Quatre centimes. C’est ce que le gouvernement offre aux agriculteurs pour compenser une hausse de soixante. Le ratio parle de lui-même.
Les faits : GNR et engrais, la double peine
Le GNR — le gazole non routier qui alimente tracteurs, moissonneuses et épandeurs — approche 2 € le litre. Depuis le début de la guerre en Iran le 28 février, la hausse est de 60 centimes par litre.
Les engrais suivent la même courbe. L’urée, le plus utilisé au monde, a bondi de 50 %. Près de la moitié de l’urée mondiale et 30 % de l’ammoniac transitent par Ormuz. La saison des semis a commencé — c’est maintenant qu’on épand, maintenant qu’on seme. Le timing est le pire possible.
« On sème, mais on ne sait pas si ce sera rentable », résume un céréalier d’Occitanie interrogé par France Bleu. « Ce n’est que le début de la crise », avertissent des exploitants bordelais sur France 3.
L’aide : 4 centimes, un mois, pas de structure
Le gouvernement a annoncé une exonération du droit d’accise sur le GNR agricole, limitée au mois d’avril 2026. Gain : environ 4 centimes par litre.
Les agriculteurs demandaient 30 centimes. La FNSEA qualifie les mesures de « clairement insuffisantes, partielles et sans ambition structurelle ». Le syndicat JA MAG évoque des « mesurettes ».
Pour une exploitation céréalière qui consomme 15 000 litres de GNR par an, le surcoût annuel est d’environ 9 000 €. L’aide d’avril représente 600 €. Pour un seul mois. Puis rien.
La double lame : GNR + engrais = +15 000 € par exploitation
En combinant la hausse du GNR (~9 000 €/an) et celle des engrais (~6 000 à 8 000 € selon l’exploitation), le surcoût total atteint 15 000 à 17 000 € par exploitation sur une campagne. Pour des exploitations dont le revenu moyen est de 30 000 à 40 000 €, c’est la moitié du revenu qui s’évapore.
Certains céréaliers évoquent déjà des « solutions extrêmes » : réduire les surfaces semées, supprimer un passage d’engrais, ne pas traiter. Chaque économie se paiera en rendement. Moins d’engrais = moins de récolte = moins de blé français = plus d’importations. La boucle est absurde.
Ce qui vient : le prix dans l’assiette
L’agriculture française est le premier maillon de la chaîne alimentaire. Si le coût de production augmente de 15 000 €, quelqu’un paiera. L’agriculteur, s’il absorbe — au risque du dépôt de bilan. Ou le consommateur, en bout de chaîne. Le lien entre Ormuz et votre assiette n’est pas métaphorique. Il est comptable.
L’« angoisse » évoquée par la FNSEA lors de son congrès le 2 avril n’est pas un effet de manche syndical. C’est le mot d’exploitants qui font leurs comptes de printemps et découvrent que la moisson ne couvrira pas les frais.











