Le 1er mars, le forfait journalier hospitalier — la somme que chaque patient paie pour chaque nuit passée à l'hôpital — est passé de 20 à 23 euros. Le 1er avril, la participation forfaitaire aux actes médicaux lourds (ceux dépassant 120 euros) passe de 24 à 32 euros. Ces deux hausses sont présentées comme des ajustements techniques. En réalité, elles organisent un transfert massif de charges de la Sécurité sociale vers les mutuelles — et, in fine, vers les patients.
Le mécanisme : la Sécu se retire, la mutuelle avance
L'Assurance maladie rembourse la majeure partie des soins hospitaliers. Mais elle ne prend pas en charge le forfait journalier ni la participation forfaitaire : ces sommes restent à la charge du patient ou de sa mutuelle.
Quand ces montants augmentent, la Sécurité sociale économise — le gouvernement vise 400 millions d'euros d'économies en 2026, 450 millions en année pleine. Mais cet argent ne disparaît pas : il est transféré vers les complémentaires santé qui, elles, répercutent le surcoût sur les cotisations.
| Ce qui change | Avant | Depuis 2026 |
|---|---|---|
| Forfait journalier | 20 €/jour | 23 €/jour |
| Actes lourds (>120 €) | 24 € | 32 € |
| Transfert vers mutuelles | — | 400-530 M€/an |
Sources : Journal officiel, ADP Assurances, Magnélia.
La cascade : Sécu → mutuelle → cotisation → patient
Le transfert de charges n'est pas neutre. Il déclenche une réaction en chaîne en quatre temps.
Temps 1 — La Sécu se désengage. Le forfait journalier passe de 20 à 23 euros. Pour une hospitalisation de cinq jours, le reste à charge passe de 100 à 115 euros.
Temps 2 — La mutuelle absorbe. Les contrats « responsables » (95 % des mutuelles) couvrent obligatoirement le forfait journalier sans limitation de durée. La mutuelle paie donc la différence.
Temps 3 — La cotisation augmente. Les mutuelles ont déjà augmenté leurs tarifs de 8 à 15 % en 2026, poussées par les sinistres climatiques et la hausse des coûts de santé. Le transfert de 400 à 530 millions d'euros supplémentaires aggravera cette tendance en 2027.
Temps 4 — Le patient paie. Soit via sa cotisation mutuelle (en hausse), soit directement s'il n'a pas de mutuelle. Selon l'enquête Santé publique France 2024, 4,4 % des Français n'ont aucune complémentaire santé. Pour eux, chaque hausse est un reste à charge brut.
Les actes lourds à 32 euros : qui est touché
La participation forfaitaire de 32 euros s'applique à chaque acte médical dont le tarif dépasse 120 euros. Sont concernés : interventions chirurgicales, IRM, scanners, séances de chimiothérapie, accouchements instruments. Un patient hospitalisé pour une opération du genou avec un scanner préopératoire paie deux fois 32 euros de participation, en plus du forfait journalier de 23 euros par nuit.
Sont exemptés : les femmes enceintes (à partir du 6e mois), les bénéficiaires de la CSS (complémentaire santé solidaire), les patients en ALD (affection de longue durée) pour les soins liés à leur pathologie, et les victimes d'accidents du travail.
Ce que personne ne calcule
Le transfert de charges n'est pas un événement ponctuel. C'est un mécanisme structurel qui s'accélère. En 2018, le forfait journalier était à 18 euros. En 2024, il est passé à 20 euros. En 2026, il atteint 23 euros. Soit 28 % de hausse en huit ans.
Dans le même temps, les cotisations des complémentaires santé ont augmenté deux fois plus vite que l'inflation. Le résultat est un double mouvement : la Sécurité sociale rembourse moins, et la couverture complémentaire coûte plus. Le patient est pressé des deux côtés.
Pour un retraité seul payant 120 euros de mutuelle par mois, une hausse de 5 % représente 72 euros par an. Cumulée aux hausses de 2025 et 2026, la facture mutuelle a progressé de 15 à 20 % en deux ans. C'est un coût qui s'ajoute à la facture invisible de la guerre en Iran sur le pouvoir d'achat des ménages, traitée par ailleurs sur Regards Actuels.
Ce qui vient
Le gouvernement n'a pas exclu de nouvelles hausses en 2027. Le déficit de la Sécurité sociale reste au-dessus de 15 milliards d'euros, et la guerre en Iran comprime les recettes de TVA (baisse de la consommation) tout en augmentant les dépenses liées aux aides d'urgence. Le transfert de charges vers les mutuelles est la variable d'ajustement la plus silencieuse du budget social français.









