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Avec la dissuasion avancée, les alliés de la France peuvent être associés aux exercices, pas à la décision

La dissuasion avancée associe des pays européens aux exercices nucléaires français et peut aller jusqu'à des déploiements temporaires d'avions chez eux. Le discours de l'Île Longue exclut en revanche tout partage de la décision et toute garantie au sens strict.

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Emmanuel Macron au pupitre, dans un vaste hall industriel, devant des rangées de personnes assises
Emmanuel Macron prononce son discours sur la dissuasion nucléaire à la base de l'Île Longue, à Crozon (Finistère), le 2 mars 2026.© Yoan Valat / Pool / AFP (archives)

Le 14 septembre, la Finlande est devenue le dixième pays européen à rejoindre la « dissuasion avancée » proposée par la France. Selon la déclaration commune des deux pays, un groupe de pilotage nucléaire doit être établi « dans les prochains mois » pour commencer la mise en œuvre. Le président finlandais, Alexander Stubb, a précisé devant la presse, à Helsinki, la portée de cette adhésion. Le principal parapluie nucléaire de son pays « reste celui de l'Otan, et plus précisément celui des Etats-Unis », a-t-il expliqué, le partenariat français apportant selon lui « une valeur ajoutée » à la planification de défense finlandaise. Il a aussi insisté : « Aucune arme nucléaire ne sera stationnée en Finlande en temps de paix. »

Du côté français, le cadre avait été fixé dès le 2 mars par Emmanuel Macron, dans son discours sur la base des sous-marins nucléaires de l'Île Longue, dans le Finistère. Le président y annonçait « la mise en place progressive » d'une dissuasion pensée « dans la profondeur du continent européen », en précisant, plus loin dans son discours : « il n'y aura aucun partage de la décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre ».

Le feu nucléaire reste une décision du seul président français

Le discours de l'Île Longue pose trois limites. La décision d'employer l'arme appartient, « en vertu de notre Constitution », au seul président de la République. La définition des intérêts vitaux de la France, c'est-à-dire de ce que la dissuasion vise à protéger, reste « d'appréciation souveraine ». Et, « comme dans les autres alliances nucléaires, y compris lorsqu'elles ont des plans et des procédures », les partenaires ne reçoivent pas de garantie « au sens strict du terme » : une garantie rigide, a expliqué le chef de l'État, « abaisserait le seuil nucléaire et réduirait d'autant l'incertitude de nos adversaires ».

Le modèle diffère de celui de l'Otan. Dans le cadre de l'Otan, Washington entrepose des bombes nucléaires en Italie, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique et en Turquie ; les États-Unis décident seuls de leur emploi, mais les pays hôtes peuvent les utiliser avec leur accord, rappelait l'AFP le jour du discours. La France garde, elle aussi, seule la décision, et exclut tout partage de sa planification comme de sa mise en œuvre ; chez ses alliés, le discours prévoit la possibilité de déploiements « de circonstances ». Elle ne prend pas part à la mission nucléaire de l'Otan, a rappelé Emmanuel Macron, qui présente son initiative comme un effort distinct, « parfaitement complémentaire ».

Emmanuel Macron a aussi annoncé le 2 mars avoir ordonné d'augmenter le nombre de têtes nucléaires françaises, que l'AFP chiffrait alors à 290, et indiqué que la France ne communiquerait plus sur ce total. « Il ne s'agit pas ici d'entrer dans une quelconque course aux armements », a-t-il assuré.

Ce que la France ouvre à ses partenaires

Ce qui s'ouvre aux partenaires est énuméré dans le même discours. D'abord la participation aux exercices de la dissuasion. La démarche pourra aussi passer par du « signalement », y compris « au-delà de nos frontières strictes », ou par la participation conventionnelle de forces alliées aux activités nucléaires françaises. Enfin, le « déploiement de circonstances » d'éléments des forces stratégiques chez les alliés : les avions porteurs de l'arme pourraient se disperser sur le continent, « à la manière d'un archipel de forces », pour compliquer le calcul d'un agresseur. Sur le modèle de ce qui existe déjà avec le Royaume-Uni, des organes d'échange au niveau politique devaient être créés avec chacun des autres partenaires dès les jours suivants, selon le discours, pour traiter du renseignement, des moyens de communication et de la manière de faire face à une escalade.

Avant même le discours, au cours de l'hiver 2025-2026, de hauts responsables britanniques avaient assisté, pour la première fois, à un exercice des forces aériennes stratégiques françaises. Depuis, plusieurs étapes ont été franchies ou annoncées. Avec l'Allemagne, qualifiée de « partenaire clé », un groupe de pilotage nucléaire commun a été annoncé dans la foulée du discours. À Gdansk, le 20 avril, le président français évoquait avec la Pologne des échanges d'informations, des exercices conjoints et, peut-être, des déploiements d'avions porteurs de l'arme. Le 17 juillet, la présence d'un Rafale des forces stratégiques sur la base aérienne allemande de Nörvenich, visitée par Emmanuel Macron et le chancelier Friedrich Merz, a été présentée comme la « première étape opérationnelle », et des forces conventionnelles allemandes doivent participer en 2026 à un exercice nucléaire français, selon l'AFP.

En retour, un appui des alliés en défense conventionnelle

Emmanuel Macron propose aussi aux partenaires un « épaulement réciproque » sur le terrain de la défense conventionnelle. Il en a désigné trois domaines où l'Europe manque de moyens : l'alerte avancée, qui repère par satellites et radars les missiles lancés vers le continent, la défense aérienne contre les missiles et les drones, et les frappes à très longue portée. Paris et Varsovie doivent discuter d'un appui polonais dans ces domaines et dans le spatial, avait annoncé le chef de l'État à Gdansk. La Suède, qui a commandé le 31 août pour 4,3 milliards d'euros quatre frégates françaises dotées à terme de missiles antimissiles Aster 30, participera selon le président français à « l'épaulement de la dissuasion avancée ».

La liste des pays s'allonge

Après l'annonce finlandaise, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a dit ne pas comprendre « tout à fait » le concept et s'est abstenu de commenter. « La dissuasion avancée n'a pas de cible particulière », a déclaré de son côté à l'AFP le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot. Au groupe des huit pays cités en mars, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark, se sont ajoutées la Norvège en mai puis la Finlande. Le Premier ministre estonien, Kristen Michal, a indiqué que son pays discutait avec Paris d'une éventuelle participation. Le 22 septembre, son homologue letton, Andris Kulbergs, a annoncé qu'Emmanuel Macron avait accepté d'ouvrir des négociations sur la participation de la Lettonie, selon l'AFP. La Lituanie, elle aussi frontalière de la Russie, envisage également d'y prendre part, selon la même source. Le jour du discours, l'AFP rappelait que le chef de l'État est régulièrement accusé, par une partie de l'opposition française, de vouloir brader l'arme nucléaire.

Emmanuel Macron quittera l'Élysée en mai 2027, et la décision nucléaire reviendra alors à son successeur. À Brühl, le 17 juillet, alors que l'AFP relevait l'incertitude liée à une possible victoire de l'extrême droite en France, Friedrich Merz a promis que l'Allemagne tendrait « toujours la main à une coopération approfondie et fondée sur la confiance avec la France, quelle que soit la décision des électeurs de nos deux pays ».

L'essentiel

  • Dix pays européens ont rejoint la dissuasion avancée : les huit cités le 2 mars, puis la Norvège en mai et la Finlande le 14 septembre.
  • Ils peuvent être associés aux exercices et pourraient, à terme, accueillir des déploiements temporaires, sans partage de la décision, de sa planification ni de la définition des intérêts vitaux.
  • En retour, ils sont invités à renforcer la défense conventionnelle de l'Europe : alerte avancée, défense aérienne contre les missiles et les drones, frappes à longue portée.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la dissuasion nucléaire avancée ?
Une initiative annoncée par Emmanuel Macron le 2 mars 2026 : des pays européens peuvent être associés aux exercices et aux activités de la dissuasion française, et pourraient, à terme, accueillir des déploiements temporaires, sans aucun partage de la décision d'emploi.
Quels pays participent à la dissuasion avancée ?
Les huit pays cités le 2 mars, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark, ont été rejoints par la Norvège en mai et par la Finlande le 14 septembre ; avec cette dernière, un groupe de pilotage doit être établi « dans les prochains mois » pour commencer la mise en œuvre. L'Estonie dit discuter d'une éventuelle participation, la Lituanie l'envisage, et la France a accepté d'ouvrir des négociations avec la Lettonie, selon le Premier ministre letton.
Des armes nucléaires françaises seront-elles installées chez les alliés ?
Selon le discours de l'Île Longue, la démarche « pourra » prévoir le « déploiement de circonstances », c'est-à-dire temporaire, d'éléments des forces stratégiques chez les alliés. La Finlande a exclu tout stationnement d'arme nucléaire sur son sol en temps de paix.

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