Le 6 septembre, l'Alternative pour l'Allemagne a obtenu 43,8 % des voix à l'élection du Parlement régional de Saxe-Anhalt, selon les chiffres publiés par l'office statistique du Land. C'est le meilleur résultat de ce parti d'extrême droite à un scrutin régional, et le meilleur qu'une formation ait obtenu dans ce Land depuis sa création, en 1990.
Ce résultat ne lui donne pas le pouvoir. C'est le second fait, et il est tout aussi établi que le premier.
Ce que donne le décompte des sièges
Le Parlement régional compte 83 sièges, et la majorité absolue s'y obtient à 42. L'Alternative pour l'Allemagne en détient 39. Il lui en manque donc trois.
Derrière elle, la CDU du chancelier recueille 17,2 % et 15 sièges, son plus mauvais résultat dans ce Land. Les sociaux-démocrates obtiennent 9,3 % et 8 sièges, les Verts 8,9 % et 8 sièges, la gauche radicale 8,6 % et 8 sièges. Le BSW, formation créée en 2024, franchit le seuil avec 5,3 % et 5 sièges. Les libéraux, avec 2,6 %, n'entrent pas au Parlement.
La participation s'établit à 77,8 %, en hausse de plus de dix-sept points par rapport au scrutin précédent. Ce n'est pas un détail : une abstention en recul de cette ampleur signifie que la poussée ne s'explique pas seulement par un report d'électeurs d'un parti à l'autre.
Deux majorités possibles, et un seul point commun
L'arithmétique laisse exactement deux combinaisons capables d'atteindre 42 sièges.
La première associe l'Alternative pour l'Allemagne et le BSW : 39 plus 5, soit 44 sièges. La seconde réunit tous les autres partis représentés — conservateurs, sociaux-démocrates, Verts, gauche radicale et BSW : 15 plus 8 plus 8 plus 8 plus 5, soit 44 sièges également.
Le point commun saute aux yeux : aucune majorité ne se forme sans le BSW. Une coalition des quatre autres partis sans lui plafonne à 39 sièges, à égalité avec l'extrême droite et trois voix sous la majorité. Un parti qui a réuni un électeur sur vingt détient donc la clé du Land.
Reste une troisième voie, qui n'est pas une majorité : un gouvernement minoritaire, contraint de chercher des voix texte par texte. C'est une solution praticable, et elle est instable.
Ce qui est dit, et ce qui est seulement rapporté
Selon l'agence qui couvrait le scrutin, la tête de liste victorieuse, Ulrich Siegmund, a déclaré avoir entamé des pourparlers en vue de gouverner. La direction du BSW a, de son côté, avancé l'idée d'un chef de gouvernement sans étiquette. Le 12 septembre, le BSW a exclu toute coalition et dit ne vouloir travailler que sujet par sujet ; il soutiendra toutefois un candidat de l'Alternative pour l'Allemagne à la présidence du Parlement, et celle-ci dit être en discussion avec lui, selon la radiotélévision régionale MDR. Les quinze élus de la CDU ont, eux, exclu de la rejoindre.
Les autres partis excluent publiquement toute alliance avec l'Alternative pour l'Allemagne, tandis que sa coprésidente a évoqué une « main tendue » aux conservateurs. Aucun accord de gouvernement n'a été conclu à ce jour, et rien ne garantit qu'il s'en forme un rapidement.
À Berlin, le chancelier ne change rien
Friedrich Merz s'est dit « profondément choqué » par ce résultat, qu'il a qualifié de l'une des plus lourdes défaites de son parti depuis des décennies, tout en assurant qu'il maintiendrait ses réformes et qu'il devait « mieux les expliquer ». Il a également indiqué qu'il ne changerait pas « d'un millimètre » sa politique de soutien à l'Ukraine.
Ces propos sont rapportés par l'agence, qui couvrait la réunion de direction du parti. Des rumeurs de remplacement du chancelier avaient circulé dans son camp pendant l'été ; aucune démarche formelle en ce sens n'a été rendue publique.
Ce que valent les sondages du prochain scrutin
Deux élections régionales ont lieu le 20 septembre, dont l'une en Mecklembourg-Poméranie occidentale. La dernière enquête publiée, par la Forschungsgruppe Wahlen pour la télévision publique ZDF, y place l'Alternative pour l'Allemagne à 37 % et les sociaux-démocrates à 34 %, devant la gauche radicale à 10 %, les conservateurs à 7 %, les Verts à 5 % et le BSW à 4 %. La veille, l'institut Infratest dimap, pour la radiotélévision publique ARD, mesurait un écart de cinq points, 38 % contre 33 %.
Ces chiffres appellent une lecture prudente, et l'institut fournit lui-même de quoi la faire. L'enquête a été réalisée du 7 au 10 septembre auprès de 1 053 personnes. Sa marge d'incertitude est d'environ trois points pour un résultat proche de 40 %.
Autrement dit, l'écart de trois points entre les deux premiers n'établit pas qui arrivera en tête. D'autres instituts donnent d'ailleurs un écart plus large. Écrire que l'extrême droite est assurée de gagner ce scrutin serait dire plus que ce que mesurent ces enquêtes.
Ce que l'on ne sait pas
On ignore quelle coalition se formera en Saxe-Anhalt, et si elle se formera. On ignore également si le BSW acceptera de gouverner avec l'extrême droite, avec ses adversaires, ou ni l'un ni l'autre.
Le report des voix qui explique cette poussée n'est pas non plus établi à ce stade : il faudra les analyses de flux électoraux pour savoir ce qui vient d'anciens abstentionnistes, d'anciens électeurs conservateurs ou d'ailleurs.
La date qui tranchera
Le 20 septembre. Si l'extrême droite confirme dans un deuxième Land de l'Est, la question de savoir qui accepte de gouverner avec elle cessera d'être régionale. Si elle échoue de peu, la séquence de Saxe-Anhalt apparaîtra pour ce qu'elle est aussi : un scrutin, dans un Land, avec une arithmétique qui lui échappe encore.











