Le 20 septembre, à Saint-Pierre-et-Miquelon, Emmanuel Macron et le Premier ministre canadien Mark Carney ont défendu ensemble la « souveraineté » de leurs pays. Aucun des deux n'a nommé Donald Trump, qui a menacé à plusieurs reprises d'annexer le Canada et avait publié une carte recouvrant toute la région du drapeau des États-Unis, archipel français compris. « Dans toute la région, nous avons un défi qui est celui de se faire respecter », a déclaré Emmanuel Macron devant les habitants, en évoquant la crise du Groenland.
Dès son arrivée, la veille au soir, il avait répondu à la carte : l'archipel est « français », « c'est une évidence », « pas de discussion ». Saint-Pierre-et-Miquelon compte 5 800 habitants, à 4 300 kilomètres de Paris et à quelques kilomètres des côtes canadiennes, selon l'AFP.
Groenland : un accord signé à l'ONU
Donald Trump avait menacé de rattacher aux États-Unis le Groenland, territoire autonome danois de 57 000 habitants, et évoqué la possibilité « d'utiliser la force » pour s'en emparer. Selon l'AFP, l'île est située sur la route la plus courte entre la Russie et les États-Unis, son sous-sol contient des terres rares encore inexploitées, et son importance pourrait grandir avec la fonte des glaces, qui ouvre de nouvelles routes maritimes.
Le 18 septembre, le président américain a annoncé un accord de « sécurité » avec le Danemark, dont le texte n'était pas encore public. D'après Washington, l'accord empêche la Chine comme la Russie d'établir des bases militaires sur l'île ou d'y réaliser des investissements sensibles sans l'aval américain, et donne aux États-Unis un « contrôle permanent » sur la sécurité du territoire. Le 19 septembre, le Danemark a souligné que l'accord respectait ses « lignes rouges », selon les mots de son ministre des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen. « La souveraineté danoise est respectée, le droit international est respecté », a réagi le même soir Emmanuel Macron, à son arrivée à Saint-Pierre.
Donald Trump a signé l'accord avec le Danemark et le Groenland le 22 septembre, juste après son discours devant l'Assemblée générale des Nations unies. La Maison Blanche a rendu le texte public juste après la cérémonie. Il ouvre aux forces américaines deux nouveaux sites, Narsarsuaq dans le sud de l'île et Mestersvig dans l'est, et reconnaît à la fois la souveraineté du Danemark et le droit des Groenlandais à disposer d'eux-mêmes. Pour entrer en vigueur, il doit encore être approuvé par les Parlements du Groenland et du Danemark.
Depuis un pacte de défense signé en 1951 et révisé en 2004, les États-Unis pouvaient déjà accroître leurs effectifs et leurs installations sur l'île, à condition de prévenir au préalable Copenhague et Nuuk. Ils y ont compté jusqu'à 17 installations militaires au plus fort de la guerre froide et y détiennent la base de Pituffik, dans le nord. Avant la signature, le chercheur Ulrik Pram Gad, de l'Institut danois pour les études internationales, résumait à l'AFP : « Le problème, c'est de savoir si on peut faire confiance à Donald Trump pour respecter l'accord. »
Un consulat français à Nuuk depuis février
Paris avait affiché son soutien aux Groenlandais bien avant l'accord. Le 6 février, la France a inauguré un consulat général à Nuuk, le même jour que le Canada, en se félicitant d'être le premier pays de l'Union européenne à le faire. La décision avait été annoncée lors d'une visite d'Emmanuel Macron à Nuuk, le 15 juin précédent. Ces ouvertures permettent de dire à Donald Trump que son agressivité envers le Groenland et le Danemark est « aussi l'affaire des alliés européens, et également du Canada », estimait alors Ulrik Pram Gad.
À Saint-Pierre, un archipel en quête de nouvelles ressources
Frappé par la fin de l'âge d'or de la pêche à la morue, l'archipel doit aussi faire face, selon l'AFP, à la cherté de la vie, à la baisse de sa population et à la menace du climat. Dès son arrivée, Emmanuel Macron a rappelé « l'année très dure » de 1992, qui avait scellé le sort de cette pêche. Le lendemain, il a annoncé 19 millions d'euros pour remettre en état le port de Saint-Pierre, où un quai risque de céder. Le village de Miquelon, 600 habitants, a commencé à reloger les siens à un kilomètre et demi de là pour échapper à la montée des eaux. Le président a promis d'aller plus vite, avec une nouvelle étape qui doit permettre d'avoir relogé la moitié de la population « à l'horizon 2033 ». Il n'a pas chiffré cette promesse, lui qui quittera l'Élysée en mai 2027. Avant sa visite, les élus locaux estimaient que la deuxième phase du déménagement nécessitait 25 millions d'euros. Sur le nouveau site, une dizaine de maisons sont déjà sorties de terre. « Ça crée une tension entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre », résume Lise Leloche, une habitante de 73 ans.
L'archipel mise aussi sur l'espace et les données. Il abrite une station au sol du système européen de navigation par satellite Galileo, et l'entreprise française SCLES « travaille sur un câble reliant la Bretagne à New York qui passera par Saint-Pierre », a indiqué Emmanuel Macron, en annonçant un investissement de l'État dans les premières études. Pour la pêche, la sécurité et l'énergie, le chef de l'État a promis entre Paris et Ottawa « un rapprochement profond ». Selon l'AFP, la guerre au Moyen-Orient a poussé le président à chercher d'autres fournisseurs d'énergie, et il a salué les projets canadiens de gaz naturel liquéfié.
« L'histoire se souvient de ceux qui défendent leur souveraineté », a déclaré Mark Carney, après s'être incliné devant le monument aux engagés volontaires de la France libre. En 1941, à l'initiative du général de Gaulle, Saint-Pierre-et-Miquelon avait rejoint la France libre malgré l'opposition de Franklin D. Roosevelt : le président américain entendait alors s'en tenir au statu quo avec le régime de Vichy.











