août 2026 — 21h38
4 min
Un partisan du candidat colombien de droite Abelardo de la Espriella déguisé en tigre, son emblème de campagne, lors d’un meeting
Un partisan d’Abelardo de la Espriella déguisé en « tigre », l’emblème de campagne du candidat de droite dure, lors d’un meeting à Bogota.© AFP / Raul Arboleda

Salut militaire, image de tigre, fans de K-pop, maillot de l’équipe nationale : le second tour de la présidentielle colombienne s’est joué moins sur un affrontement de programmes que sur une guerre de symboles. D’un côté, le candidat de droite dure Abelardo de la Espriella a joué le patriotisme et l’armée ; de l’autre, l’homme de gauche Ivan Cepeda a mobilisé la génération Z et la pop sud-coréenne. Le pays sort de plus de six décennies de conflit armé interne, et chaque camp y a puisé des images radicalement différentes.

De la Espriella, le « tigre » et le salut militaire

À chaque allocution, Abelardo de la Espriella porte la main droite au front avant de l’abaisser sèchement, promettant « la fermeté pour la patrie ». Cet avocat millionnaire n’a jamais servi sous l’uniforme, mais le geste est devenu le signe de ralliement de ses partisans ; à ses meetings, d’anciens soldats en treillis se rangent au premier plan pour entonner l’hymne. « Il inspire passion, émotion, respect », confie à l’AFP le sergent à la retraite José Espinosa, pour qui l’armée « a versé son sang pour le pays ». La droite juge biaisé le tribunal spécial né de l’accord de paix de 2016 avec la guérilla des Farc, qui juge des militaires accusés d’exactions contre des civils ; le candidat promet de le supprimer.

Des partisans d’Abelardo de la Espriella font le salut militaire lors d’un meeting en Colombie
Des partisans d’Abelardo de la Espriella font le salut militaire, devenu leur signe de ralliement, lors d’un meeting de campagne à Buga, le 14 juin 2026.© AFP / Joaquin Sarmiento

Surnommé « El Tigre » — une formule de l’ex-président Alvaro Uribe, qui le soutient depuis l’élimination de sa candidate au premier tour —, De la Espriella emprunte au registre de l’« homme fort ». L’analyste politique Angel Beccassino y voit un décalque du félin agressif, à l’image du lion adopté par l’Argentin Javier Milei : « La campagne d’Abelardo reprend des symboles qui ont fonctionné, associés à des projets d’autorité forte », explique-t-il. Novice en politique mais orateur efficace, le candidat se met en scène dans des vidéos générées par intelligence artificielle, feux d’artifice à l’appui.

Cepeda, la génération Z et le cœur coréen

À l’opposé, la campagne du sénateur Ivan Cepeda, philosophe de formation et allié du président sortant Gustavo Petro, est jugée sobre, voire ennuyeuse par certains experts. Elle s’est trouvé une énergie inattendue : des fans de K-pop, souvent issus de la génération Z, multiplient chorégraphies et relais en ligne sur des chansons de BTS. « Votre force irrésistible sur les réseaux et dans la rue est en train de mobiliser l’espoir de toute une génération », leur a lancé sur X ce défenseur des droits humains de 63 ans, qui reprend volontiers le « cœur coréen » formé du pouce et de l’index.

Des fans de K-pop lors d’un rassemblement en soutien à Ivan Cepeda à Bogota
Des fans de K-pop lors d’un rassemblement en soutien au candidat de gauche Ivan Cepeda, à Bogota, le 15 juin 2026.© AFP / Juan Barreto

Derrière l’esthétique, un enjeu plus lourd. Beaucoup de ces fans « sont des personnes LGBT, des femmes, des jeunes, des personnes issues des minorités », des électeurs qui redoutent une victoire de De la Espriella, explique le politologue Sebastian Solano, 28 ans, soutien du candidat de gauche. Le scrutin colombien rejoint d’autres rendez-vous latino-américains où la présidentielle se joue sur fond d’instabilité et de polarisation extrême.

Reste le maillot jaune de la sélection colombienne, que la ferveur du Mondial a transformé en trophée. De la Espriella s’en est emparé le premier, à la manière de l’ex-président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui avait fait du maillot de la Seleção un symbole partisan ; le camp Cepeda l’a accusé de l’avoir « volé » et a tenté, sans succès, un recours en justice. Gustavo Petro et ses ministres ont fini par s’afficher eux aussi tout de jaune vêtus : en Colombie, même les couleurs nationales se sont gagnées au corps à corps.

Le 21 juin 2026, ce corps à corps a tourné à l’avantage du « tigre ». Abelardo de la Espriella l’a emporté d’un souffle, avec 49,66 % des voix contre 48,70 % à Ivan Cepeda — moins de 250 000 bulletins d’écart, la marge la plus étroite de l’histoire récente du pays, pour une participation de 63,6 %. Le camp Cepeda a d’abord réclamé un décompte complet, avant que le Conseil national électoral ne confirme l’élection, le 24 juin.

L'essentiel

  • La présidentielle colombienne s’est jouée largement sur les symboles : salut militaire et image du tigre pour la droite dure d’Abelardo de la Espriella, fans de K-pop et génération Z pour la gauche d’Ivan Cepeda.
  • De la Espriella, avocat millionnaire novice en politique soutenu par l’ex-président Alvaro Uribe, a cultivé un registre d’« homme fort » inspiré de Milei et Bolsonaro et promis de supprimer le tribunal spécial issu de l’accord de paix de 2016 avec les Farc.
  • Cepeda, philosophe allié du président sortant Gustavo Petro, s’est appuyé sur une mobilisation de jeunes — souvent LGBT, femmes, minorités. Au second tour, le 21 juin 2026, De la Espriella l’a emporté d’un souffle (49,66 % contre 48,70 %), la marge la plus étroite de l’histoire récente du pays.

Par Antoine Lefebvre · Journaliste international

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