« J'ai cru qu'une bombe avait sauté. » C'est ainsi que Takateru Sonoda, gérant d'un salon-café de 41 ans, a raconté à Al Jazeera la déflagration qui a ravagé le centre commercial Aeon, à Kashima, dans le département de Kumamoto. Un autre commerçant, Kazuya Tsurunaga, a décrit à la chaîne une pluie de débris « comme des cendres volcaniques » retombant sur le parking.
La secousse de magnitude 7,1, selon l'Agence météorologique japonaise, avait frappé l'île de Kyushu le 28 juillet, détruisant des habitations, endommageant des ponts et privant d'électricité et d'eau des dizaines de milliers de foyers du sud-ouest du Japon. L'Institut d'études géologiques des États-Unis l'a évaluée à 6,8. Dans ce bilan déjà lourd, le centre commercial occupe une place à part, parce que tout y avait été fait dans les règles.
Après l'évacuation, la déflagration
Le complexe Aeon venait de rouvrir en juin, consolidé par des rénovations engagées après les tremblements de terre de 2016. Cinéma, restaurants, enseignes internationales de mode : l'ensemble a tenu le choc, et son personnel a fait sortir les 3 000 clients en une demi-heure environ, selon l'exploitant cité par Al Jazeera. L'homme d'affaires Fumihiko Matsuura, 56 ans, y avait vu le dernier « Toy Story » la semaine précédente. « C'est comme si j'avais échappé de justesse au danger », a-t-il confié à l'AFP.
Environ cinquante minutes plus tard, pourtant, une immense déflagration a éventré le bâtiment évacué après la secousse, alors qu'un nombre indéterminé d'employés s'y trouvaient encore. Les secouristes en ont extrait sept corps, selon le point établi le 30 juillet par le bureau de gestion des catastrophes du département. Des images tournées à l'intérieur montraient des sauveteurs en combinaison orange progressant entre les tiges d'acier tordues, les câbles pendants et les plafonds éventrés. Ils ont aussi sauvé 25 chats d'un « café à chats » du même ensemble.

L'origine de l'explosion n'est pas encore établie. L'exploitant du centre a annoncé enquêter sur une fuite de gaz provoquée par la secousse, et son président, Akio Yoshida, a jugé très élevée la probabilité que le gaz soit en cause, selon des propos rapportés par Al Jazeera. Policiers et pompiers ne se sont engagés qu'avec prudence dans la carcasse, sous la menace d'un nouvel effondrement, au rythme de répliques revenant plusieurs fois par heure.

Le tremblement de terre a fait au moins 34 morts, selon le bilan communiqué le 30 juillet par les autorités départementales, et cinq personnes restaient alors dans un état critique. Huit décès ont été recensés à l'usine Nippon Paper de Yatsushiro, où une cheminée industrielle s'est partiellement effondrée. Les murailles du château de Kumamoto, vieilles de plusieurs siècles, se sont écroulées par pans entiers.
Des nuits à 35 degrés sans électricité
Pour les survivants, l'épreuve a changé de nature. Plus de 13 500 foyers restaient privés d'électricité le 30 juillet, après 84 000 ménages touchés la veille par des perturbations de l'approvisionnement en eau, selon les autorités locales citées par l'AFP, tandis que les températures attendues montaient à 35 °C, puis 38 °C pour la fin de semaine. Dans un pays qui compte la deuxième population la plus âgée du monde, les gymnases scolaires et les bâtiments municipaux se sont remplis de personnes fragiles, exposées au risque de coup de chaleur. Les autorités ont expédié des centaines de climatiseurs vers les centres d'hébergement.

Dans un centre communautaire d'Uki, des centaines de personnes âgées dormaient sur de fins matelas posés à même le sol. « Dieu merci, ces centres d'accueil existent », a confié à l'AFP une résidente qui n'a pas souhaité donner son nom. Elle avait tenté de rester chez elle, puis de dormir dans sa voiture, « mais il fait trop chaud et il y a trop de moustiques ». « Avec cette chaleur, sans électricité ni climatisation, c'est très difficile », a résumé Hiroyuki Matsushima, 53 ans, employé de supermarché à Yatsushiro et père de quatre enfants.

Partout, la mémoire des séismes de 2016 affleure. Cette année-là, deux secousses à deux jours d'intervalle avaient fait 273 morts et plus de 2 800 blessés dans le même département. « C'était nettement plus fort qu'il y a dix ans. Aucune comparaison. J'ai cru que ma maison allait s'effondrer », a raconté à l'AFP Masao Mitsunaga, 57 ans, qui a fini par rejoindre un centre d'hébergement avec sa mère et son frère après une coupure de courant. Fumihiko Matsuura, lui, a fait des réserves d'eau en bouteille et cite le dicton : « jamais deux sans trois ».

Situé à la jonction de quatre grandes plaques tectoniques, le Japon concentre environ 18 % des séismes recensés dans le monde, rappelle l'AFP. La secousse de Kyushu frappe un été déjà marqué par le séisme meurtrier de Caracas, quelques semaines plus tôt. À Kumamoto, la terre continue de trembler plusieurs fois par heure.

Sachi Nishiyama, 30 ans, a refait deux fois, le 29 juillet, l'aller-retour d'une demi-heure jusqu'à la mairie d'Uki pour rapporter de l'eau potable. Elle refuse les centres d'hébergement, bondés et sans séparations, pour ne pas abandonner son chat. Après 2016, elle avait vécu deux ans dans un logement provisoire. « Je ne pensais pas que cela pouvait se reproduire ici », dit-elle. Dix ans après, elle a de nouveau dormi devant chez elle, dans sa voiture.











