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Retraites 2026 :
ce que la suspension de la réforme change pour votre départ

La réforme des retraites de 2023 est suspendue du 1er septembre 2026 au 1er janvier 2028. Âge légal, carrières longues, trimestres enfants, cumul emploi-retraite : ce qui change concrètement selon votre année de naissance.

7 min
Manifestation CGT contre la réforme des retraites avec banderole Pas touche à nos retraites
Manifestation contre la réforme des retraites, Lyon, mai 2023© Jean-Philippe Ksiazek / AFP
L'Essentiel
  • La réforme des retraites de 2023 est suspendue du 1er septembre 2026 au 1er janvier 2028. Ce n'est pas une abrogation — c'est un gel temporaire
  • L'âge légal à 64 ans ne s'appliquera qu'aux personnes nées à partir de 1969. Les générations 1964-1968 bénéficient d'un assouplissement
  • Les trimestres maternité comptent désormais pour le départ anticipé carrière longue — deux par enfant
  • Retraites de base revalorisées de 0,9 % au 1er janvier 2026. Agirc-Arrco gelé jusqu'en novembre 2026

Deux ans après avoir repoussé l'âge de départ à 64 ans dans la rue et dans les urnes, le gouvernement suspend sa propre réforme. Depuis la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, adoptée le 16 décembre 2025, le relèvement de l'âge légal et l'augmentation de la durée d'assurance sont gelés pour 18 mois. Concrètement : si vous êtes né entre 1964 et 1968, votre date de départ vient de reculer de quelques mois — en votre faveur.

Ce qui change au 1er septembre 2026

La suspension s'applique aux retraites prenant effet à compter du 1er septembre 2026, selon Service-Public.fr. Le principe : les règles d'avant la réforme de 2023 redeviennent applicables pour les générations 1964 à 1968, pendant une fenêtre de 18 mois.

Voici ce que ça donne par année de naissance :

Année de naissanceÂge légal avec la réformeÂge légal pendant la suspension
196463 ans62 ans et 9 mois
Janv.-mars 196563 ans et 3 mois62 ans et 9 mois
Avr.-déc. 196563 ans et 3 mois63 ans
196663 ans et 6 mois63 ans et 3 mois
196763 ans et 9 mois63 ans et 6 mois
196864 ans63 ans et 9 mois
À partir de 196964 ans64 ans (pas de changement)

Gain maximal : trois mois pour les nés en 1964 et au premier trimestre 1965. L'effet diminue ensuite progressivement. Les personnes nées à partir de 1969 ne sont pas concernées — pour elles, l'âge légal reste à 64 ans.

Carrières longues : les trimestres enfants comptent enfin

C'est le changement le plus concret pour les parents qui ont commencé à travailler tôt. À partir du 1er septembre 2026, les trimestres accordés au titre de la maternité, de l'adoption ou de l'éducation d'un enfant seront pris en compte pour le départ anticipé carrière longue (RACL). Deux trimestres par enfant.

Jusqu'ici, ces trimestres n'étaient pas comptabilisés dans le calcul de la RACL. Une femme qui avait commencé à travailler à 17 ans mais avait pris un congé maternité se voyait pénalisée dans ses droits à départ anticipé — les trimestres enfants ne comptaient que pour la retraite de droit commun, pas pour la carrière longue.

Ce verrou saute. Pour les générations 1964-1968, l'assouplissement de la carrière longue combiné à la prise en compte des trimestres enfants peut faire gagner plusieurs mois. Le calcul est individuel — il dépend de l'âge de début d'activité (avant 16, 18, 20 ou 21 ans) et du nombre d'enfants.

Mères de famille : 24 ou 23 meilleures années

Autre mesure entrée en vigueur au 1er janvier 2026 : le calcul de la pension de retraite de base des mères de famille ne se fait plus sur les 25 meilleures années de revenus, mais sur un nombre réduit selon le nombre d'enfants.

  • Un enfant : pension calculée sur les 24 meilleures années
  • Deux enfants ou plus : pension calculée sur les 23 meilleures années

Le raisonnement : les années de congé maternité et de réduction d'activité liées aux enfants pèsent sur le revenu annuel moyen. En retirant une ou deux des « moins bonnes » années du calcul, la pension augmente mécaniquement. L'effet dépend du profil de carrière — il est plus important pour les femmes dont les revenus ont chuté pendant les années d'éducation des enfants.

Cumul emploi-retraite : le durcissement

La loi de financement pour 2026 introduit un resserrement du cumul emploi-retraite qui passe largement sous les radars.

  • Avant 64 ans : la pension sera totalement écrêtée à hauteur des revenus d'activité, dès le premier euro. Autrement dit : chaque euro gagné en travaillant réduit la pension d'un euro. Le cumul devient de fait impossible.
  • De 64 à 67 ans : un cumul emploi-retraite partiel est instauré. Les conditions exactes dépendent du régime.

Ce durcissement vise à limiter le coût de la suspension pour les finances publiques. Il touche en priorité les retraités qui complètent leur pension par une activité salariée — professions libérales, consultants, auto-entrepreneurs.

Revalorisation 2026 : +0,9 % pour la base, rien pour la complémentaire

Les pensions de retraite de base ont été revalorisées de 0,9 % au 1er janvier 2026, selon Service-Public.fr. Tous les régimes sont concernés : régime général (Carsat, Cnav), MSA, fonctionnaires, régimes spéciaux (SNCF, RATP, industries électriques et gazières). L'allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) bénéficie de la même revalorisation.

Le plafond mensuel brut de la pension de base s'établit à 2 002,50 €.

Côté complémentaire, le constat est plus brutal. Le 17 octobre 2025, le conseil d'administration de l'Agirc-Arrco n'est pas parvenu à trouver un accord sur le niveau de revalorisation. Résultat : aucune hausse entre le 1er novembre 2025 et le 31 octobre 2026. La valeur du point reste figée à 1,4386 €. C'est la première fois depuis la fusion des régimes en 2019 que la complémentaire n'est pas revalorisée.

Concrètement, pour un retraité du privé : la pension de base augmente de 0,9 %, la complémentaire stagne. L'effet net dépend de la part respective de chacune — pour beaucoup de cadres, la complémentaire représente plus de la moitié de la pension totale. Le gel pèse.

Ce que la suspension n'est pas

La suspension de la réforme n'est pas une abrogation. Le texte de 2023 reste inscrit dans le code de la Sécurité sociale. Le gel est prévu jusqu'au 1er janvier 2028. Après cette date, trois scénarios :

  1. Reprise de la réforme : l'âge légal reprend sa trajectoire vers 64 ans pour toutes les générations.
  2. Nouvelle réforme : un texte de remplacement est adopté, avec des paramètres différents (durée de cotisation, âge-pivot, etc.).
  3. Prolongation de la suspension : le gel est étendu au-delà de 2028, repoussant indéfiniment l'application effective.

L'élection présidentielle de 2027 tranchera. Les retraites seront le sujet économique central de la campagne — elles l'étaient déjà en 2022, elles le seront encore plus avec une réforme suspendue et un déficit de la branche vieillesse qui continue de se creuser.

FAQ

La suspension concerne-t-elle les retraités actuels ?
Non. La suspension porte sur l'âge légal de départ et la durée d'assurance. Les personnes déjà en retraite ne sont pas affectées. Elles bénéficient de la revalorisation de 0,9 % au 1er janvier 2026.

Je suis né en 1970, suis-je concerné ?
Non. La suspension ne s'applique qu'aux générations 1964-1968. L'âge légal reste à 64 ans pour les personnes nées à partir de 1969.

À lire aussi

Sources : Service-Public.fr — Suspension de la réforme des retraites : qui est concerné ? · Service-Public.fr — Revalorisation des pensions au 1er janvier 2026 · CNRACL — Ce qui change au 1er septembre 2026 · L'Assurance Retraite — Principales mesures retraite · Agirc-Arrco — Prélèvements sociaux 2026 · CFDT Retraités — Suspension et nouvelles mesures · UNSA Finances — Ce qui change en 2026

L'essentiel

  • La réforme des retraites de 2023 est suspendue du 1er septembre 2026 au 1er janvier 2028
  • L'âge légal à 64 ans ne s'appliquera qu'aux personnes nées à partir de 1969
  • Les trimestres maternité comptent désormais pour le départ anticipé carrière longue
  • Retraites de base revalorisées de 0,9 % au 1er janvier 2026. Agirc-Arrco gelé jusqu'en novembre 2026

Questions fréquentes

La suspension concerne-t-elle les retraités actuels ?
Non. La suspension porte sur l'âge légal de départ et la durée d'assurance. Les personnes déjà en retraite ne sont pas affectées.
Je suis né en 1970, suis-je concerné ?
Non. La suspension ne s'applique qu'aux générations 1964-1968. L'âge légal reste à 64 ans pour les personnes nées à partir de 1969.

Claire Moreau

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