Cuba a adopté le 18 juin 2026 un vaste programme de réformes en faveur de l'économie de marché, le plus grand bouleversement de son modèle depuis l'adoption du communisme il y a près de soixante-dix ans. Votées à l'unanimité par les quelque 400 députés de l'Assemblée nationale, les 176 mesures visent à enrayer une grave crise, alors que l'île de 9,6 millions d'habitants subit la pression maximale de Washington.
« Ce sont des transformations pour corriger les erreurs, mais toujours pour défendre le socialisme », a résumé le président Miguel Díaz-Canel après le vote. L'économiste cubain Daniel Torralbas, basé à Londres, y voit pour sa part des « changements drastiques » : « Nous ne parlons pas de simples retouches de façade. » Les États-Unis, eux, maintiennent l'étau sur le régime communiste, dont ils occupent une enclave militaire sur le sol même de l'île, à Guantanamo.
Le tournant est assumé. Le gouvernement promet de réduire la bureaucratie pour la création d'entreprises, de transformer les sociétés publiques en entreprises commerciales « par actions ou à participation » et de supprimer la grille salariale de l'État, remplacée par des accords conclus au sein de chaque entreprise. Le train de mesures touche presque tous les secteurs — commerce, banque, tourisme, énergie, immobilier et agriculture.
Le privé sans plafond, les capitaux étrangers admis
Autorisées en 2021, pour la première fois depuis un demi-siècle, les petites et moyennes entreprises — jusqu'à cent salariés — sont désormais plus de 10 000 et emploient un tiers de la population active. Les réformes vont plus loin. Les grandes entreprises, sans limite de taille, seront permises, un Cubain pourra détenir plusieurs sociétés, et les investisseurs étrangers ne seront plus cantonnés aux coentreprises avec l'État et pourront entrer directement au capital du secteur privé.
L'ouverture gagne la banque et le logement. Pour la première fois, citoyens et entreprises privées pourront détenir des comptes en devises, et des bureaux de change privés seront autorisés. Les envois de fonds de la diaspora, bouée de sauvetage de nombreuses familles, ne transiteront plus exclusivement par l'État. Les Cubains, qu'ils vivent sur l'île ou à l'étranger, pourront acheter des bâtiments « au cas par cas », notamment dans les zones à fort potentiel touristique, un tournant salué sur place et accueilli avec méfiance par la diaspora de Floride.
Carburant ouvert, terres sous contrôle
L'approvisionnement en carburant, problème chronique bien avant le blocus pétrolier de facto imposé par Donald Trump il y a près de cinq mois, s'ouvre aux investissements privés et étrangers. Ce tour de vis a poussé au bord de l'effondrement une économie déjà sous embargo américain depuis 1962, multipliant les coupures de courant et les pénuries de nourriture, de carburant, d'eau potable et de médicaments. Des allègements fiscaux accompagneront les énergies renouvelables, dont les installations solaires se sont multipliées ces deux dernières années pour pallier les délestages.

La terre demeure le verrou que La Havane ne lâche pas, et les terres agricoles restent propriété de l'État. Elles pourront toutefois être exploitées par des entreprises privées, en usufruit de durée indéterminée, pour la sylviculture, l'agro-tourisme et la culture du tabac.
Le tournant a ses limites. Aucun calendrier n'a été fixé, et les réformes ne touchent pas le système politique, verrouillé par le seul Parti communiste. L'ex-dirigeant Raúl Castro, quatre-vingt-quinze ans et incarnation du pouvoir communiste, avait fait savoir qu'il donnait son blanc-seing à ces changements.











