Bally Bagayoko, nouveau maire LFI de Saint-Denis, mène deux batailles simultanées cette semaine. La première : un arrêté municipal interdisant les expulsions locatives sans solution de relogement, signé le 1er avril, au lendemain de la fin de la trêve hivernale. La seconde : un rassemblement antiraciste convoqué samedi 4 avril devant la mairie, après des semaines d'attaques racistes visant sa personne depuis son élection aux municipales de mars.
L'arrêté anti-expulsion : un geste politique à la légalité contestée
L'arrêté signé par Bally Bagayoko interdit aux propriétaires de procéder à des expulsions locatives sur le territoire de Saint-Denis sans proposition de relogement. La mesure est inédite pour une commune de cette taille (113 000 habitants). Elle s'appuie sur les pouvoirs de police du maire en matière de sécurité et de salubrité publiques.
La fin de la trêve hivernale, le 31 mars, autorise la reprise des procédures d'expulsion. À Saint-Denis, où le taux de pauvreté est le plus élevé d'Île-de-France et où la crise du logement touche des milliers de familles, la reprise des expulsions est un sujet de tension sociale majeur.
La légalité de l'arrêté sera probablement contestée devant le tribunal administratif. Un arrêté similaire pris par un maire de Grenoble avait été annulé en 2023. Mais pour Bagayoko, l'objectif est autant juridique que politique : marquer dès le premier jour de son mandat une rupture avec la gestion précédente. « On ne peut pas parler de république sociale et laisser des familles à la rue le lendemain de la trêve hivernale », a déclaré Bally Bagayoko lors de la signature de l’arrêté.
Le racisme qui vise le premier maire noir de Saint-Denis
Depuis son élection en mars, Bally Bagayoko fait l'objet d'attaques racistes répétées. Des propos tenus sur CNews, qualifiés d'injures racistes, ont provoqué l'ouverture d'une enquête à Paris. Le préfet de Seine-Saint-Denis s'est constitué partie civile, fait suffisamment rare pour être souligné.
Le maire a appelé à un rassemblement antiraciste samedi 4 avril devant la mairie de Saint-Denis. La mobilisation intervient dans un contexte national tendu : la garde à vue de l'eurodéputée Rima Hassan pour apologie du terrorisme (elle sera jugée le 7 juillet), l'interdiction du 40e rassemblement annuel des Musulmans de France par la préfecture de police, et les polémiques récurrentes autour des libertés publiques en temps de guerre.
La conjonction de ces trois événements en une même semaine crée un climat de tension qui dépasse le seul cas de Saint-Denis. Elle interroge la capacité du débat public français à traiter les questions de racisme et de libertés publiques en dehors des logiques de camp.
Ce qui se joue samedi et dans les semaines qui viennent
Le rassemblement de samedi sera un test. Si la mobilisation dépasse Saint-Denis et attire des élus d'autres communes, le sujet change de dimension. Plusieurs maires de banlieue parisienne ont déjà annoncé leur présence.
Sur le front juridique, l'arrêté anti-expulsion sera vraisemblablement attaqué par les propriétaires ou par la préfecture. La décision du tribunal administratif, attendue dans les semaines qui viennent, créera un précédent. Si l'arrêté est validé, même partiellement, d'autres communes pourraient emboîter le pas. S'il est annulé, Bagayoko aura au moins imposé le débat sur les conditions de vie dans les communes les plus pauvres de France.











