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Présidentielle au Pérou :
pourquoi le pays cherche son neuvième président en dix ans

Près de 27 millions de Péruviens votaient dimanche pour un second tour serré entre la conservatrice Keiko Fujimori et le candidat de gauche Roberto Sanchez. En jeu : la présidence d'un pays miné par l'instabilité politique et l'insécurité.

Mis à jour le lundi 8 juin 2026 — 22h27
4 min
Des passants sur la Plaza de Armas de Lima, devant le palais présidentiel, avant le second tour de la présidentielle péruvienne
La Plaza de Armas de Lima, devant le palais présidentiel, le 6 juin 2026, à la veille du second tour.© Martin Bernetti / AFP

Au lendemain d'un second tour très serré, le Pérou attend toujours de connaître son neuvième président en dix ans. Au coude-à-coude après le dépouillement de plus de 94 % des bulletins, le candidat de gauche Roberto Sanchez est repassé devant la conservatrice Keiko Fujimori, avec environ 50,03 % des voix contre 49,97 % — un écart d'à peine quelques milliers de voix. Aucun vainqueur n'a été déclaré : l'autorité électorale doit encore examiner plus de 400 000 bulletins contestés, ce qui pourrait prendre plusieurs jours. « Il n'y a aucun vainqueur pour l'instant », a reconnu Fujimori, prévenant que « de longs jours s'annoncent » ; son rival a appelé à « attendre avec vigilance » les résultats définitifs.

Près de 27 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes dimanche, dans un pays usé par l'instabilité politique et l'insécurité. Le choix se résumait à un dilemme pour beaucoup. « Nous sommes entre le marteau et l'enclume », résume Omar Cubas, gestionnaire de 35 ans à Lima, à propos de deux candidats aux antipodes.

Fujimori contre Sanchez : deux candidats que tout oppose

Keiko Fujimori, 51 ans, brigue la présidence pour la quatrième fois consécutive. Fille de l'ancien président Alberto Fujimori, qui a dirigé le pays d'une main de fer dans les années 1990, elle en revendique l'héritage contrasté : une économie stabilisée et des guérillas vaincues selon ses partisans, mais aussi une condamnation pour corruption et crimes contre l'humanité.

En face, Roberto Sanchez, ancien ministre de 57 ans, se présente pour la première fois. Porté par les régions andines, où beaucoup s'estiment délaissés par le pouvoir central, il revendique l'héritage de Pedro Castillo, l'ancien président emprisonné depuis sa tentative avortée de dissoudre le Parlement en 2022, qu'il promet de gracier. Vendredi, un juge l'a renvoyé en procès pour de présumées irrégularités dans le financement de campagnes locales entre 2018 et 2020 — des accusations qu'il rejette. Au premier tour, les deux finalistes avaient totalisé moins de 30 % des voix à eux deux.

Un neuvième président en dix ans

Quel que soit le vainqueur, il héritera d'une crise politique persistante : huit présidents se sont succédé depuis 2016. Au cœur de cette instabilité, une disposition constitutionnelle permet au Parlement de destituer le chef de l'État pour « incapacité morale permanente », une notion aux contours flous. « Au rythme actuel, nous aurons peut-être encore cinq présidents en cinq ans », se désole Omar Cubas.

Aucun des deux candidats ne disposera d'une majorité au Parlement. Le futur président devra donc nouer des alliances pour espérer terminer son mandat. « Si l'écart est très serré, le vainqueur risque de voir sa légitimité contestée, ce qui pourrait alimenter davantage l'instabilité », prévient l'analyste David Sulmont.

L'insécurité, première préoccupation des électeurs

Au-delà de la lassitude politique, c'est la criminalité qui domine la campagne. Selon un sondage, près de 70 % des Péruviens espèrent qu'elle sera la priorité du prochain président. Lima a enregistré 23 homicides pour 100 000 habitants en 2025, soit trois fois plus que cinq ans plus tôt, et l'extorsion frappe durement les transports : au moins 75 chauffeurs de bus ont été assassinés en 2025, principalement dans la capitale.

Les deux candidats opposent deux réponses. Keiko Fujimori promet de déployer l'armée en soutien à la police, de démanteler les réseaux d'extorsion et d'expulser les étrangers en situation irrégulière condamnés pour des délits. Roberto Sanchez défend, lui, le rétablissement de la confiance dans les institutions, le renforcement de la justice et une réforme de la police.

Un résultat encore incertain

Le vote est obligatoire au Pérou. Mais au lendemain du scrutin, le dépouillement n'a pas dégagé de vainqueur. Longtemps en tête grâce à Lima, dépouillée en premier, Keiko Fujimori a vu son avance fondre puis s'inverser à mesure que remontaient les bulletins des zones rurales : à plus de 94 % des suffrages comptabilisés, Roberto Sanchez la devançait d'environ 50,03 % contre 49,97 %, un écart trop mince pour être tranché. L'autorité électorale (ONPE) doit encore statuer sur plus de 400 000 bulletins contestés et sur le vote des Péruviens de l'étranger avant de livrer un résultat définitif.

Le scrutin a confirmé la fracture du pays : la côte, plus urbaine, a davantage soutenu Fujimori, tandis que le sud andin, rural et indigène, est resté le bastion de Sanchez. Le prochain président prendra ses fonctions le 28 juillet. Reste à savoir s'il parviendra, cette fois, à tenir la durée d'un mandat — et, d'abord, à voir sa victoire reconnue sans contestation.

L'essentiel

  • À l'issue du second tour de dimanche, aucun vainqueur n'est encore déclaré dans un dépouillement extrêmement serré : le futur président sera le neuvième chef de l'État en dix ans.
  • À plus de 94 % des bulletins comptabilisés, le candidat de gauche Roberto Sanchez est repassé devant la conservatrice Keiko Fujimori, fille d'Alberto Fujimori, d'environ 50,03 % à 49,97 % ; plus de 400 000 bulletins contestés restent à examiner.
  • Huit présidents se sont succédé depuis 2016, sur fond d'une disposition constitutionnelle permettant au Parlement de destituer le chef de l'État.
  • L'insécurité domine la campagne : Lima a enregistré 23 homicides pour 100 000 habitants en 2025, trois fois plus qu'en 2020.
  • Le vote est obligatoire ; les résultats définitifs de l'ONPE sont attendus dans les prochains jours et le prochain président prendra ses fonctions le 28 juillet.

Questions fréquentes

Qui s'affronte au second tour de la présidentielle péruvienne ?
La conservatrice Keiko Fujimori, 51 ans, fille de l'ancien président Alberto Fujimori, qui se présente pour la quatrième fois, affronte le candidat de gauche Roberto Sanchez, 57 ans, ancien ministre proche de l'ex-président emprisonné Pedro Castillo. Les sondages les donnaient au coude-à-coude.
Pourquoi le Pérou a-t-il connu autant de présidents ?
Huit présidents se sont succédé depuis 2016. L'instabilité tient en partie à une disposition constitutionnelle permettant au Parlement de destituer le chef de l'État pour « incapacité morale permanente », une notion aux contours flous, et à l'absence de majorité parlementaire stable.
Quelle est la principale préoccupation des Péruviens ?
L'insécurité. Selon un sondage, près de 70 % des Péruviens souhaitent que la lutte contre la criminalité soit la priorité du prochain président. Lima a enregistré 23 homicides pour 100 000 habitants en 2025, et au moins 75 chauffeurs de bus y ont été assassinés.
Que proposent les deux candidats face à la criminalité ?
Keiko Fujimori veut déployer l'armée en appui de la police, démanteler les réseaux d'extorsion et expulser les étrangers en situation irrégulière condamnés pour des délits. Roberto Sanchez mise d'abord sur la confiance dans les institutions, le renforcement de la justice et une réforme de la police.
Quand le nouveau président entrera-t-il en fonction ?
Le prochain président du Pérou prendra ses fonctions le 28 juillet 2026. Son principal défi sera de gouverner sans majorité au Parlement et de tenir la durée d'un mandat, dans un pays où les destitutions se sont enchaînées.

Thomas Renaud

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