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Colombie :
la rue gronde contre le président élu pro-Trump

Aux cris de « Résistance ! », des milliers de Colombiens ont manifesté contre la victoire, sur le fil, du candidat soutenu par Donald Trump, Abelardo de la Espriella. Les marches ont dégénéré en affrontements avec la police, et la gauche a d'abord contesté le résultat.

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Un manifestant jette un pneu dans un feu lors d'affrontements avec la police à Bogota, en Colombie
Un homme jette un pneu dans un feu lors d'affrontements avec la police, alors que des manifestants protestent contre les résultats préliminaires du second tour de la présidentielle, à Bogota.© AFP / Diego Cuevas

Au milieu de barricades en feu et de drapeaux américains brûlés, des milliers de Colombiens ont défilé le soir du 21 juin aux cris de « Résistance ! ». Leur colère visait la victoire, sur le fil, d'Abelardo de la Espriella, le candidat soutenu par Donald Trump, dont le camp de gauche contestait alors l'élection.

À Cali, dans le sud-ouest, une marche partie en musique indigène a dégénéré : des manifestants au visage couvert ont affronté la police antiémeute, qui a répondu aux gaz lacrymogènes, ont constaté des journalistes de l'AFP. À Bogota, des centaines de jeunes, drapés de drapeaux colombiens, se sont massés devant l'Université nationale, symbole de l'enseignement public ; là aussi, des barricades ont brûlé et des projectiles ont volé. Au même moment, dans la ville caribéenne de Barranquilla, le président élu prononçait un discours triomphal.

Des manifestants brandissent des drapeaux lors d'affrontements avec la police à Bogota
Des manifestants brandissent drapeaux et pierres lors d'affrontements liés aux résultats préliminaires du second tour, à Bogota, le 21 juin 2026.© AFP / Diego Cuevas

Un avocat multimillionnaire surnommé « Le Tigre »

Abelardo de la Espriella, avocat multimillionnaire de 47 ans, promet une politique sécuritaire et ultralibérale. Surnommé « Le Tigre », il a connu une ascension fulgurante porté par un discours virulent contre les guérillas, dans une campagne endeuillée par des attentats à la bombe et l'assassinat d'un prétendant à la présidence. Il avait appelé à « éventrer » la gauche avant de modérer ses propos ; le soir de sa victoire, son ton s'est voulu conciliant, promettant de respecter les principes démocratiques et de gouverner pour « tous les Colombiens ».

Les manifestants, eux, ne désarmaient pas. « Nous avons déjà eu de nombreuses années de gouvernements de droite qui ne se préoccupent que d'enrichir les riches », a lancé Natalia, étudiante de 26 ans. Partisan de la fracturation hydraulique — une ligne rouge pour l'électorat de gauche —, le futur président cristallisait aussi les inquiétudes environnementales : « Ce type est contre la nature », a soufflé Andres Penuela, 21 ans. Sur un pont, une banderole résumait la fracture du pays : « Cepeda, défenseur des victimes. Abelardo, défenseur des bourreaux. »

Une victoire contestée

Car, ce soir-là, le résultat préliminaire ne passait pas pour certains. Le rival de gauche Iván Cepeda disait attendre le dépouillement final, et plusieurs manifestants soupçonnaient des fraudes. « Beaucoup de voix qu'Abelardo a obtenues ne sont pas authentiques (...) achats de votes ou de bulletins falsifiés », accusait Isabella Giraldo, 26 ans — des allégations qu'aucune autorité électorale n'a confirmées. Sa crainte était ailleurs : celle d'« un gouvernement agressif » envers la gauche et les mouvements qu'elle disait défendre.

Des partisans d'Iván Cepeda rassemblés à Bogota
Des partisans du candidat de gauche Iván Cepeda rassemblés à Bogota, le 21 juin 2026.© AFP / Sebastian Barros

Le résultat, pourtant, a tenu. Le décompte quasi complet a confirmé la victoire de De la Espriella avec 49,66 % des voix, contre 48,70 % à Cepeda — un écart d'environ 252 000 bulletins, moins d'un point. Le 24 juin, le sénateur de gauche a reconnu sa défaite ; quelques heures plus tard, le président sortant Gustavo Petro, tout en dénonçant des fraudes et une « ingérence étrangère », a lui aussi admis le résultat et ouvert la transition. De la Espriella va prendre ses fonctions le 7 août, pour un mandat de quatre ans. Mais au soir du scrutin, un étudiant de 19 ans, Brandon, prévenait déjà : « Nous allons assister à beaucoup d'autres manifestations. »

L'essentiel

  • Le candidat soutenu par Donald Trump, Abelardo de la Espriella, a remporté la présidentielle colombienne sur le fil (49,66 % contre 48,70 %) ; des milliers de Colombiens ont manifesté contre sa victoire, d'abord contestée par la gauche.
  • À Cali, Bogota et Barranquilla, des marches d'abord pacifiques ont dégénéré en affrontements avec la police, qui a fait usage de gaz lacrymogènes ; des drapeaux américains ont été brûlés.
  • Avocat multimillionnaire de 47 ans surnommé « Le Tigre », De la Espriella promet une politique sécuritaire et ultralibérale ; son rival Iván Cepeda a concédé le 24 juin.

Par Antoine Lefebvre · Journaliste international

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