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90 millions de comptes piratés en France en trois mois :
le bilan

Cegedim (15 millions de dossiers médicaux), FICOBA (1,2 million de comptes bancaires), URSSAF (12 millions), La Poste, France Travail. En trois mois, la France a subi la plus grande vague de cyberattaques de son histoire. Personne ne fait le total.

Mis à jour le mardi 31 mars 2026 — 23h59
4 min
Cascade de données numériques vertes sur fond noir, évoquant le flux de données piratées
90 millions de comptes compromis en trois mois : la plus grande vague de cyberattaques de l'histoire de France© Patrick T. Fallon / AFP

En trois mois, plus de 90 millions de comptes ont été compromis en France. C'est la plus grande vague de cyberattaques de l'histoire du pays. Chaque incident a été traité isolément par les médias. Personne ne fait le total. Personne ne pose la question qui relie tous ces incidents : pourquoi le même vecteur d'attaque fonctionne à chaque fois ?

Le signal : cinq attaques majeures en 90 jours

CibleDonnéesVictimes
CegedimDossiers patients15 M
FICOBAComptes bancaires1,2 M
URSSAFDonnées sociales12 M
France TravailDemandeurs emploi43 M*
La PosteDDoS (service)N/A

* France Travail : fuite datée de 2024, ampleur révélée en 2026. Sources : franceinfo (Cegedim), Europe Infos (FICOBA).

Le total dépasse les 90 millions de lignes de données exposées, en comptant plus de 100 incidents recensés en janvier-février. Pour un pays de 68 millions d'habitants, cela signifie statistiquement que chaque Français a été touché au moins une fois.

Les preuves : un seul vecteur, répété partout

Le point commun entre Cegedim, FICOBA, France Travail et le ministère de l'Intérieur est le même : le vol d'identifiants d'un sous-traitant ou d'un employé ayant un accès légitime au système. Pas de faille zero-day sophistiquée. Pas de ransomware avancé. Juste un login et un mot de passe volés à quelqu'un qui avait la clé.

Pour FICOBA, un cybercriminel a utilisé les identifiants compromis d'un employé pour accéder à la base qui contient 300 millions d'entrées — tous les comptes bancaires ouverts en France. Pour Cegedim, le logiciel médical MLM utilisé par 3 800 médecins a été compromis par un accès applicatif anormal détecté fin 2025 mais révélé publiquement en février 2026.

C'est là que réside le problème structurel. Le rapport ANSSI 2025 le documente : 48 % des cyberattaques visent des PME et des sous-traitants, qui sont les maillons faibles de la chaîne. Les grands systèmes (Sécu, impôts, banques) sont correctement sécurisés. Mais leurs sous-traitants ne le sont pas.

Ce que vos données valent sur le darkweb

Les 15 millions de dossiers Cegedim ont été publiés sur le darkweb. Parmi eux, 164 000 contiennent des « données sensibles » — annotations médicales, allergies, traitements en cours. Ces données de santé se monnaient entre 50 et 250 euros pièce sur les marchés clandestins, car elles permettent des escroqueries ciblées : faux remboursements Sécu, arnaques carte Vitale, hameçonnage médical.

Les données bancaires FICOBA sont encore plus précieuses : elles contiennent les coordonnées complètes de comptes bancaires, exploitables pour des virements frauduleux ou de l'usurpation d'identité. Un compte bancaire complet se négocie entre 10 et 50 euros sur le darkweb — mais les 1,2 million de comptes FICOBA constituent un lot exceptionnel par sa taille.

Ce qui manque : une réponse coordonnée

Chaque fuite a fait l'objet d'un communiqué séparé. L'ANSSI a publié des alertes techniques. La CNIL a ouvert des enquêtes. Mais aucun plan national de réponse coordonnée n'a été annoncé.

Il n'existe pas de « tableau de bord » public des cyberattaques en France, contrairement aux États-Unis où le HHS publie un registre des fuites de données de santé en temps réel. Les Français découvrent les fuites au cas par cas, sans vision d'ensemble.

Le contexte géopolitique amplifie le risque. La guerre en Iran a généré une hausse des cyberattaques à motivation étatique. Les groupes liés à l'Iran et à la Russie multiplient les attaques DDoS et les tentatives d'intrusion contre les infrastructures critiques européennes. La France, en tant que membre de la coalition contre l'Iran, est une cible prioritaire.

Ce qui vient : se protéger soi-même

En l'absence de réponse nationale, la protection repose sur chaque individu. Trois mesures concrètes réduisent le risque d'exploitation de vos données compromises :

Vérifier si vos données ont fuité sur haveibeenpwned.com (gratuit, référencé par l'ANSSI).
Activer l'authentification à deux facteurs (2FA) sur tous vos comptes sensibles (banque, Sécu, impôts, email).
Utiliser un mot de passe unique par service, géré par un gestionnaire de mots de passe.

Si vos données médicales Cegedim ou bancaires FICOBA sont dans les fuites, surveillez vos relevés bancaires et signalez toute anomalie à votre banque et à la plateforme Cybermalveillance.gouv.fr.

L'essentiel

  • Plus de 90 millions de comptes ont été compromis en France entre janvier et mars 2026
  • Cegedim : 15 millions de dossiers de patients exposés, dont 164 000 contenant des données médicales sensibles
  • FICOBA : 1,2 million de comptes bancaires piratés via les identifiants d'un seul employé
  • Le vecteur principal est le même dans chaque attaque : le vol d'identifiants d'un sous-traitant
  • Aucun plan national de réponse coordonnée n'a été annoncé par le gouvernement

Questions fréquentes

Combien de comptes ont été piratés en France début 2026 ?
Plus de 90 millions de comptes ont été compromis entre janvier et mars 2026. Les plus grosses fuites : Cegedim (15 millions de dossiers patients), URSSAF (12 millions), FICOBA (1,2 million de comptes bancaires), France Travail (43 millions).
Comment savoir si mes données ont été piratées ?
Vérifiez sur haveibeenpwned.com (gratuit, référencé par l'ANSSI). Activez l'authentification à deux facteurs sur vos comptes sensibles. Surveillez vos relevés bancaires et signalez toute anomalie sur Cybermalveillance.gouv.fr.
Pourquoi les mêmes attaques fonctionnent à chaque fois ?
Le vecteur principal est le vol d'identifiants de sous-traitants ou d'employés ayant un accès légitime. Les grands systèmes sont sécurisés, mais leurs sous-traitants ne le sont pas. C'est le maillon faible de la chaîne.
Que fait le gouvernement contre ces cyberattaques ?
L'ANSSI publie des alertes techniques et la CNIL ouvre des enquêtes, mais aucun plan national coordonné n'a été annoncé. Il n'existe pas de tableau de bord public des fuites de données en France, contrairement aux États-Unis.

Julie Marchand

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