La France a compté un peu moins de 314 000 naissances entre janvier et juin, contre plus de 317 000 sur la même période un an plus tôt, selon les données provisoires publiées le 30 juillet par l'Insee. Le nombre quotidien moyen de bébés recule de 1,1 % d'une année sur l'autre.
Le rythme s'est nettement calmé : le repli annuel atteignait 6,6 % en 2023, 2,8 % en 2024 et 2,3 % en 2025. Si la tendance du semestre se prolonge, l'année s'approcherait de 635 000 naissances, un plus bas depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour la cinquième année consécutive. En 2025, la France a enregistré 644 000 naissances, près d'un quart de moins qu'en 2010, date du dernier pic. Les causes de fond, du logement au désir d'enfant, n'ont pas bougé en un semestre.
« Rien n'indique que ça pourra remonter »
« On atteint des niveaux bas, peut-être qu'on arrive sur un plateau, mais rien n'indique que ça pourra remonter », commente auprès de l'AFP Didier Breton, professeur de démographie à l'université de Strasbourg. « Construire des projets devient de moins en moins évident pour les gens. » L'emploi instable, le logement trop petit, la conjoncture ou le climat pèsent sur les décisions, relèvent les spécialistes interrogés par l'agence. « Les canicules qui viennent d'arriver sont angoissantes, je pense qu'elles vont renforcer le manque de confiance dans l'avenir », ajoute le démographe. « Or pour avoir un enfant, il faut être capable de se projeter. »
L'exécutif a fait de la natalité une préoccupation affichée, d'Emmanuel Macron appelant au « réarmement démographique » au congé de naissance indemnisé de deux mois par parent, ouvert depuis juillet. Les experts cités par l'AFP saluent l'outil, jugé insuffisant pour peser vraiment, et le financement de la protection sociale reste suspendu à cette courbe.
« La tendance est bien installée, on est à un point bas et on continue à creuser, cela peut descendre très bas, comme on peut le voir en Italie, au Japon ou en Corée », avertit l'économiste Maxime Sbaihi, auteur des « Balançoires vides ». Moins de bébés, explique-t-il, c'est moins de futurs parents et une norme sociale qui s'installe. La Corée du Sud est tombée à 0,8 enfant par femme en 2025, loin du seuil de renouvellement de 2,1. La France, à 1,61 en 2024, conserve le deuxième taux de fécondité de l'Union européenne, derrière la Bulgarie ; le désir d'enfant y a nettement reculé en vingt ans, selon l'Institut national d'études démographiques.
Pendant que les berceaux se vident, les décès augmentent, portés par l'arrivée des générations du baby-boom aux grands âges. Le solde naturel est devenu négatif en 2025, une première depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il devrait replonger cette année, de façon plus marquée encore.











