- La sélection officielle du 79e Festival de Cannes a été dévoilée le 9 avril 2026 : 21 films en compétition pour la Palme d'or, sur 2 541 soumis
- Un seul réalisateur américain en compétition (Ira Sachs). Hollywood est quasi absent — Thierry Frémaux invoque la baisse des films de « typologie cannoise »
- La France est coproductrice de 16 des 21 films en lice. Cinq réalisatrices en compétition
- Jury présidé par Park Chan-wook. Palmes d'honneur pour Peter Jackson et Barbra Streisand. Ouverture par Pierre Salvadori
Le 9 avril, depuis le Pathé Palace à Paris, Iris Knobloch et Thierry Frémaux ont dévoilé la sélection officielle du 79e Festival de Cannes. Vingt et un films en compétition pour la Palme d'or. Almodóvar, Farhadi, Hamaguchi, Kore-eda, Mungiu, Zvyagintsev, Nemes. Un casting de réalisateurs qui ressemble à un palmarès avant l'heure. Un seul Américain. Et une question que personne n'ose poser tout haut : à quoi ressemble le cinéma mondial quand Hollywood ne joue plus ?
21 films, trois continents, zéro blockbuster
Sur 2 541 longs métrages soumis, 21 ont été retenus en compétition officielle. La liste est un concentré de cinéma d'auteur international :
| Film | Réalisateur | Pays |
|---|---|---|
| All of a Sudden | Ryusuke Hamaguchi | France, Japon |
| Another Day | Jeanne Herry | France, Belgique |
| The Beloved | Rodrigo Sorogoyen | Espagne, France |
| The Birthday Party | Léa Mysius | France |
| Bitter Christmas | Pedro Almodóvar | Espagne |
| The Black Ball | Ambrossi & Calvo | Espagne, France |
| Coward | Lukas Dhont | Belgique, France |
| The Dreamed Adventure | Valeska Grisebach | Allemagne, France |
| Fatherland | Paweł Pawlikowski | Pologne, UK, France |
| Fjord | Cristian Mungiu | Roumanie, Norvège, France |
| Gentle Monster | Marie Kreutzer | Autriche, France |
| Hope | Na Hong-jin | Corée du Sud |
| A Man of His Time | Emmanuel Marre | Belgique, France |
| The Man I Love | Ira Sachs | États-Unis, France |
| Minotaur | Andreï Zviaguintsev | France, Lettonie |
| Moulin | László Nemes | France, Hongrie |
| Nagi Notes | Koji Fukada | Japon, Singapour |
| Parallel Tales | Asghar Farhadi | France, États-Unis, Italie |
| Sheep in the Box | Hirokazu Kore-eda | Japon |
| The Unknown | Arthur Harari | France, Belgique |
| A Woman's Life | Charline Bourgeois-Tacquet | France, Belgique |
Cinq réalisatrices en compétition : Léa Mysius, Jeanne Herry, Marie Kreutzer, Valeska Grisebach, Charline Bourgeois-Tacquet. C'est mieux que 2025 (trois), moins que l'objectif de parité que le festival ne s'est jamais officiellement fixé.
Hollywood n'est plus là — et Cannes l'assume
Un seul réalisateur américain en compétition : Ira Sachs, avec The Man I Love, un film musical porté par Rami Malek — coproduction franco-américaine. C'est tout. Pas de Nolan, pas de Coppola, pas de Gerwig. Thierry Frémaux a expliqué sur franceinfo : « Hollywood connaît beaucoup de changements, de fusions et d'acquisitions » et produit désormais « moins de films de typologie cannoise ».
Traduisez : les studios américains fabriquent des franchises, des séries et des contenus pour plateformes. Pas des films d'auteur de deux heures et demie destinés à être projetés dans un palais au bord de la Méditerranée. Le divorce entre Hollywood et Cannes n'est pas une brouille passagère. C'est un changement structurel.
Le cinéma américain reste présent ailleurs. Jane Schoenbrun ouvre Un Certain Regard avec un slasher, Teenage Sex and Death at Camp Miasma. John Travolta présentera son premier film en tant que réalisateur. Woody Harrelson et Kristen Stewart apparaissent chez Quentin Dupieux en séance de minuit. Mais la compétition, elle, parle japonais, coréen, espagnol, roumain, allemand et surtout français.
La France, machine à coproduire
Le chiffre le plus frappant de cette sélection n'est pas le nombre de films français. C'est le nombre de films coproduits par la France : 16 sur 21. Hamaguchi (Japon) est coproduit par la France. Farhadi (Iran) est coproduit par la France. Mungiu (Roumanie), Pawlikowski (Pologne), Zvyagintsev (Russie), Nemes (Hongrie) — tous coproduits par la France.
Ce n'est pas un hasard. Le système français de financement du cinéma — CNC, crédit d'impôt international, fonds régionaux — fait de Paris la plaque tournante du cinéma d'auteur mondial. Quand Hollywood se retire, la France ne recule pas. Elle finance le reste du monde. Cannes 2026 est la vitrine de cette réalité économique autant qu'artistique.
Le « signe de l'Histoire avec un grand H »
Franceinfo décrit cette édition comme « placée sous le signe de l'Histoire avec un grand H ». Les fresques historiques dominent. Fatherland de Pawlikowski plonge dans la Pologne du XXe siècle. Moulin de Nemes — le réalisateur de Le Fils de Saul — explore une autre fracture européenne. Bitter Christmas d'Almodóvar marque le retour du maître espagnol avec un titre qui ne promet pas la légèreté.
Ce tropisme historique n'est pas accidentel. En 2026, le monde fabrique de l'histoire en temps réel — guerre en Iran, blocus d'Ormuz, cessez-le-feu effondrés, élections qui basculent. Le cinéma regarde en arrière pour comprendre ce qui vient. Cannes, cette année, est un miroir à retardement.
Park Chan-wook, Peter Jackson, Barbra Streisand
Le jury sera présidé par Park Chan-wook, réalisateur sud-coréen de Old Boy, Mademoiselle et Decision to Leave. Troisième personnalité asiatique à la tête du jury après Tetsurō Furukaki en 1962 et Wong Kar-wai en 2006. Son cinéma — précis, violent, esthétiquement radical — donnera le ton des délibérations.
Peter Jackson et Barbra Streisand recevront des Palmes d'honneur. Jackson pour la trilogie Le Seigneur des anneaux et son travail de restauration de films historiques. Streisand pour une carrière qui traverse six décennies de cinéma, de musique et de réalisation — elle reste l'une des rares femmes à avoir réalisé un film nommé aux Oscars dans les années 1980.
L'ouverture du festival sera assurée par The Electric Kiss (Venus Electrificata) de Pierre Salvadori, comédie d'époque française. Eye Haïdara sera maîtresse de cérémonie. Le festival se tiendra du 12 au 23 mai 2026.
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