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Aux portes de Madrid, ils ont quitté leur maison sans rien emporter

« Ils sont arrivés, ils ont donné l'ordre à tout le monde de sortir » : à Aldea del Fresno comme dans les villages voisins de l'ouest de Madrid, les habitants ont été évacués sans avoir le temps de prendre quoi que ce soit. Ils sont des dizaines de milliers à avoir dû partir ou à rester confinés.

Mis à jour le samedi 25 juillet 2026 — 17h52
6 min
Une femme allongée sur un lit de camp dans un gymnase transformé en centre d'hébergement
Des habitants évacués trouvent refuge dans une salle de sport à Villamanta, à l'ouest de Madrid, le 24 juillet 2026© AFP / Pierre-Philippe Marcou

Les pompiers sont entrés chez lui et n'ont pas discuté. « Ils sont arrivés, ils ont donné l'ordre à tout le monde de sortir », raconte Ecologio Cabrera, 86 ans, sorti de sa maison d'Aldea del Fresno « sans avoir eu le temps de prendre quoi que ce soit ». Il vit dans ce village de l'ouest de la région de Madrid depuis vingt-neuf ans. « Je n'ai jamais vécu une chose pareille. » Dans cette région de sept millions d'habitants, le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, dénombrait samedi plus de 70 000 personnes évacuées, sans compter celles qui sont tenues de rester confinées chez elles. La présidente régionale, Isabel Díaz Ayuso, parle du « pire incendie de l'histoire » de Madrid.

Sortis de chez eux au pas de course

Aldea del Fresno, une cinquantaine de kilomètres à l'ouest du centre de la capitale, a été vidé en totalité : « autour de 3 500 habitants », précise Félix Hernández, conseiller municipal. « J'ai 53 ans et j'ai vu des incendies importants, mais aussi grands, non », dit-il. Ecologio Cabrera, lui, a d'abord eu peur pour sa fille, installée dans une commune voisine « où tout a brûlé ». Il décrit une course contre la montre avant l'arrivée des pompiers : la famille arrosait la maison et ses abords avec des tuyaux d'arrosage. Du feu, il retient surtout ceci : « Si tu ne fuis pas devant lui et que tu essaies de lui faire face, il te dévore. »

Mercedes García, 69 ans, a été extirpée de chez elle jeudi en début de soirée par la police et la Garde civile. Elle se déplace difficilement, avec un déambulateur. Dans le gymnase municipal où elle a été accueillie, elle a passé la nuit sur un matelas gonflable de piscine, pendant que son mari s'assoupissait sur une chaise. « Ce qui s'est passé ici est incroyable », répète-t-elle, encore sonnée.

Plus de 1 200 personnes âgées ou handicapées ont été sorties d'établissements de soins et de maisons de retraite de la région. Ailleurs, ce sont des vacanciers : 5 000 occupants du camping d'El Escorial, au nord-ouest de la capitale, ont dû partir à leur tour.

La capitale elle-même vit sous la fumée. Le ciel de Madrid est couvert d'une brume brun-gris, une cendre noire recouvre les toits-terrasses des maisons au nord du centre-ville, et l'odeur irrite la gorge au point que les habitants gardent leurs fenêtres fermées. À El Escorial, le monastère est enveloppé de fumée, ont constaté des journalistes de l'AFP. « Chaque été, il y a des incendies », dit Mar Nicolás, maire de Brunete, une commune voisine de localités évacuées, « mais celui-ci a été terrible ».

Ceux qui restent, confinés

À quelques kilomètres d'Aldea del Fresno, le village de Villa del Prado et ses quelque 8 000 habitants n'ont pas été évacués : ils sont confinés chez eux. Mariano González, retraité de 67 ans, a promené son chien au réveil et n'a rien reconnu. « C'était comme s'il y avait eu un jour de brouillard. C'est très difficile à décrire. Tout le monde avait des masques. » Puis : « Tout ce que je vois, je regarde en haut, je regarde en bas, derrière, devant, et tout est noir... »

Deux feux qui n'en font plus qu'un

La situation s'est aggravée à la mi-journée vendredi, quand deux incendies de la zone ont fusionné pour ne plus former qu'un seul brasier — lequel menaçait ensuite de rejoindre un troisième foyer, celui d'Ávila, dans la région voisine de Castille-et-León. « Il est évident que l'incendie est au plus fort, il est impossible à éteindre », a reconnu Carlos Novillo, du gouvernement régional de Madrid, lors d'un point de presse au poste de commandement des opérations. Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, s'est rendu samedi matin à Cenicientos, au cœur de la zone sinistrée, pour une réunion d'urgence : la priorité est de « sauver des vies », a-t-il insisté, décrivant une situation « complexe » parce que « les températures ont baissé mais nous ne savons pas exactement comment vont évoluer les vents ». Le préfet régional, Francisco Martín Aguirre, a prévenu que la journée serait « difficile » en raison de « rafales erratiques », tout en voyant dans la hausse de l'humidité relative et la baisse des températures « une réelle opportunité de s'attaquer à cet incendie avec de bonnes chances de succès ». Dans la journée, le ministère espagnol de l'Intérieur chiffrait à 25 000 hectares au maximum la surface parcourue par ces feux : près de 10 000 dans la région de Madrid, entre 13 000 et 15 000 dans la province voisine d'Ávila. Plus du double de la superficie de Paris.

Deux Canadair larguent de l'eau au-dessus d'un massif en feu
Des Canadair de l'armée de l'air espagnole larguent de l'eau sur l'incendie près de San Martín de Valdeiglesias, à l'ouest de Madrid, le 24 juillet 2026.AFP / Pierre-Philippe Marcou

Un homme a été arrêté, soupçonné d'avoir déclenché l'incendie d'Ávila en utilisant un engin agricole dans une zone où cela était « totalement interdit », selon la Garde civile, qui enquête sur une seconde personne. Comme la France, où le feu est arrivé aux portes de Bordeaux, l'Espagne a activé le mécanisme européen de protection civile : la Grèce a accepté d'envoyer deux Canadair, et la Commission européenne a fait état de quatre appareils déployés dans le pays. Un site de communication avec l'espace lointain de la Nasa, l'un des trois que compte l'agence américaine dans le monde, a été touché par les flammes.

Depuis le 1er janvier, près de 130 000 hectares ont brûlé en Espagne selon le Système européen d'information sur les feux de forêt (EFFIS) — un chiffre encore loin des 393 000 hectares de 2025, le pire bilan de l'histoire récente du pays. La saison espagnole avait déjà été marquée, au début du mois, par un incendie meurtrier près d'Almería, dans le sud. De l'autre côté des Pyrénées, les évacués du Sud-Ouest français vivent les mêmes nuits en gymnase, et pour les mêmes raisons : des sols et une végétation asséchés par des mois sans pluie et par des canicules à répétition.

Mariano González, lui, tourne autour de ce qu'il a perdu, la voix tremblante. « J'ai un champ d'oliviers centenaires en face : il a brûlé, les troncs se sont effondrés. J'ai des pins centenaires en face, ils sont tous calcinés. C'est un crève-cœur. »

L'essentiel

  • Dans la région de Madrid, des dizaines de milliers de personnes ont été évacuées ou doivent rester confinées chez elles ; la présidente régionale parle du « pire incendie de l'histoire » de la région.
  • Le village d'Aldea del Fresno et ses 3 500 habitants ont été vidés en totalité, plus de 1 200 personnes âgées ou handicapées ont été sorties d'établissements de soins et 5 000 vacanciers du camping d'El Escorial ont dû partir.
  • Deux incendies ont fusionné et menaçaient d'en rejoindre un troisième ; les feux de Madrid et d'Ávila ont parcouru jusqu'à 25 000 hectares selon le ministère espagnol de l'Intérieur, et un homme a été arrêté pour avoir utilisé un engin agricole à l'origine du feu d'Ávila.

Antoine Lefebvre

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