Sept minutes auparavant, vingt aujourd'hui. À l'aéroport de Rome-Fiumicino, le temps moyen nécessaire à un voyageur britannique pour franchir le contrôle des frontières a presque triplé, selon le directeur de l'exploitation aéronautique de la plateforme, Ivan Bassato. À Faro, dans le sud du Portugal, les files qui prenaient dix minutes en dépassent désormais trente, constate le surintendant Pedro Oliveira. Le coupable est le même partout : le système d'entrée-sortie européen, entré en service en octobre 2025 et pleinement déployé depuis le 10 avril.
Les voyageurs français ne sont pas enregistrés par ce dispositif. Ils patientent en revanche dans les mêmes aérogares, derrière les mêmes bornes, et leurs proches munis d'un passeport non européen y passent, eux, à chaque entrée et à chaque sortie.
Ce que le système enregistre à la place du tampon
Le système d'entrée-sortie, désigné par son sigle anglais EES, remplace le coup de tampon sur le passeport par un enregistrement numérique. À chaque franchissement d'une frontière extérieure des vingt-neuf pays qui l'appliquent, un ressortissant non européen en court séjour voit consigner les données de son document de voyage, une image de son visage, ses empreintes digitales, ainsi que la date et le lieu de son entrée puis de sa sortie.
L'objectif affiché par la Commission européenne est le calcul automatique de la durée de séjour — quatre-vingt-dix jours sur toute période de cent quatre-vingts — et la détection de ceux qui la dépassent, que le tampon manuel laissait largement passer. Le premier enregistrement est le plus long : c'est celui qui capture la biométrie. Les suivants sont censés être plus rapides.
Pourquoi l'attente s'allonge dans les aéroports
Le déploiement s'est fait par étapes, sur cent quatre-vingts jours, pour éviter l'engorgement. Il n'a pas suffi. Aux temps de traitement mécaniquement plus longs se sont ajoutées des difficultés techniques : le responsable portugais décrit des anomalies dans le système informatique européen et des défaillances de serveurs qui frappent plusieurs États membres en même temps. Des passagers rapportent à la BBC des attentes de deux heures, ou des machines hors service à Barcelone.
Le remède prévu existe pourtant : une application de pré-enregistrement, qui permet de saisir ses données avant d'arriver à la frontière. Sur les vingt-neuf pays concernés, deux la proposent — la Suède et le Portugal. La Commission européenne, elle, estime que la perturbation reste limitée dans la plupart des aéroports de l'Union.
Ces files s'ajoutent à un été déjà tendu pour le transport aérien, où les annulations liées au prix du kérosène ont mis les droits des passagers sur le devant de la scène.
Qui est concerné, qui ne l'est pas
Le dispositif vise les ressortissants de pays tiers effectuant un séjour de courte durée. Les citoyens de l'Union, dont les Français, en sont exclus, de même que les titulaires d'un titre de séjour ou d'un visa de long séjour. Un conjoint, un parent ou un ami muni d'un passeport américain, marocain, canadien ou britannique, en revanche, y passe.
Les Britanniques forment le gros du flux nouvellement enregistré. Devenus ressortissants d'un pays tiers en sortant de l'Union, ils découvrent aux frontières la traduction concrète d'une séparation dont les petites entreprises britanniques mesurent depuis dix ans les effets commerciaux. Les formalités d'entrée sont d'ailleurs devenues un sujet de voyage à part entière, comme l'ont éprouvé les supporters partis suivre la Coupe du monde aux États-Unis.
Ce qu'il faut désormais pour aller au Royaume-Uni
La réciproque existe, et elle concerne directement les voyageurs français. Depuis le 25 février 2026, une autorisation de voyage électronique — l'ETA — est exigible pour se rendre au Royaume-Uni sans visa, pour les ressortissants de quatre-vingt-cinq nationalités dont la France. Elle coûte 20 livres, autorise des séjours de six mois au maximum et s'obtient en ligne. Le gouvernement britannique recommande de la demander trois jours ouvrables avant le départ, même si la réponse arrive le plus souvent en quelques minutes ; plus de 13 millions de demandes avaient été déposées depuis l'ouverture du dispositif en octobre 2023. Les transporteurs vérifient l'autorisation avant l'embarquement.
Dans l'autre sens, la particularité de la frontière franco-britannique tient aux contrôles juxtaposés : au port de Douvres, au terminal Eurotunnel de Folkestone et à la gare de Saint-Pancras, les vérifications du système européen sont effectuées avant de quitter le sol britannique. Les trois sites ont installé des bornes en libre-service, et Eurostar demande d'y passer avant les portiques d'embarquement.
ETIAS, la prochaine étape
Un second dispositif doit suivre au dernier trimestre de 2026. L'ETIAS n'est pas un contrôle à la frontière mais une autorisation préalable, à demander en ligne avant le départ, pour les ressortissants de pays dispensés de visa qui se rendent dans l'un des trente pays européens participants. Elle sera valable trois ans, ou jusqu'à l'expiration du passeport si celle-ci intervient plus tôt, et suppose des frais de dossier. Là encore, les citoyens de l'Union n'ont rien à demander.
Sur les vingt-neuf pays qui enregistrent aujourd'hui les voyageurs à leurs frontières, deux leur offrent le moyen de le faire depuis leur canapé. C'est, pour l'instant, toute la distance entre le système annoncé et celui que subissent les files d'attente.











