Blackout : trois incidents en un an en France et en Europe
Le 28 avril 2025, la péninsule ibérique subit un blackout massif. L'Espagne et le Portugal, 50 millions de personnes, plongent dans le noir pendant plusieurs heures. RTE a publié une FAQ mise à jour en mars 2026 pour analyser les causes : un décrochage soudain de la production renouvelable, insuffisamment compensé par les interconnexions.
En France, deux incidents ont failli tourner au blackout en 2025. En quelques minutes, 9 gigawatts de production verte ont été déconnectés du réseau — l'équivalent de neuf réacteurs nucléaires débranchés simultanément. Le gestionnaire RTE est intervenu en urgence pour éviter l'effondrement en cascade. Le 13 mars 2026, une panne a plongé 32 000 foyers de la métropole de Rouen dans le noir.
Ces événements ne sont pas liés à la guerre en Iran. Mais ils révèlent une fragilité structurelle que le conflit pourrait aggraver.
55 % du réseau européen vulnérable : les chiffres d'Ember
55 % du réseau vulnérable
Le think tank Ember a publié en septembre 2025 un rapport qui a fait peu de bruit : 55 % du système électrique européen présente des « options d'importation d'urgence limitées ». En clair, plus de la moitié du réseau est trop isolée pour être secourue efficacement en cas de crise.
Les pays les plus exposés sont l'Espagne, l'Irlande et la Finlande — insuffisamment connectés à leurs voisins. La France, grâce à ses 50 interconnexions transfrontalières, est mieux lotie. Mais elle n'est pas à l'abri : aux pics de consommation hivernale, les importations ont atteint 11 GW, soit 17 % de la demande nationale. Quand la France importe, elle dépend de la stabilité de ses voisins.
Les câbles sous-marins : le talon d'Achille numérique
95 % des communications téléphoniques et 99 % du trafic internet français passent par des câbles sous-marins. Depuis 2022, Ember a recensé neuf incidents de sabotage sur des infrastructures en mer Baltique — gazoducs Nord Stream, câble Balticconnector, câble électrique EstLink 2.
Dans le contexte de la guerre en Iran, le risque d'un sabotage des câbles sous-marins dans le Golfe persique ou en Méditerranée est pris au sérieux. Un marché de prédiction (Polymarket) évalue activement la probabilité qu'un tel sabotage ait lieu avant le 30 avril 2026. Si un câble majeur reliant l'Europe à l'Asie était coupé, les conséquences iraient bien au-delà d'une panne internet : marchés financiers, systèmes de paiement, communications d'urgence seraient touchés.
Le nucléaire : l'avantage français
La France produit 70 % de son électricité à partir de l'énergie nucléaire. C'est un avantage structurel considérable dans le contexte actuel. Le nucléaire ne dépend ni du pétrole ni du gaz — les deux ressources les plus touchées par la fermeture d'Ormuz, dont les réserves stratégiques s'épuisent plus vite que prévu.
L'Allemagne, qui a fermé ses dernières centrales nucléaires en 2023, dépend davantage du gaz (dont les prix ont bondi avec la crise). Le Royaume-Uni, qui a misé sur l'éolien offshore, est vulnérable aux jours sans vent. La France, paradoxalement, est l'un des pays européens les mieux protégés contre un blackout lié à la crise pétrolière — à condition que son parc nucléaire tourne à plein régime.
Or, c'est le cas. Au printemps 2026, la disponibilité du parc nucléaire français est élevée. Les travaux de maintenance lourds (post-corrosion sous contrainte) sont en grande partie terminés. La France exporte même de l'électricité vers ses voisins — une position de force qui fait d'elle l'un des rares contributeurs nets d'énergie en Europe.
Blackout en France : probable ou non en 2026 ?
À court terme (avril-juin 2026) : non. La demande électrique est modérée au printemps (pas de chauffage, pas de climatisation), le parc nucléaire tourne bien, les réserves hydrauliques sont correctes. Le risque de blackout en France est faible dans les prochaines semaines.
L'hiver prochain : à surveiller. Si la crise pétrolière se prolonge et que les prix du gaz restent élevés, les pays voisins (Allemagne, Italie) pourraient solliciter massivement les interconnexions françaises pour compenser leur déficit. La France deviendrait alors le « pompier électrique » de l'Europe — un rôle qui met son propre réseau sous pression.
Le scénario sabotage : imprévisible. Une coupure de câble sous-marin majeur aurait des conséquences immédiates sur les communications et les transactions financières, pas directement sur l'électricité (les câbles électriques sous-marins sont distincts des câbles de télécommunication). Mais l'effet de cascade — panique, dysfonctionnement des systèmes de pilotage du réseau, perte de coordination entre gestionnaires — ne peut pas être exclu.
Le blackout n'est pas le scénario le plus probable pour la France en 2026. Mais la panne de Rouen, le blackout ibérique et la vulnérabilité des câbles montrent que la marge de sécurité est plus mince qu'on ne le croit. Dans un monde où les crises se cumulent — énergie, géopolitique, climat — c'est l'empilement qui crée le risque, pas un facteur isolé.











