On parle de pénurie de carburant, de flambée du gaz, de rationnement à la pompe. Mais la cascade économique de la guerre en Iran touche un maillon que personne ne surveille : le plastique. Et le plastique, c’est partout.
Les faits : le polyéthylène flambe, les stocks fondent
Joseph Tayefeh, secrétaire général de Plastalliance, a lancé l’alerte le 1er avril : « Si le polyéthylène vient à manquer, les ruptures apparaîtront en supermarché dans deux à trois semaines. » Soit autour du 15 avril.
Le polyéthylène est le polymère le plus utilisé au monde. Il sert à fabriquer les bouteilles de lait, les films alimentaires, les bouchons, les barquettes, les sacs. Il est dérivé du pétrole — et du naphta qui transite par le détroit d’Ormuz.
Les prix ont déjà décroché : de 1 400-1 600 € la tonne en février, le polyéthylène s’affiche désormais à 2 300 € la tonne. Soit une hausse de 40 % en un mois.
La liste des produits menacés
Selon Process Alimentaire et les données de Plastalliance, les ruptures toucheront d’abord les produits dont l’emballage est en polyéthylène pur :
Premier cercle (mi-avril) : bouteilles de lait, bouchons de bouteilles d’eau, films étirables et rétractables, sacs de caisse, sachets de surgelés.
Deuxième cercle (fin avril) : barquettes alimentaires (viande, fruits), pots de yaourt, bidons de lessive, flacons cosmétiques, sacs-poubelle.
Troisième cercle (mai) : composants industriels, pièces automobiles, tuyaux, revêtements.
La Corée du Sud, cinquième producteur mondial de plastique et géant de la pétrochimie, est déjà quasi en rupture de sacs-poubelle. Ce qui se passe en Asie préfigure ce qui arrivera en Europe avec quelques semaines de décalage.
Pourquoi la France est particulièrement exposée
La France ne produit plus assez de matières plastiques brutes. Le pays importe la majorité de ses granulés de polyéthylène, principalement d’Arabie saoudite, de Belgique et d’Allemagne. Or ces fournisseurs dépendent eux-mêmes du naphta moyen-oriental.
L’industrie plastique française représente 3 200 entreprises et 120 000 emplois directs. « Un hiver industriel va s’abattre sur l’Europe, sur nos industries, et notamment sur la France », prévient Tayefeh.
Deux semaines. C’est le tampon entre la crise actuelle et les rayons vides. La dépendance alimentaire de la France ne se limite pas à ce qu’on cultive. Elle inclut ce dans quoi on emballe.
Ce que vous pouvez faire
Pas de panique, mais de l’anticipation. Les ruptures ne seront pas généralisées : les enseignes disposent de stocks et certaines gammes passeront au verre ou au carton. Mais les produits premier prix, dont l’emballage est le poste de coût le plus élastique, seront les premiers touchés.
Les scénarios de blocage d’Ormuz prévoyaient des effets sur l’énergie et l’agriculture. Personne n’avait mis le plastique dans l’équation. C’est pourtant le lien entre le pétrole et votre caddie.











