Un an jour pour jour après le « Liberation Day » qui avait inauguré la guerre commerciale la plus agressive depuis les années 1930, Donald Trump a signé jeudi 2 avril un décret imposant de nouveaux droits de douane sur les médicaments importés aux États-Unis. La surtaxe peut atteindre 100 % pour les pays sans accord commercial avec Washington. Pour l'Union européenne, le Japon et la Corée du Sud, un taux réduit de 15 % s'applique. Objectif affiché : forcer la réimplantation d'usines pharmaceutiques sur le sol américain.
Ce que les droits de douane de Trump changent pour la pharma européenne
L'Union européenne a négocié un taux préférentiel de 15 % sur les produits pharmaceutiques du bloc, mais cette protection reste fragile. Les entreprises qui s'engagent à installer des usines aux États-Unis bénéficieront d'un taux réduit à 20 %. Celles qui acceptent d'appliquer les prix de la « nation la plus favorisée » et d'investir aux USA seront totalement exemptées.
La chronologie est claire : entrée en vigueur dans 120 à 180 jours selon la taille de l'entreprise. Autrement dit, d'ici la rentrée de septembre au plus tard. Selon Euractiv, une eurodéputée a averti que la stratégie de Trump dans le domaine pharmaceutique « prend l'Europe en otage ».
Pour les géants européens de la pharma — Sanofi, Roche, Novartis, AstraZeneca — l'alternative est brutale : accepter de transférer une partie de la production aux États-Unis, ou perdre l'accès au premier marché pharmaceutique mondial (45 % des ventes mondiales).
La double tenaille qui menace la France : Ormuz coupe l'amont, Trump taxe l'aval
C'est une conjonction que personne n'avait anticipée. D'un côté, la fermeture du détroit d'Ormuz depuis le 4 mars a coupé la France de 87,7 % de son approvisionnement en méthanol, matière première essentielle à la fabrication de médicaments, et de 80 % de ses principes actifs fabriqués en Asie qui transitent par le Golfe. Comme nous l'avions détaillé dès la première semaine de la crise, la France ne dispose que de trois mois de stocks de principes actifs pour les médicaments essentiels.
De l'autre, les droits de douane de Trump frappent les produits finis que l'industrie européenne exporte vers les États-Unis. Sanofi réalise 37 % de son chiffre d'affaires outre-Atlantique. Si le groupe doit absorber 15 % de surtaxe sur ses exportations américaines tout en payant plus cher ses matières premières à cause d'Ormuz, les marges se compressent des deux côtés. C'est une tenaille inédite.
Les métaux ne sont pas épargnés. Le même décret impose 25 % de droits sur les produits finis contenant de l'acier, de l'aluminium ou du cuivre — des métaux dont l'Europe tente justement de sécuriser l'approvisionnement face à la Chine. Entrée en vigueur : lundi prochain.
Un an de guerre commerciale : le bilan chiffré pour la France
Le 2 avril 2025, Trump avait lancé ce qu'il appelait le « Liberation Day », imposant des droits de douane généralisés sur les importations américaines. La Cour suprême en avait invalidé une partie comme anticonstitutionnelle, mais les surtaxes sectorielles avaient été maintenues. Un an plus tard, le taux effectif moyen sur les importations américaines reste élevé. Le Royaume-Uni a signé un accord commercial qui inclut une hausse du prix des médicaments au RU en échange d'une exemption douanière — un précédent que Bruxelles observe avec inquiétude.
Pour les patients français, les conséquences sont encore indirectes mais se rapprochent. Le gouvernement français envisage de doubler les franchises médicales, passant de 1 à 2 euros par boîte de médicaments. Si les coûts de production augmentent en amont (Ormuz) et que les marchés d'exportation se ferment en aval (douanes US), l'industrie pharmaceutique européenne devra trouver des économies. Les patients seront les derniers maillons de la chaîne.











