Dix-huit milliards d'euros. C'est la somme versée par la Caisse nationale de l'Assurance maladie en indemnités journalières d'arrêt de travail en 2025, selon les chiffres rendus publics lors de la réunion de Bercy sur les finances publiques, le vendredi 27 mars. Sébastien Lecornu a qualifié cette progression de « dérive très préoccupante » susceptible d'aggraver un déficit public qui atteint déjà 5,1 % du PIB.
Une facture qui grimpe d'un milliard par an
La tendance n'est pas nouvelle, mais son ampleur inquiète. Depuis la pandémie de Covid-19, les indemnités d'arrêt de travail progressent d'environ un milliard d'euros par an. En cinq ans, la facture a bondi de 45 %. Plusieurs facteurs se cumulent : la normalisation de l'arrêt maladie après le Covid, le vieillissement de la population active, la dégradation des conditions de travail dans certains secteurs, et la montée en puissance de la téléconsultation, qui a facilité l'obtention d'arrêts à distance.
En 2022, au pic de l'effet téléconsultation, jusqu'à 50 % des arrêts de travail étaient prescrits par visioconférence. Le taux a baissé depuis, mais la pratique reste ancrée dans les habitudes.
Le nomadisme médical, une faille difficile à quantifier
Le gouvernement a identifié un levier précis : le « nomadisme médical ». La pratique consiste à consulter cinq ou six médecins différents pour multiplier les chances d'obtenir un arrêt. Aucune statistique fiable n'existe sur l'ampleur du phénomène — la Cnam ne dispose pas d'un outil de suivi en temps réel des prescripteurs multiples —, mais les pouvoirs publics le considèrent comme un facteur réel de dérive.
Sur les 500 contrôles prévus par l'Assurance maladie, 231 avaient été réalisés au 9 mars 2026. Résultat : près de 16 % d'anomalies détectées — un taux élevé qui conforte l'exécutif dans sa volonté de serrer la vis.
La cible prioritaire, ce ne sont pas les arrêts courts pour une grippe ou une gastro. Ce sont les arrêts de longue durée, ceux qui dépassent un mois et qui représentent l'essentiel du coût. Le gouvernement entend exploiter les données de parcours de soins pour repérer les situations atypiques : un salarié qui enchaîne les arrêts chez des praticiens différents, un renouvellement sans suivi médical cohérent.
Ce qui va changer à partir de l'été 2026
Votée à l'automne 2025 dans le cadre du budget de la Sécurité sociale, une mesure entre en application à l'été ou à l'automne 2026 : le premier arrêt de travail prescrit ne pourra plus dépasser un mois. Le renouvellement sera plafonné à deux mois. L'objectif est de forcer un suivi médical régulier, en empêchant les arrêts de longue durée prescrits une seule fois et jamais réévalués.
Des annonces complémentaires sont prévues en avril. Le Premier ministre a exclu l'idée de baisser les indemnités journalières, préférant agir sur les prescriptions et les contrôles. La tension politique est réelle : toucher aux arrêts maladie, c'est risquer d'être accusé de culpabiliser les malades au moment où la pression économique liée à la guerre au Moyen-Orient — que Regards Actuels suit quotidiennement — pèse déjà sur le quotidien des Français.
Le paradoxe est là. La guerre en Iran fait monter les prix, dégrade le pouvoir d'achat et peut aggraver l'anxiété — autant de facteurs qui alimentent les arrêts de travail. Le gouvernement tente de réduire une facture qui, mécaniquement, pourrait encore enfler dans les mois qui viennent.











