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Lafarge condamné :
six ans de prison pour l'ex-PDG, départ immédiat

Le tribunal de Paris a reconnu Lafarge coupable de financement du terrorisme en Syrie. L'ancien PDG Bruno Lafont est condamné à six ans de prison avec incarcération immédiate. Le cimentier avait versé 5,6 millions d'euros à des groupes jihadistes, dont l'État islamique, pour faire tourner une usine.

Mis à jour le lundi 13 avril 2026 — 14h12
4 min
Le logo Lafarge sur un site industriel du cimentier français, condamné le 13 avril 2026 pour financement du terrorisme en Syrie
Un site Lafarge en France. Le cimentier a été reconnu coupable de financement du terrorisme pour avoir payé 5,6 millions d'euros à des groupes jihadistes en Syrie.© Franck Fife / AFP
L'Essentiel
  • Lafarge et huit anciens dirigeants reconnus coupables de financement du terrorisme le 13 avril 2026
  • Bruno Lafont, ex-PDG, condamné à six ans de prison avec incarcération immédiate
  • Christian Herrault, ex-DGA, condamné à cinq ans avec incarcération immédiate
  • Le tribunal a établi un « véritable partenariat commercial avec l'EI » à hauteur de 5,6 millions d'euros
  • Des victimes du 13-Novembre se sont constituées parties civiles

Bruno Lafont est parti menotté. L'ancien PDG de Lafarge, 67 ans, a été condamné lundi 13 avril par le tribunal correctionnel de Paris à six ans de prison ferme avec incarcération immédiate pour financement du terrorisme. Christian Herrault, ancien directeur général adjoint, a écopé de cinq ans — lui aussi emmené directement. Six autres anciens cadres du cimentier ont été condamnés à des peines allant de dix-huit mois à sept ans d'emprisonnement.

C'est la première fois en France qu'un ancien dirigeant d'une entreprise du CAC 40 part en prison pour avoir financé une organisation terroriste.

5,6 millions d'euros pour l'État islamique

Le tribunal a établi que Lafarge avait versé près de 5,6 millions d'euros à trois organisations jihadistes, dont l'État islamique et Jabhat al-Nosra, entre 2013 et 2014. L'objectif : permettre à la cimenterie de Jalabiya, dans le nord de la Syrie — un investissement de 680 millions d'euros — de continuer à produire au milieu de la guerre civile. Les autres multinationales avaient quitté le pays.

La présidente du tribunal Isabelle Prévost-Desprez a qualifié les faits de « gravité extrême ». La société avait établi un « véritable partenariat commercial avec l'EI », a-t-elle asséné. Le montant versé, « jamais atteint » dans une affaire de financement du terrorisme en France, a « permis de préparer des attentats terroristes, notamment ceux de janvier 2015 ».

Les attentats de janvier 2015 : Charlie Hebdo, Montrouge, l'Hyper Cacher. Dix-sept morts.

« Un choix purement économique, ahurissant de cynisme »

Bruno Lafont a nié jusqu'au bout avoir été au courant des versements. Le parquet national antiterroriste n'a pas suivi. Le Pnat estime que l'ancien PDG était « bien informé » et qu'il a « donné des directives claires » pour maintenir l'activité de l'usine. Un choix « purement économique, ahurissant de cynisme ».

Le système de paiement fonctionnait via un intermédiaire syrien, Firas Tlass. L'argent servait à deux choses : acheter des intrants — hydrocarbures, pouzzolane — auprès de groupes armés qui contrôlaient les routes, et payer des « droits de passage » pour que les salariés et les marchandises circulent à travers les barrages jihadistes.

La défense a invoqué le racket. Le tribunal a noté que les documents internes de Lafarge parlaient de « négociations » et d'« accords » — pas de racket.

Christian Herrault avait reconnu la situation à l'audience : « On avait le choix entre deux mauvaises solutions, la pire et la moins pire. » Bruno Pescheux, directeur de la filiale syrienne, a expliqué que tout le monde pensait que la guerre serait courte. « Mais la lumière n'est jamais venue. »

Le 18 septembre 2014, Lafarge a évacué la cimenterie dans l'urgence et l'impréparation. Le lendemain, elle est tombée aux mains de l'État islamique.

Les victimes du 13-Novembre, parties civiles

Particularité de ce procès : des victimes des attentats du 13 novembre 2015 — Bataclan, terrasses, Stade de France, 130 morts — se sont constituées parties civiles. Elles voyaient dans les paiements de Lafarge l'un des « rouages » qui ont permis à l'EI de financer les opérations qui ont ensanglanté la France.

La société Lafarge, avalée depuis par le groupe suisse Holcim, a été condamnée à l'amende maximale de 1,125 million d'euros pour financement du terrorisme, assortie d'une amende douanière de 4,57 millions d'euros solidairement avec quatre anciens cadres. Le Pnat avait demandé en plus la confiscation de 30 millions d'euros de patrimoine.

Bruno Lafont fera appel.

À lire aussi

Sources : AFP (Alexandre Marchand et Éléonore Dermy, 13 avril 2026) · Euronews — Verdict Lafarge · Sherpa — Lafarge trial

L'essentiel

  • Lafarge et huit anciens dirigeants reconnus coupables de financement du terrorisme le 13 avril 2026
  • Bruno Lafont, ex-PDG, condamné à six ans de prison avec incarcération immédiate. Il fera appel
  • Christian Herrault, ex-directeur général adjoint, condamné à cinq ans avec incarcération immédiate
  • Le tribunal a établi un « véritable partenariat commercial avec l'EI » à hauteur de 5,6 millions d'euros
  • Des victimes du 13-Novembre se sont constituées parties civiles

Questions fréquentes

Pourquoi Lafarge a-t-il payé l'État islamique ?
Lafarge a versé près de 5,6 millions d'euros à des groupes jihadistes entre 2013 et 2014 pour maintenir en activité sa cimenterie de Jalabiya, en Syrie, un investissement de 680 millions d'euros. Les paiements servaient à acheter des matières premières contrôlées par les groupes armés et à assurer le passage des salariés et marchandises à travers les barrages. Les autres multinationales avaient quitté le pays.
Quelles peines ont été prononcées contre les dirigeants de Lafarge ?
Bruno Lafont, ancien PDG, a été condamné à six ans de prison avec incarcération immédiate. Christian Herrault, ancien directeur général adjoint, a écopé de cinq ans avec incarcération immédiate. Six autres anciens responsables ont été condamnés à des peines allant de dix-huit mois à sept ans. La société Lafarge a reçu l'amende maximale de 1,125 million d'euros plus 4,57 millions d'amende douanière.

Thomas Renaud

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