Ce mardi 31 mars, trois France se mettent en colère en même temps. Dans les écoles, les enseignants font grève contre 3 256 suppressions de postes. Sur les périphériques, les routiers bloquent la circulation pour dénoncer un gazole devenu impayable. Et dans les boîtes aux lettres, les allocataires découvrent que le RSA augmentera de 0,8 % au 1er avril — cinq euros par mois — quand leur facture d'énergie a bondi de 22 %. Chacun de ces fronts est couvert séparément par les médias. Aucun ne pose la question qui les relie.
Trois fronts, un même jour
La grève des enseignants répond à un mot d'ordre intersyndical large : FSU, UNSA, CFDT, CGT et SUD éducation appellent conjointement à une semaine d'action du 30 mars au 3 avril. Le motif immédiat est la suppression de 3 256 postes dans le budget 2026 de l'Éducation nationale, mais la colère est plus ancienne. Les syndicats dénoncent la dégradation des conditions de travail, le gel des salaires et la hausse du coût de la vie.
Sur les routes, la mobilisation a démarré à 6 heures ce mardi sur le périphérique nantais. Une trentaine de camions ont bloqué le pont de Bellevue, provoquant 20 à 30 kilomètres de bouchons. « C'est un élan de solidarité, on s'allie face aux difficultés que rencontre la profession. Si cela continue, il est possible que je mette des camions à l'arrêt », a expliqué Thomas Bizien, patron d'une entreprise de transport à Saumur, à l'AFP. D'autres actions sont prévues en Nouvelle-Aquitaine, en Occitanie et en Bretagne.
Troisième front, plus silencieux : la revalorisation des minima sociaux au 1er avril. Le RSA passe à 652,33 euros par mois pour une personne seule, soit 5,14 euros de plus. La prime d'activité augmente de 50 euros en moyenne. L'AAH est revalorisée de 0,8 %. Les premiers versements n'arriveront que le 5 mai. — voir le détail de la revalorisation des aides (selon Service-public.fr)
Le fil invisible : la guerre en Iran
Ce qui relie ces trois colères, c'est une crise énergétique née à 8 000 kilomètres de la France. Depuis le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran fin février, le baril de Brent est passé de 75 à 113 dollars. Le gazole a progressé de 30 % en un mois. Cette flambée se répercute en cascade : les transporteurs voient leur facture augmenter d'un tiers, les prix alimentaires suivent, et l'inflation énergétique annule en quelques semaines le maigre rattrapage des aides sociales. — voir le suivi des prix à la pompe
Les enseignants ne manifestent pas pour le pétrole. Mais la revalorisation salariale qu'ils réclament depuis des années devient encore plus urgente quand le plein coûte 100 euros et que la facture de gaz augmente de 15 % en mai. Les routiers ne protestent pas contre les suppressions de postes. Mais la même contrainte budgétaire qui supprime 3 256 postes dans l'éducation limite aussi les aides au transport à 50 millions d'euros — un montant que l'Otre juge dérisoire.
Les allocataires du RSA ne bloquent pas de périphériques. Mais leurs 5 euros de plus par mois sont engloutis par la hausse du prix du gaz, du gazole et des produits alimentaires avant même d'arriver sur leur compte.
La réponse gouvernementale : 70 millions et 0,8 %
Face à cette triple colère, le gouvernement a répondu par compartiments. Pour les routiers : 50 millions d'euros d'aides ciblées, limitées aux TPE et PME en difficulté de trésorerie. Pour les agriculteurs : 14 millions. Pour les pêcheurs : 5 millions. Pour les automobilistes : rien. Pour les enseignants : le ministère affirme que les suppressions de postes « tiennent compte de la baisse démographique ». Pour les allocataires : 0,8 % de revalorisation légale.
La FNSEA qualifie les aides transport de « mesurettes ». L'Otre les juge « pas à la hauteur de la gravité de la situation ». L'association 40 Millions d'Automobilistes demande une baisse de la TVA sur les carburants de 20 % à 5,5 %. Les syndicats enseignants réclament un plan d'urgence pour l'école.
Ce que révèle cette journée
Le 31 mars 2026 n'est pas une convergence organisée. Aucun de ces trois mouvements ne coordonne son action avec les deux autres. C'est précisément ce qui rend cette journée révélatrice : quand trois secteurs aussi différents que l'éducation, le transport routier et les minima sociaux expriment la même colère le même jour, sans se concerter, c'est le signe que le problème est structurel.
La guerre en Iran a accéléré une crise du pouvoir d'achat qui couvait depuis des mois. La flambée de l'énergie ne touche pas seulement les automobilistes : elle atteint les cantines scolaires, les déplacements domicile-travail des enseignants, le coût du fret, les factures des ménages les plus modestes. Et les réponses en silo — 50 millions ici, 0,8 % là — ne traitent pas la cause commune.
Regards Actuels suit l'évolution quotidienne de la guerre en Iran et de ses conséquences sur la vie des Français.










