Aller au contenu principal

OGM nouvelle génération :
l'Europe autorise les NGT, sans étiquetage à l'étal

Variétés résistantes à la sécheresse, blé pauvre en gluten : l'Union européenne rouvre ses champs à une nouvelle génération d'OGM, les NGT. Présentées comme « non transgéniques », elles n'apparaîtront pas sur l'étiquetage des produits vendus aux consommateurs.

4 min
Hémicycle du Parlement européen à Strasbourg
L'hémicycle du Parlement européen à Strasbourg, où les eurodéputés ont autorisé les nouvelles techniques génomiques dans l'agriculture.© AFP / Sébastien Bozon

L'Union européenne rouvre ses champs aux organismes génétiquement modifiés. Réuni mercredi à Strasbourg, le Parlement européen a autorisé les nouvelles techniques génomiques, les NGT, dans l'agriculture. Les eurodéputés ont donné leur feu vert définitif en milieu de journée, rejetant l'ensemble des amendements qui auraient relancé les négociations sur un texte débattu de longue date.

Ces NGT permettent de modifier le génome d'une plante sans y introduire d'ADN étranger, à la différence des OGM de première génération. Le résultat reste un organisme génétiquement modifié, mais que ses promoteurs qualifient de « non transgénique ». Variétés moins gourmandes en eau ou en pesticides, plus résistantes à la sécheresse et aux maladies, blé pauvre en gluten : la rapporteure du texte, l'eurodéputée suédoise Jessica Polfjärd (PPE, droite), vante une technologie capable de « cultiver des plantes résistantes au changement climatique » et d'obtenir « des rendements plus élevés sur des surfaces plus réduites ».

La rupture est nette. Jusqu'ici, l'édition génomique était rangée dans la catégorie des OGM, tous interdits à la culture dans l'Union, à la seule exception du maïs Monsanto 810, cultivé sur de petites surfaces en Espagne et au Portugal.

Des OGM qui n'apparaîtront pas sur l'étiquette

Le compromis scellé avec les États membres assouplit les règles pour une partie des NGT, dites de catégorie 1 : sous réserve d'un nombre limité de mutations, elles seront considérées comme équivalentes aux variétés conventionnelles. Les NGT résistantes aux herbicides ou produisant leurs propres insecticides, elles, resteront interdites à la vente au nom de la durabilité, et aucune ne sera admise en agriculture biologique.

Reste une zone d'ombre pour le consommateur. La présence de NGT de catégorie 1 devra figurer sur les sacs de semences achetés par les agriculteurs — mais pas sur l'étiquetage des produits dans les rayons. L'organisation environnementale Pollinis s'alarme de cette absence de mention sur les aliments finaux. L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) s'était montrée favorable à l'approche de Bruxelles ; l'agence sanitaire française, l'Anses, avait au contraire préconisé en 2024 une évaluation « au cas par cas » des risques sanitaires et environnementaux avant toute mise sur le marché.

La bataille des brevets

L'autre front s'est joué sur la propriété des semences. Le socialiste Christophe Clergeau a tenté, en vain, de faire interdire les brevets sur ces NGT. « À travers les brevets, il y a un risque de concentration du marché entre quelques grands groupes internationaux », mettait-il en garde, redoutant la disparition progressive « du tissu des petits producteurs européens de semences ». Ses amendements ont été rejetés.

Devant le Parlement, la Confédération paysanne, troisième syndicat agricole français, avait rassemblé la veille une soixantaine d'exploitants. Son porte-parole Thomas Gibert, maraîcher en Haute-Vienne, y voit un « risque majeur » de « privatisation » du vivant et d'« homogénéisation des cultures » au profit d'un « lobby ultra-puissant de l'agro-industrie ». L'opposition vient surtout des agriculteurs bio et des petites exploitations, dans un monde agricole déjà divisé par la loi sur les pesticides.

À droite et au centre, on défend au contraire des « garanties » obtenues sur les techniques autorisées. « Nous avons créé un modèle européen souverain des nouvelles techniques génomiques », a fait valoir le centriste Pascal Canfin : « Il ne s'agit pas d'importer le modèle américain ou brésilien. » L'autorisation était réclamée par la puissante organisation agricole Copa-Cogeca et par les grands semenciers, au nom de la compétitivité face aux États-Unis et à la Chine, qui y recourent déjà — un argument de coût et de souveraineté qui pèse pour des agriculteurs européens sous pression sur leurs intrants.

Le texte avait aussi le soutien d'exploitants des Antilles, qui comptent sur ces variétés pour lutter contre la cercosporiose noire, un champignon qui ravage les bananeraies. Entre les premiers essais en champ et la commercialisation, plusieurs années s'écouleront encore. Le jour où ces aliments rejoindront les rayons, rien sur l'emballage ne les distinguera des autres.

L'essentiel

  • Le Parlement européen a autorisé les nouvelles techniques génomiques (NGT) : des plantes au génome modifié sans ajout d'ADN étranger, jusqu'ici assimilées aux OGM et interdites de culture dans l'Union.
  • Les NGT dites de catégorie 1 seront traitées comme des variétés conventionnelles ; leur présence figurera sur les sacs de semences vendus aux agriculteurs, mais pas sur l'étiquetage des produits en rayon.
  • La droite et les semenciers y voient un gain de compétitivité face aux États-Unis et à la Chine ; la gauche, la Confédération paysanne et des ONG dénoncent un risque de brevets, de concentration semencière et l'absence d'évaluation au cas par cas réclamée par l'Anses.

Antoine Lefebvre

Partagez cet article

Plus d'actualités Économie

Voir tout

La synthèse de la semaine

Chaque vendredi : l'essentiel des 7 derniers jours et les signaux à suivre pour les 7 prochains.

Gratuit · 1 email/semaine · Désabonnement en un clic