Après le droit au séjour, l'argent. Un arrêté signé le 30 juillet par le ministre de l'Intérieur et le ministre de l'Économie, publié le lendemain au Journal officiel, gèle pour six mois l'ensemble des fonds et ressources économiques de Xenia Fedorova. La chroniqueuse russe de 45 ans était déjà sous le coup, depuis le 29 juillet, d'un arrêté ministériel d'expulsion.
La mesure couvre les fonds qui « appartiennent à, sont possédés, détenus ou contrôlés » par elle, ainsi que ceux des entités agissant pour son compte, et interdit « la mise à disposition, directe ou indirecte, ou l'utilisation de fonds ou ressources économiques au profit de cette personne ». Son objet, écrit le ministère de l'Économie au Journal officiel, est de prévenir la commission de « nouveaux actes d'ingérence ».
L'arsenal antiterroriste appliqué aux ingérences
L'outil employé ne vient ni du droit des étrangers ni d'une procédure pénale. L'article L. 562-2-1 du code monétaire et financier a été créé par la loi du 25 juillet 2024 contre les ingérences étrangères, qui a transposé à ce terrain un gel bâti pour la lutte antiterroriste : une décision conjointe de Bercy et de la place Beauvau, sans passage préalable devant un juge, valable six mois et renouvelable. La définition de l'acte d'ingérence qu'elle retient couvre les agissements menés à la demande ou pour le compte d'une puissance étrangère, « y compris la communication d'informations fausses ou inexactes ». Le code des étrangers ne nomme nulle part la désinformation ; le code monétaire et financier en fait un motif de gel.
« Nous assistons à une forme entièrement nouvelle de pression politique ayant un seul objectif, la censure des opinions qui ne correspondent pas au discours officiel », a réagi Xenia Fedorova sur le réseau social X. Son avocat, Emmanuel Piwnica, a dénoncé auprès de l'AFP un « acharnement ». Les mesures seront contestées en justice, comme l'arrêté d'expulsion avant elles. Ses employeurs, Canal+ et Lagardère, avaient déjà qualifié cet arrêté d'« atteinte particulièrement grave à la liberté d'expression ».
Le gouvernement assume la série de mesures
L'arrêté d'expulsion est « très motivé », a défendu le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez sur RTL, parce que, selon lui, « systématiquement, elle reprend le verbatim au mot près de la Russie » sur la guerre en Ukraine. « Mme Fedorova est une citoyenne russe qui est venue en France comme agente d'influence pour relayer la propagande russe », a appuyé le chef de la diplomatie Jean-Noël Barrot dans La Provence. Assignée à résidence depuis le 29 juillet, l'ancienne présidente de RT France pointe chaque jour au commissariat et ne peut plus travailler normalement pour CNews, Europe 1 ou le JDNews.
Sa place grandissante dans les médias de la sphère Bolloré nourrissait des craintes de manipulation du débat public à l'approche de l'élection présidentielle de 2027, rappelle l'AFP. Le gel court jusqu'à la fin janvier, prolongeable ensuite. Sur X, l'intéressée prévient que « aujourd'hui, c'est moi, et demain, ce sera toute personne qui osera s'exprimer en dehors de la pensée unique ».











