- Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez est « très déterminé » à interdire le concert de Kanye West prévu le 11 juin au Vélodrome de Marseille
- Le Royaume-Uni a interdit au rappeur d'entrer sur son territoire le 7 avril — les Pays-Bas ont refusé de l'interdire
- Le maire de Marseille Benoît Payan avait dénoncé en mars un « nazisme décomplexé » et déclaré le rappeur « non bienvenu »
- Le Conseil d'État n'autorise l'interdiction d'un spectacle qu'en cas de risque avéré de propos constituant une infraction pénale et de troubles à l'ordre public
Kanye West — désormais connu sous le nom de Ye — doit se produire le 11 juin au stade Vélodrome de Marseille. Son unique date en France. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez veut l'en empêcher. Il s'est dit « très déterminé » et étudie « toutes les possibilités », selon son entourage, confirmant une information de Libération.
Le rappeur américain de 48 ans a multiplié depuis 2022 les déclarations antisémites qui lui ont coûté la quasi-totalité de ses partenariats commerciaux et une part significative de son public. Reste la question juridique : un État démocratique peut-il interdire un concert pour ce qu'un artiste a dit en dehors de la scène ?
Ce que Kanye West a dit et fait
La chronologie est longue. En 2022, le rappeur publie une série de messages antisémites sur les réseaux sociaux, entraînant la rupture de son contrat avec Adidas et sa suspension de Twitter. En 2023, il déclare dans un podcast qu'il « adore les nazis ». Il met en vente sur son site un t-shirt orné d'une croix gammée.
En mai 2025, il publie un titre intitulé « Heil Hitler ». Le morceau est retiré des principales plateformes de streaming. En janvier 2026, il publie dans le Wall Street Journal une lettre d'excuses dans laquelle il dit avoir « perdu le contact avec la réalité » et attribue son comportement à son trouble bipolaire.
Ces excuses n'ont pas mis fin à la polémique. Le concert de Marseille, annoncé début 2026, a immédiatement provoqué des réactions.
L'Europe divisée
Le Royaume-Uni a tranché le premier. Le 7 avril, le gouvernement britannique a interdit à Kanye West d'entrer sur le territoire pour des concerts prévus en juillet. Le Wireless Festival, dont il devait être la tête d'affiche, a été annulé.
Les Pays-Bas ont pris la position inverse. Le ministre de l'Asile et de la Migration Bart van den Brink a indiqué qu'un « risque potentiel pour l'ordre public ou la sécurité nationale » était nécessaire pour interdire l'entrée d'une personne — et que ce seuil n'était pas atteint. Les concerts de Ye sont maintenus les 6 et 8 juin à Amsterdam.
La France se situe entre les deux. Le maire de Marseille Benoît Payan avait déclaré début mars : « Je refuse que Marseille soit une vitrine pour ceux qui promeuvent la haine et le nazisme décomplexé. Kanye West n'est pas le bienvenu au Vélodrome, notre temple du vivre-ensemble. » Le ministre Nuñez s'est entretenu du sujet avec le préfet de la région PACA, Jacques Witkowski, lors d'un déplacement à Marseille la semaine dernière.
Ce que le droit français permet
Interdire un spectacle en France est juridiquement encadré. Le Conseil d'État a rappelé à plusieurs reprises que l'interdiction n'est possible que si deux conditions sont réunies : un risque que des propos constituant une infraction pénale soient tenus pendant l'événement, et un risque de troubles à l'ordre public que les forces de sécurité ne pourraient pas contenir.
Le précédent le plus connu est celui de Dieudonné. En janvier 2014, le Conseil d'État avait validé l'interdiction de son spectacle « Le Mur » à Nantes, au motif que le spectacle contenait des propos antisémites susceptibles de constituer des infractions pénales. Mais la décision avait été critiquée par une partie des juristes, qui y voyaient une atteinte disproportionnée à la liberté d'expression.
Le cas Kanye West est différent. Les propos reprochés n'ont pas été tenus sur scène en France, mais dans des médias et sur des réseaux sociaux américains. Le contenu de ses concerts ne contient pas, en soi, de discours antisémite. L'interdiction devrait donc reposer sur la probabilité que de tels propos soient tenus le 11 juin au Vélodrome — une démonstration plus difficile à établir devant un juge.
Le ministère de l'Intérieur n'a pas précisé la base juridique qu'il envisageait. Deux options existent : un arrêté préfectoral d'interdiction de spectacle, contestable devant le tribunal administratif, ou une interdiction administrative du territoire, comme l'a fait le Royaume-Uni.
Le concert est dans huit semaines. Si l'interdiction est prononcée, les organisateurs pourront la contester en référé. Si elle n'est pas prononcée, 67 000 places du Vélodrome seront en jeu.











