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Qui gouverne la Nouvelle-Calédonie, et avec quel argent ?

Un parti de quatre élus a fait basculer le Congrès et pris la présidence du gouvernement. Le programme de six mois de ce gouvernement vise les retraites, l'assurance maladie et les dépenses. La collectivité tient grâce à un prêt garanti par l'État.

Mis à jour le lundi 26 octobre 2026 — 17h03
5 min
Des électeurs autour de tables de vote installées dans un gymnase, à Nouméa
Des électeurs votent à Nouméa lors des élections provinciales, le 28 juin 2026 en Nouvelle-Calédonie.© AFP / Delphine Mayeur

Milakulo Tukumuli préside le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie depuis le 31 juillet 2026. Son parti, l'Éveil océanien, ne compte que quatre élus au Congrès. Ce sont pourtant les voix qui manquaient aux non-indépendantistes pour former une majorité.

L'Éveil océanien, arbitre du Congrès

Les élections provinciales du 28 juin ont laissé le Congrès sans majorité : 24 sièges pour l'union des Loyalistes et du Rassemblement, 26 pour les formations indépendantistes, 4 pour l'Éveil océanien, parti créé en 2019 et implanté surtout dans la communauté wallisienne et futunienne. La majorité absolue est de 28. Les trois formations ont signé un accord de gouvernance le 9 juillet ; le lendemain, leurs 28 voix ont porté Virginie Ruffenach à la présidence du Congrès.

Le Congrès a élu le 31 juillet les onze membres du gouvernement. L'Éveil océanien avait placé Milakulo Tukumuli sur la liste du Rassemblement. Les onze membres l'ont ensuite élu président par six voix contre cinq à l'indépendantiste Gilbert Tyuienon. Christopher Gygès, des Loyalistes, est vice-président.

Retraites et assurance maladie d'abord

Dans sa déclaration de politique générale, le 24 août, le président du gouvernement a prévenu les élus : ce ne serait « pas le programme de la mandature 2026-2031 », mais « la feuille de route du 19e gouvernement pour les six prochains mois ». « Quand une pirogue prend l'eau, on ne commence pas par dresser l'inventaire de ce qu'elle transporte. On commence par réparer la coque et redresser le cap. »

Il a fixé cinq urgences : remettre de l'ordre dans les dépenses, préserver le régime de retraite du secteur privé, garantir l'assurance maladie, soutenir l'économie, et répondre aux difficultés de la vie quotidienne, à commencer par la vie chère. Les réserves du régime de retraite géré par la CAFAT, la caisse de sécurité sociale calédonienne, sont passées de près de 40 milliards de francs pacifiques en 2018 à 5,2 milliards en décembre 2025 ; en 2026, son équilibre ne tient que grâce à 7,4 milliards tirés du prêt garanti par l'État. Sans ressource nouvelle ni réforme, « 42 000 Calédoniens pourraient se retrouver sans pension dans quelques mois », a-t-il averti. Le régime unifié d'assurance maladie-maternité, le RUAMM, accumulait près de 43 milliards de dette fin 2025 et perd environ 15 milliards par an. Les deux réformes « devront être votées par le Congrès avant le 31 décembre ».

L'exécutif doit commencer par passer en revue ses propres dépenses : parc automobile et immobilier, déplacements, achats, subventions, organisation et dépenses de personnel. Son président souhaite étendre l'exercice aux établissements publics de la collectivité.

L'État prête, la dette s'alourdit

Pour 2026, l'État garantit un prêt de plus de 44 milliards de francs, soit 370 millions d'euros, accordé par l'Agence française de développement à la Nouvelle-Calédonie, selon le gouvernement calédonien. Il finance la sécurité sociale, le système électrique et les services publics des provinces et des communes. Ce prêt s'inscrit dans un pacte de refondation lancé en février 2026, qui prévoit un soutien de l'État de près de 240 milliards de francs sur cinq ans, en contrepartie de réformes.

Après le recul des recettes fiscales, « notre budget n'a évité la cessation de paiements que grâce à un emprunt important garanti par l'État », a reconnu Milakulo Tukumuli le 24 août, sans préciser lequel. Bientôt, la collectivité devra rembourser plus de 10 milliards de francs chaque année avant de financer la moindre politique publique. Même réformée, a-t-il ajouté, elle « ne passera pas l'année 2027 sans un nouveau soutien financier de l'État ». Il annonçait vouloir proposer à Paris « un contrat de responsabilité : des montants connus, des engagements réciproques et un calendrier tenu ». Le budget de l'État pour 2027, déposé par le gouvernement Lecornu, est en discussion au Parlement depuis octobre.

Restaient les derniers versements de l'année : le 22 septembre, le président du gouvernement a annoncé que la quatrième et dernière tranche du prêt garanti, 13,7 milliards de francs, et la subvention de 7,1 milliards prévue pour l'année seraient versées avant la fin septembre, de quoi tenir selon lui jusqu'en novembre. Le gouvernement a déposé le 20 octobre au Congrès les projets de budget supplémentaire pour 2026.

Un exécutif qui ne tranche pas l'avenir institutionnel

Le scrutin de juin était le premier ouvert à des personnes nées en Nouvelle-Calédonie mais jusque-là exclues du corps électoral spécial : 10 519 natifs ont été ajoutés à la liste provinciale, qui comptait 192 584 inscrits. Les violences de mai 2024, qui ont fait quatorze morts, avaient éclaté autour d'un projet de dégel électoral beaucoup plus large.

L'accord de Bougival, en juillet 2025, prévoyait un « État de la Nouvelle-Calédonie » au sein de la République et une nationalité calédonienne. Le FLNKS l'a rejeté ; un accord complémentaire, dit Élysée-Oudinot, a été signé en janvier 2026 sans lui. L'Assemblée nationale a adopté le 2 avril, par 190 voix contre 107, une motion de rejet du projet de révision constitutionnelle qui devait traduire ces accords. Milakulo Tukumuli s'en tient à une ligne : « Cet exécutif gouverne. Il n'arbitre pas l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. »

L'essentiel

  • Milakulo Tukumuli, de l'Éveil océanien, préside le gouvernement depuis le 31 juillet 2026, grâce à une alliance avec les Loyalistes et le Rassemblement.
  • Pour 2026, l'État garantit à la collectivité un prêt de plus de 44 milliards de francs, accordé par l'Agence française de développement.
  • Les réserves du régime de retraite du privé sont passées de près de 40 milliards de francs en 2018 à 5,2 milliards fin 2025.

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