Chaque 1er janvier, les pensions de base du régime général sont relevées d'un coefficient fixé par la loi : « l'évolution de la moyenne annuelle des prix à la consommation, hors tabac », calculée sur les douze derniers mois connus. Si les prix baissent, le coefficient est ramené à un : les pensions ne diminuent pas. Avec l'inflation, elles ont été revalorisées d'environ 15 % entre janvier 2022 et janvier 2026, selon l'Agence France-Presse.
Les relever un peu moins que l'inflation produit des économies dès la première année. La Cour des comptes l'a chiffré en février 2025 : sur la base des 288 milliards d'euros de dépenses prévues pour les régimes de base cette année-là, « une sous-indexation d'un point des pensions par rapport à l'inflation permettrait une économie de 2,9 Md€ ».
Un levier déjà actionné, et politiquement risqué
Le projet de budget pour 2027 y revient. Le 17 septembre, Sébastien Lecornu a demandé aux retraités un effort « inférieur » à 6 milliards d'euros, en laissant au Parlement le choix entre une désindexation des pensions et la suppression d'un abattement de 10 % dont ils bénéficient. Le Premier ministre n'a pas écarté non plus un « gel » des « retraites les plus importantes ». À la mi-août, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, avait estimé que « la question de la contribution des retraités aisés à l'effort de redressement, par exemple par une indexation plus modérée de leurs pensions, méritait d'être posée », à condition de « préserver les retraités les plus modestes ».
La Cour des comptes rappelle que les dates de revalorisation ont été décalées de 2014 à 2018, puis que les pensions de base ont progressé moins vite que l'inflation en 2019 et en 2020. En 2024, Michel Barnier s'en était tenu à reporter de six mois la revalorisation. Cette proposition, pourtant plus modérée, a « largement contribué » à la fronde du Rassemblement national et de la gauche qui a fait tomber son gouvernement, selon l'AFP. En 2025, le gouvernement Lecornu a dû à son tour abandonner, sous la pression du Parlement, un gel qui devait rapporter près de 3,6 milliards d'euros.
Le seuil décide de qui paie
Patrick Aubert, économiste à l'Institut des politiques publiques, résumait l'arbitrage en août, cité par l'AFP : « Si on a un seuil élevé, on ne touchera effectivement que des retraités aisés mais du coup ça rapportera peu, si on a un seuil bas ça rapportera plus mais ça touchera finalement des retraités pas si aisés que cela. » L'agence notait alors qu'un seuil de 3 000 euros brut par mois circulait, sans aucune confirmation officielle. Il existe un précédent : en 2020, d'après la Cour des comptes, les pensions de plus de 2 000 euros n'avaient été relevées que de 0,3 %, contre 1 % pour les autres.
À la CGT, Denis Gravouil, membre du bureau confédéral, rejette le principe. « La moyenne des retraites est plutôt à 1 710 euros », a-t-il déclaré à l'AFP. Il y voit « toujours la même recette » : commencer par les pensions « les plus hautes pour ensuite s'attaquer à toutes les pensions ». Michaël Zemmour, économiste et chercheur associé à Sciences Po, relève que le pouvoir d'achat des retraités « est en baisse depuis plusieurs années », notamment parce que les retraites complémentaires sont déjà désindexées. Les seuls dont les revenus ont été protégés, selon lui, sont ceux qui ont du patrimoine : il serait « plus efficace de cibler directement ces revenus ».
En juillet, le comité de suivi des retraites a renouvelé sa recommandation : deux points de revalorisation en moins, étalés jusqu'en 2030, suffiraient à équilibrer le système à cette échéance, au lieu du déficit de 6,8 milliards d'euros attendu par le Conseil d'orientation des retraites. Il demande de « donner de la visibilité » aux retraités, faute de quoi ils risquent d'épargner davantage, au détriment des finances publiques. Pour la Cour des comptes, l'effet sur l'économie resterait « relativement faible » : les retraités consomment en moyenne une moindre part de leurs revenus que les autres bénéficiaires d'aides sociales, leur capacité d'épargne étant plus élevée.
La règle d'indexation figure dans le code de la sécurité sociale, et les pensions de base suivent les prix « sauf disposition législative contraire », précise la Cour. Pour 2027, une dérogation passerait par le budget de la Sécurité sociale, que le Parlement examine à l'automne.











