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Le procès Maduro se jouera d'abord sur la légalité de sa capture

Vingt minutes d'audience à Manhattan, un « bonjour » pour seul mot : le calendrier du procès pour narcotrafic de l'ancien président vénézuélien est arrêté. Restent les requêtes de la défense, qui conteste la légalité même de sa capture — un terrain que le précédent Noriega n'éclaire qu'en partie.

Mis à jour le jeudi 23 juillet 2026 — 22h58
4 min
Une manifestante brandissant un drapeau vénézuélien et une pancarte « Free Cilia & Maduro »
Une partisane de Nicolas Maduro devant le tribunal fédéral de Manhattan, à New York, le 22 juillet 2026© AFP / Timothy A. Clary

La scène a duré une vingtaine de minutes. Mercredi, dans une salle du tribunal fédéral de Manhattan, Nicolas Maduro, 63 ans, tenue beige de détenu, cheveux gris coupés court et lunettes à large monture, n'a prononcé qu'un mot — « bonjour », à l'adresse du tribunal puis du public. À quelques mètres, son épouse Cilia Flores, 69 ans, cheveux tirés en arrière, portait le même uniforme. Autour d'eux, leurs avocats. Au terme de l'audience, une date : le procès pour narcotrafic de l'ancien président vénézuélien s'ouvrira le 1ᵉʳ juin 2027 à New York, près d'un an et demi après sa capture par les États-Unis.

Un convoi de véhicules de police escorté par le NYPD dans une rue de New York
Le convoi transportant Nicolas Maduro vers le tribunal, à New York, le 22 juillet 2026. AFP / Leonardo Munoz

La vraie bataille est fixée au 17 novembre

Le président du tribunal, Alvin Hellerstein, a retenu la date proposée d'un commun accord par le parquet et la défense. Mais le calendrier contient une autre échéance, plus lourde : le 17 novembre, une audience sera consacrée à l'examen des requêtes des avocats de l'ancien chef de l'État. Ceux-ci l'ont annoncé — ils comptent contester la légalité même de sa capture.

L'argument pèse lourd. Le précédent le plus souvent invoqué, celui du Panaméen Manuel Noriega, capturé par l'armée américaine puis condamné pour narcotrafic aux États-Unis, ne recouvre le cas Maduro qu'en partie : Noriega n'avait jamais formellement porté le titre de chef de l'État, quand Nicolas Maduro a exercé la présidence du Venezuela pendant plus d'une décennie. Ses défenseurs peuvent donc plaider l'immunité d'un ancien président en titre — un terrain que des juristes américains jugent nettement plus sérieux que celui dont disposait le général panaméen. C'était mercredi la troisième comparution publique de l'ancien dirigeant depuis sa capture ; il n'a, cette fois encore, pas pris la parole.

Narcoterrorisme : ce que la justice américaine lui reproche

Nicolas Maduro est poursuivi à New York sur la base de quatre chefs, dont celui de narcoterrorisme. L'acte d'accusation, qui vise aussi plusieurs autres personnes, lui reproche d'avoir été « à la tête d'un gouvernement corrompu et illégitime » et d'avoir « utilisé le pouvoir de l'État pour protéger et promouvoir des activités illégales, notamment le trafic de drogue ». Selon le même document, il se serait allié avec des mouvements de guérilla et des cartels criminels pour « acheminer des tonnes de cocaïne vers les États-Unis ». Cilia Flores fait face à trois chefs d'accusation. Tous deux nient les faits qui leur sont reprochés.

L'ancien homme fort du Venezuela a été enlevé à Caracas au début du mois de janvier, lors d'une opération militaire spectaculaire impliquant quelque 150 avions et hélicoptères, en plus de troupes au sol. Lui affirme depuis avoir été « kidnappé » et se considère comme un « prisonnier de guerre ». L'administration Trump a toujours décrit, elle, une « opération de police » contre un fugitif recherché par sa justice — la manière forte assumée au-delà des frontières, jusqu'à sous-traiter à des États africains l'expulsion de migrants.

Depuis leur arrivée contrainte à New York, les deux époux sont incarcérés à Brooklyn, dans l'un des plus importants centres de détention des États-Unis, connu pour son insalubrité et sa gestion défaillante. À la procédure pénale s'ajoute, depuis début juillet, une action civile : les familles de cinq jeunes hommes tués au Venezuela accusent l'ancien président d'avoir ordonné leurs exécutions, dans le cadre de violences d'État plus larges. Durant sa présidence, entamée en 2013, Nicolas Maduro a été largement accusé d'avoir eu recours à la répression politique pour se maintenir au pouvoir.

Un pays gouverné sous la pression de Washington

Au Venezuela, frappé fin juin par un séisme meurtrier, la présidente par intérim Delcy Rodríguez a pris la suite de l'ancien dirigeant. Elle gouverne sous la pression de Washington, qui affirme être aux commandes de ce pays pétrolier.

Devant le tribunal de Manhattan, mercredi, les pancartes réclamant la « libération » du couple côtoyaient celles qui les qualifient de « dictateurs ». Des manifestants moins nombreux, toutefois, qu'aux deux premières comparutions. Le procès, lui, n'ouvrira que dans plus de dix mois.

L'essentiel

  • Le tribunal fédéral de Manhattan a fixé au 1ᵉʳ juin 2027 le procès pour narcotrafic de Nicolas Maduro, capturé en janvier à Caracas par une opération militaire américaine ; il comparaissait aux côtés de son épouse Cilia Flores, poursuivie elle aussi.
  • Le 17 novembre, une audience examinera les requêtes de la défense, qui annonce contester la légalité même de la capture — l'immunité d'un ancien chef d'État en titre, argument plus solide que celui du Panaméen Noriega en son temps.
  • Quatre chefs d'accusation, dont narcoterrorisme, visent l'ancien président, accusé d'avoir « acheminé des tonnes de cocaïne vers les États-Unis » ; il se dit « kidnappé » et « prisonnier de guerre », Washington parle d'« opération de police ».

Antoine Lefebvre

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