Depuis le 28 février, la guerre au Moyen-Orient occupe les téléviseurs et les pompes à essence. Le gazole à 2,24 euros le litre, tout le monde le constate au quotidien. Mais ce prix visible masque cinq autres hausses qui s'installent en silence dans le budget de chaque ménage français. Aucun média ne les additionne. Ce mardi, Eurostat a confirmé que l'inflation dans la zone euro a bondi à 2,5 % en mars (contre 1,9 % en février), avec des prix de l'énergie en hausse de 4,9 % sur un an. La Commission européenne chiffre l'impact sur la croissance européenne entre 0,4 et 0,6 point cette année. Voici ce que cela représente concrètement pour un ménage français.
1. Le carburant : +420 euros par an
Le gazole est passé de 1,72 euro le litre fin février à 2,237 euros le 31 mars, soit une hausse de 30 % en un mois. Pour un ménage qui parcourt 15 000 kilomètres par an avec un véhicule diesel consommant 6 litres aux 100, la facture annuelle passe de 1 548 à 2 013 euros. Surcoût : 465 euros.
Pour l'essence SP95, passée de 1,75 à 2,016 euros, le surcoût est de 240 euros par an sur la même base. Et ce calcul ne tient pas compte des détours pour trouver une station ouverte : plus de 800 points de vente sont en rupture au 31 mars.
2. Le gaz : +150 à 200 euros par an
La hausse de 17,8 % du tarif du gaz au 1er mai est déjà annoncée par la Commission de régulation de l'énergie. Pour un foyer chauffé au gaz (consommation moyenne de 12 000 kWh par an), la facture annuelle passe d'environ 1 100 à 1 300 euros. Surcoût : 200 euros.
Ce surcoût est lié au même conflit : les cours du gaz naturel en Europe ont bondi de 130 % depuis le blocage du détroit d'Ormuz, par où transite une part du GNL mondial. La France est relativement protégée grâce à son parc nucléaire, mais 6 millions de foyers restent chauffés au gaz.
3. L'alimentation : +300 à 500 euros par an
L'inflation alimentaire, qui était repassée sous 1 % début 2026, repart à la hausse. Le pétrole n'entre pas directement dans l'assiette, mais il est présent à chaque étape : transport des marchandises, chaîne du froid, emballages plastiques (dérivés du naphta), engrais azotés (dérivés du gaz naturel). L'INSEE anticipe une inflation générale au-dessus de 2 % au printemps, avec des prix de l'énergie en hausse de 11,8 % en juin.
Les premiers signaux sont visibles en rayons : le café et le chocolat augmentent sous l'effet combiné de la guerre et de la sécheresse dans les pays producteurs. Le boeuf grimpe en raison de la hausse du coût de production. Pour un ménage dépensant 500 euros par mois en alimentation, une inflation de 5 à 8 % sur les produits les plus exposés représente 300 à 500 euros de surcoût annuel.
4. L'assurance habitation : +50 à 100 euros par an
Votre assurance habitation augmente de 8 à 15 % en 2026. La guerre en Iran n'en est pas la cause directe, mais elle amplifie un mécanisme déjà en marche. La surprime catastrophe naturelle a doublé en janvier 2025, passant de 12 à 20 % de la prime de base. Les sinistres climatiques coûtent 6 milliards d'euros par an aux assureurs depuis 2020. En Hauts-de-France, la hausse atteint 15 %.
Pour une prime moyenne de 250 euros par an, la hausse représente 20 à 37 euros de surprime CatNat, auxquels s'ajoutent 30 à 60 euros de hausse de la prime elle-même. Le lien avec le conflit est indirect mais réel : la hausse de l'énergie augmente le coût des réparations (matériaux, transport), qui se répercute sur les primes.
5. L'immobilier et l'épargne : le coût invisible
Les taux de crédit immobilier sont remontés à 3,41 % sur 25 ans en mars, contre 3,10 % en février. L'OAT 10 ans — le taux auquel l'État français emprunte — a bondi de 51 points de base en un mois, de 3,30 à 3,81 %, tiré par les anticipations d'inflation liées au conflit au Moyen-Orient. Pour un couple empruntant avec 1 750 euros de mensualité, chaque hausse de 0,40 point efface 20 000 euros de capacité d'achat immobilier.
Côté épargne, le Livret A rémunère à 1,5 % depuis février 2026. Avec une inflation projectée par l'INSEE au-dessus de 2 % au printemps, le rendement réel devient négatif. Votre épargne perd du pouvoir d'achat chaque mois. Sur un Livret A au plafond (22 950 euros), la perte de pouvoir d'achat est d'environ 115 euros par an à 2 % d'inflation.
Le total : 1 200 à 1 700 euros par an
| Poste | Surcoût annuel estimé |
|---|---|
| Carburant (diesel, 15 000 km/an) | +420 à 465 € |
| Gaz (chauffage, 12 000 kWh) | +150 à 200 € |
| Alimentation (500 €/mois) | +300 à 500 € |
| Assurance habitation | +50 à 100 € |
| Perte sur épargne (Livret A plafond) | +115 € |
| Crédit immobilier (+0,40 pt) | -20 000 € capacité |
| TOTAL hors immobilier | +1 035 à 1 380 €/an |
Pour un ménage moyen roulant au diesel, chauffé au gaz, avec un Livret A et une assurance habitation, la guerre en Iran coûte entre 1 000 et 1 400 euros par an en surcoûts directs et indirects. Et ce, sans compter l'érosion de la capacité d'emprunt immobilier.
Le chèque énergie de 48 à 277 euros et la revalorisation du RSA de 0,8 % au 1er avril ne compensent qu'une fraction de cette facture. Chaque semaine de conflit supplémentaire creuse l'écart entre les aides et le coût réel. Regards Actuels suit l'évolution de ces cinq postes au quotidien dans son outil de suivi des prix carburants et dans son scénario Ormuz semaine par semaine.










