Élever des enfants laisse des traces sur une carrière, puis sur une pension. Congés maternité, temps partiel, années sans emploi pour s’occuper d’un enfant : ces interruptions creusent le salaire de référence qui sert à calculer la retraite. Une mesure de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 entend en effacer une partie. À compter du 1er septembre 2026, la retraite des mères de famille sera calculée sur leurs meilleures années en en retranchant une ou deux — 24 années pour un enfant, 23 pour deux enfants ou plus, contre 25 pour l’ensemble des assurés.
Le ministère du Travail et des Solidarités annonce « une hausse de la pension pour 50 % des femmes liquidant à compter de 2026 ». La formule est précise, et souvent déformée : la moitié des femmes verront leur pension progresser, l’autre moitié n’y gagnera rien. Tout se joue sur le profil de carrière.
Deux mesures distinctes dans le même article 45
L’article 45 de la loi du 30 décembre 2025 réunit deux dispositions pour les mères de famille.
La première élargit le départ anticipé pour carrière longue : les majorations de durée d’assurance accordées au titre de la naissance, de l’adoption ou de l’éducation d’un enfant pourront désormais ouvrir ce droit, dans la limite de deux trimestres par enfant.
La seconde, plus large, déplace la base de calcul de la pension. Le salaire annuel moyen — la moyenne des meilleures années — passe de 25 à 24 années pour les mères d’un enfant, et à 23 pour celles de deux enfants ou plus. C’est la première entaille dans la règle des 25 ans installée par la réforme Balladur de 1993, dont la montée en charge s’était achevée en 2008, pour la génération née en 1948. Les deux dispositions visent les pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026.
Pourquoi le 1er septembre 2026, et pas le 1er janvier
La date prête à confusion, entretenue par nombre de sites patrimoniaux qui évoquent un effet « depuis le 1er janvier 2026 » ou « dès 2026 ». L’Assurance Retraite échelonne pourtant plusieurs rendez-vous dans l’année : revalorisation des pensions au 1er janvier, congé supplémentaire pour les naissances à partir du 1er juillet, puis, au 1er septembre, le nouveau calcul du salaire annuel moyen et l’ouverture du droit carrière longue.
Pour les mères, la seule date qui compte est donc le 1er septembre. Une femme partant en retraite avant — fût-ce en août 2026 — reste calculée sur 25 années comme tout le monde ; celle qui liquide après bénéficie du calcul allégé. Encore faut-il que les textes paraissent. À la mi-juin, les deux décrets d’application n’étaient toujours pas publiés : transmis au conseil d’administration de la Cnav, ils sont attendus au Journal officiel dans le courant du mois, et l’entrée en vigueur reste « sous réserve de publication ». Le retard a même nourri une question écrite à l’Assemblée nationale.
Comment se calcule le salaire annuel moyen
La pension de base du régime général repose sur une équation : le salaire annuel moyen, multiplié par un taux — 50 % à taux plein —, puis par le rapport entre la durée cotisée et la durée requise.
Ce salaire annuel moyen ne retient pas les dernières années de carrière, mais les meilleures, revalorisées en euros constants. En écarter une ou deux revient à éliminer des années à bas revenus — congé maternité, temps partiel d’après-naissance, périodes sans emploi — qui tiraient la moyenne vers le bas. Prenons une carrière où trois années à mi-temps ont suivi des naissances : tant qu’elles figuraient parmi les 25 retenues, elles pesaient sur la moyenne ; en n’en gardant que 23, elles peuvent en sortir. Le salaire de référence remonte, et la pension avec lui.
L’ampleur du gain dépend de chaque parcours : profondeur et position des creux, durée cotisée totale. Chacun peut estimer son cas avec un simulateur de retraite, sans qu’aucun chiffrage officiel par profil n’existe : le gouvernement n’en publie pas, et les exemples qui circulent dans la presse spécialisée ne sont validés par aucune caisse. Le rapport « Les retraités et les retraites » de la DREES (édition 2025) n’en propose pas davantage pour la cohorte visée.
Qui y gagne vraiment, qui n’y gagne rien
Le « 50 % des femmes » avancé par le gouvernement a un envers rarement cité. La mesure ne profite qu’aux carrières marquées par des creux liés aux enfants. En sont écartées, de fait : les mères à carrière régulière, sans interruption ni temps partiel ; celles dont les pires années ne figurent déjà pas dans les 25 retenues, fréquent chez les carrières très longues ; celles dont la durée cotisée reste inférieure à la durée requise, la décote venant alors ronger le gain. Le raccourci « +50 % sur la pension », lu un peu partout, n’a aucun fondement : il désigne la part des femmes concernées, pas un pourcentage de hausse.
Les premières bénéficiaires sont peu nombreuses : « plus de 13 000 femmes nées à partir de 1970 », selon le ministère des Solidarités. Cette génération n’atteint que 56 ans en 2026 ; l’essentiel de ces départs relève des carrières longues, pour des femmes entrées tôt sur le marché du travail. L’effet de masse ne viendra qu’au milieu des années 2030, quand la génération 1970 atteindra l’âge légal — porté à 64 ans par la réforme de 2023, dont la suspension votée dans le même budget ne gèle le calendrier que pour les générations 1964 à 1968, jusqu’au 1er janvier 2028.
Au-delà, la trajectoire des 64 ans reprend son cours, sauf décision politique d’ici à la présidentielle de 2027. La baisse de la natalité et le vieillissement pèsent dans le même temps sur le financement du système. Pour les mères, la mesure, elle, attend encore ses décrets et son premier septembre.











