Depuis début mars, les automobilistes français qui font le plein chez TotalEnergies bénéficient d’un filet de sécurité : 1,99 € le litre de SP95-E10, 2,09 € le gazole. Ce plafond, prolongé une dernière fois le 31 mars, expire mardi 7 avril au soir. TotalEnergies n’a rien annoncé pour la suite.
Les faits : un plafond qui touche à sa fin
Le dispositif couvre les 3 300 stations TotalEnergies de métropole, soit près d’une station sur quatre en France. Lancé face à la flambée provoquée par la guerre en Iran, il absorbait l’écart entre les cours mondiaux et le prix affiché à la pompe.
Problème : cet écart n’a cessé de se creuser. Le 1er avril, le SP95-E10 moyen national s’affichait à 2,05 €/L et le gazole à 2,25 €/L selon le ministère de la Transition énergétique. Le plafond TotalEnergies offrait donc 6 centimes d’économie sur l’essence et 16 centimes sur le gazole. Pas anodin.
Simulation : ce que vous paierez le 8 avril
En prenant les prix moyens du 1er avril et en les projetant sur un plein de 50 litres :
SP95-E10 : passage de 99,50 € (plafond) à 102,50-105 € (marché). Soit 3 à 5,50 € de plus par plein.
Gazole : passage de 104,50 € (plafond) à 112,50 € (marché). Soit 8 € de plus par plein.
Pour un automobiliste qui fait deux pleins par mois, l’addition grimpe : +16 €/mois au gazole, +192 € sur un an. Et ce calcul suppose que les cours restent stables. Or le baril de Brent vient de bondir de 8 % en une seule séance jeudi, à 109,03 dollars.
Pourquoi TotalEnergies ne prolonge probablement pas
Le groupe n’a fait aucune communication sur une éventuelle extension au-delà du 7 avril. Trois éléments expliquent cette prudence.
D’abord, le coût. Chaque centime de remise sur 3 300 stations représente des dizaines de millions d’euros. Le plafond initial à 1,99 € avait été calibré quand le Brent oscillait autour de 95 $. À 109 $, l’équation a changé.
Ensuite, l’incertitude. Les scénarios autour du détroit d’Ormuz restent ouverts. Trump évoque « deux à trois semaines » de frappes supplémentaires. Personne ne sait où sera le baril le 15 avril.
Enfin, la stratégie commerciale. TotalEnergies a lancé en parallèle son offre « Avantage Carburant » réservée aux abonnés électricité et gaz du groupe : plafond à 1,99 € toute l’année 2026, tous carburants. La fin du plafond général rend cette offre soudain très attractive. Ce n’est pas un oubli. C’est un double contrat.
Le piège des marchés fermés
Les marchés pétroliers sont fermés vendredi, samedi et dimanche pour Pâques. La dernière séance s’est terminée à 109,03 $. Lundi matin, quand ils rouvriront, trois jours d’actualité géopolitique se déverseront en quelques heures : les missiles iraniens sur Tel-Aviv de ce vendredi, le report du vote ONU sur Ormuz, les menaces croisées Trump-Téhéran. La volatilité sera maximale.
Le Brent avait brièvement passé sous les 100 $ la semaine précédente, laissant croire à une détente. Faux espoir. À 109 $, on est revenu aux niveaux les plus élevés depuis le début du conflit.
Ce qui attend les automobilistes
Trois scénarios se dessinent pour l’après-7 avril.
Scénario 1 — Pas d’extension. Le plus probable. Le prix chez TotalEnergies rejoint les prix du marché. Les files d’attente, concentrées ces dernières semaines sur les stations TotalEnergies (épargnant les indépendants), se redistribuent. Le choc est psychologique autant qu’économique.
Scénario 2 — Extension limitée. TotalEnergies prolonge d’une semaine, comme le 31 mars. Un sursis, pas une solution. L’équation de fond reste la même.
Scénario 3 — Intervention gouvernementale. Bercy débloque une aide directe, à l’image des 70 millions d’euros de chômage partiel annoncés pour avril. Mais la trajectoire des prix carburants rend toute aide ponctuelle dérisoire face à la flambée structurelle.
Dans tous les cas, les conséquences énergétiques de la guerre dépassent largement le carburant. Le gaz augmentera de 15 à 18 % en mai. Le gazole touche les transporteurs, donc les prix en rayon. La crise du détroit d’Ormuz est une crise systémique, pas un problème de pompe.
L’aide représente 20 centimes. La hausse est de 52. Faites le calcul.











