Onze jours après l'accord censé refermer la guerre au Moyen-Orient, les armes ont repris autour du détroit d'Ormuz. Les États-Unis ont frappé vendredi le territoire iranien — les premières frappes connues depuis la signature du protocole du 17 juin —, déclenchant une riposte de Téhéran, qui accuse Washington d'une « violation flagrante » de l'accord.
Le déclencheur, selon l'armée américaine : l'attaque, la veille, d'un navire commercial qui traversait le détroit. En représailles, Washington dit avoir « ciblé des lieux de stockage de missiles et de drones et des sites radar côtiers en Iran ». Le ministère iranien des Affaires étrangères y a vu une violation « de la Charte des Nations unies » et « du protocole d'accord » ; les Gardiens de la Révolution ont annoncé samedi avoir attaqué en retour des positions américaines dans le Golfe. « Si l'agression se répète, notre réponse sera plus large que ça », ont-ils averti sur la télévision d'État.
Un accord qui se négocie sous les bombes
L'échange de tirs survient en pleine fenêtre de négociation : les deux camps sont censés discuter, pendant soixante jours, d'un accord final plus large. Ni Washington ni Téhéran n'ont rompu le fil. Le vice-président américain JD Vance a relativisé sur X : l'Iran « a signé un accord de cessez-le-feu. Nous l'avons respecté. S'ils ont des désaccords sur la mise en œuvre du protocole, ils peuvent décrocher leur téléphone. Mais la violence n'engendrera que la violence. » Donald Trump a, lui, qualifié l'attaque du cargo de « violation stupide » du cessez-le-feu.
Côté iranien, la télévision d'État a fait état vendredi soir d'une explosion sur un quai de Sirik, dans le sud du pays, et de tirs d'avertissement contre des « navires en infraction » dans le détroit. Un responsable des ports d'Hormozgan a aussitôt assuré que « le port de Sirik n'a subi aucun dommage ». Aucune des deux capitales ne paraît vouloir, pour l'heure, transformer l'incident en rupture ; aucune ne recule non plus.
Ormuz, l'étincelle permanente
Toute la fragilité de l'accord tient à ce goulet. Le détroit d'Ormuz, rouvert après le protocole du 17 juin, a continué de laisser passer les navires : vingt-neuf l'ont franchi vendredi selon la plateforme de suivi Kpler, dont dix-sept en longeant les côtes d'Oman, après un pic de cinquante-sept mercredi. Mais plusieurs bateaux ont emprunté une route que Téhéran n'approuve pas, alors que l'autorité maritime iranienne prévient que « tout passage en dehors du cadre défini » ne bénéficiera d'aucune « garantie de passage sécurisé ».
Surtout, l'attaque du cargo a fait dérailler l'opération la plus sensible : l'évacuation des quelque 600 navires et 11 000 marins bloqués dans le Golfe depuis le début de la guerre. Lancée mardi, elle avait permis de sortir environ 2 500 marins et 115 bâtiments avant d'être suspendue ; l'Organisation maritime internationale ne la relancera, prévient-elle, qu'après des « confirmations supplémentaires » sur les garanties de sécurité. Dans le même temps, Bahreïn a annoncé samedi avoir été visé par plusieurs drones iraniens, accusant Téhéran de « sabotage des efforts de paix ».
Le calme d'Ormuz, présenté il y a peu comme l'acquis le plus tangible de l'accord — quand Marco Rubio venait rassurer les monarchies du Golfe —, n'aura pas tenu une semaine. Le cadre général de la guerre et de l'accord reste posé, mais il se joue désormais cargo par cargo.
Sur les 11 000 marins pris au piège du détroit depuis le début de la guerre, à peine 2 500 ont pu être évacués. Pour les autres, l'opération qui devait les ramener à terre est, de nouveau, à l'arrêt.











