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Ils avaient deux campings au bord du lac, il n'en reste rien

Ils ont fui en bateau sur le lac et regardé leurs deux campings brûler. Autour d'El Barraco, à l'ouest de Madrid, les incendies les plus importants jamais mesurés en Espagne ont réduit en cendres des installations faites de plastique, de toile et de bouteilles de gaz.

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Carcasses de caravanes et arbres calcinés dans un camping détruit par le feu à l'ouest de Madrid
Restes calcinés de caravanes et de tentes dans un camping du Pantano de Burguillo, à El Barraco, à 100 kilomètres à l'ouest de Madrid, le 27 juillet 2026.© AFP / Roland Lloyd Parry

Vendredi, quand le feu est arrivé sur les pentes du Pantano del Burguillo, Maria Angeles Canete et son mari Manuel Pascual sont partis en bateau. Il n'y avait plus de route praticable, il restait le lac. De l'eau, ils ont regardé leur camping s'allumer. « Les arbres s'embrasaient », raconte cette femme de 54 ans. « Puis il y a eu un grand bruit et nous avons entendu les bonbonnes de gaz exploser. »

Le couple possédait deux campings dans ce secteur d'El Barraco, à une centaine de kilomètres à l'ouest de Madrid. Les deux ont brûlé. « Nous avons tout perdu », dit-elle. « Nous n'avons plus rien. »

Des parois de plastique fondues

Sur le site, il ne reste que des toits de tôle froissés et des barres de métal tordues qui sortent des ruines. Là où étaient les mobil-homes, les parois de plastique ont fondu. Plus de 30 personnes ont été évacuées de ce camping au bord du lac lorsque les flammes s'en sont approchées.

Magaly Vargas, 64 ans, s'occupait des relations publiques du site et y habitait. Devant le tas de cendres grises qui était sa caravane, elle pleure. « C'est ici que j'habitais. Il n'en reste plus rien. C'est horrible. »

Restes calcinés de caravanes et de tentes dans un camping détruit par les flammes à l'ouest de Madrid
Restes calcinés de caravanes et de tentes dans un camping du Pantano de Burguillo, à El Barraco, à 100 kilomètres à l'ouest de Madrid, le 27 juillet 2026. AFP / Roland Lloyd Parry

Autour, les collines sont noires sur des hectares : de la terre calcinée, des rochers, des pins, et des maisons aux murs et aux fenêtres noircis. Des colonnes de fumée grise sortent encore du sol par endroits, l'odeur de brûlé ne part pas. Sur un sentier qui monte, un faon mort, les pattes écartées, le pelage brûlé.

Les plus grands incendies jamais mesurés en Espagne

Ce que Maria Angeles Canete a vu depuis son bateau appartient à un ensemble qui n'a pas de précédent dans le pays. Les incendies en cours sont les plus importants de l'histoire de l'Espagne. Ils ont réduit en cendres environ 77 000 hectares dans le secteur de Madrid et dans la région voisine de Castille-et-León, et contraint quelque 63 000 personnes à quitter leurs villages.

Le régime de feu qui produit ces chiffres n'est pas propre à la péninsule. La végétation et les sols européens sont secs depuis des mois, une sécheresse que les canicules successives ont aggravée. La France vient d'enregistrer sa troisième plus longue vague de chaleur jamais mesurée, et sa façade atlantique brûle au même moment : en Gironde, près de 220 000 personnes ont été évacuées de manière préventive dans 23 communes depuis le 22 juillet. De l'autre côté de l'Atlantique, le Colorado traverse sa pire saison d'incendies. Trois saisons décrites comme exceptionnelles par les autorités qui les mesurent, dans le même été.

Ce que le feu emporte quand il traverse un camping

Dans cette partie de la Castille-et-León, l'été est une saison économique autant qu'un moment de l'année. Les campings tiennent les villages, et ce sont des installations que le feu ne laisse pas debout : du plastique, de la toile, des bouteilles de gaz et des caravanes garées sous les pins.

La différence entre ce qui rouvrira et ce qui ne rouvrira pas se voit à quelques dizaines de kilomètres d'écart. À L'Escurial, à l'est, un camping a rouvert lundi après avoir évacué 5 000 clients. Les vacanciers faisaient la queue à la réception. « Beaucoup de gens appellent parce qu'ils ont vu aux informations que nous avions rouvert », observe Miguel Gil, qui tient la boutique de souvenirs. « Ils ont très envie de revenir et de commencer leurs vacances. »

Au bord du lac de Burguillo, il n'y a pas de réception où faire la queue. « Je ne dors pas la nuit », dit Maria Angeles Canete. « C'est un souvenir horrible, la pire chose qui puisse vous arriver dans la vie : voir votre entreprise partir en fumée petit à petit sans que personne ne vienne vous aider. » Son camping était, dit-elle, « un lieu familial où les gens se sentaient bien toute l'année ». Puis : « Ils ne peuvent plus venir désormais. »

Rentrer et regarder ce qui reste

Ailleurs, les habitants évacués la semaine passée commencent à revenir. À Cebreros, des particules de cendres flottent encore dans l'air et se déposent sur les voitures ; à la sortie du village, la végétation sèche se consume au bord de la route.

David Sanchez, décorateur de 48 ans, a repris le travail lundi après deux nuits chez son frère, dans une autre commune. Il possédait une petite parcelle où il faisait pousser des oliviers et des pistachiers. Tout a brûlé. Son collègue Oscar Espinosa, 20 ans, est parti jeudi et revenu dès le lendemain pour aller débroussailler la forêt voisine et aider à contenir la propagation. « C'est l'enfer, tout brûle », dit-il. « Toutes nos collines ont été brûlées. Toute la végétation que nous avions a été dévastée. »

Les scientifiques savent depuis longtemps ce que le réchauffement fait aux étés européens : il allonge la saison des feux et déplace le risque vers des zones qui ne le connaissaient pas. Sur le terrain, cette semaine, cela se résume à une liste de travaux. « Maintenant, il faut nettoyer et replanter, c'est tout », lâche David Sanchez. « C'est une situation de merde. »

L'essentiel

  • Les incendies en cours sont les plus importants de l'histoire de l'Espagne
  • Environ 77 000 hectares brûlés dans le secteur de Madrid et en Castille-et-León, 63 000 personnes évacuées
  • Les campings, faits de plastique et de bouteilles de gaz, sont ce que le feu détruit le plus complètement

Antoine Lefebvre

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