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Cuba ouvre son économie au privé et aux capitaux étrangers pour sortir de la crise

Grandes entreprises privées, investisseurs étrangers dans le privé, comptes en devises, achat de biens immobiliers : le pouvoir communiste mise sur le marché pour enrayer la crise, sous la pression de Washington.

Mis à jour le jeudi 24 septembre 2026 — 09h54
4 min
Un stand de vente de produits d'hygiène à La Havane pendant la crise économique cubaine
Un stand de vente de produits d'hygiène à La Havane, alors que Cuba traverse une grave crise économique.© AFP / Yamil Lage

Cuba a adopté le 18 juin 2026 un vaste programme de réformes en faveur de l'économie de marché, le plus grand bouleversement de son modèle depuis l'adoption du communisme il y a près de soixante-dix ans. Votées à l'unanimité par les députés de l'Assemblée nationale, qui en compte 470, les 176 mesures visent à enrayer une grave crise, alors que l'île de 9,6 millions d'habitants subit la pression maximale de Washington.

« Ce sont des transformations pour corriger les erreurs, mais toujours pour défendre le socialisme », a résumé le président Miguel Díaz-Canel après le vote. L'économiste cubain Daniel Torralbas, basé à Londres, y voit pour sa part des « changements drastiques » : « Nous ne parlons pas de simples retouches de façade. » Les États-Unis, eux, maintiennent l'étau sur le régime communiste, dont ils occupent une enclave militaire sur le sol même de l'île, à Guantanamo.

Le tournant est assumé. Le gouvernement promet de réduire la bureaucratie pour la création d'entreprises, de transformer les sociétés publiques en entreprises commerciales « par actions ou à participation » et de supprimer la grille salariale de l'État, remplacée par des accords conclus au sein de chaque entreprise. Le train de mesures touche presque tous les secteurs — commerce, banque, tourisme, énergie, immobilier et agriculture. Un calendrier de mise en œuvre a été approuvé en même temps : il prévoit 138 textes juridiques, dont le Premier ministre Manuel Marrero annonçait fin juillet l'adoption d'ici septembre, huit restant attendus en novembre.

Les grandes entreprises privées et les capitaux étrangers admis

Autorisées en 2021, pour la première fois depuis un demi-siècle, les petites et moyennes entreprises — jusqu'à cent salariés — étaient 12 751 au 18 juin, selon Manuel Marrero, et, avec les coopératives non agricoles, plus de 15 000 fin juillet. Les réformes vont plus loin. Un décret-loi du 19 août, publié au Journal officiel le 2 septembre, autorise les entreprises privées de plus de cent salariés. Un Cubain pourra détenir plusieurs sociétés, et les investisseurs étrangers ne seront plus cantonnés aux coentreprises avec l'État et pourront entrer directement au capital du secteur privé.

L'ouverture gagne la banque et l'immobilier. Une résolution de la Banque centrale, parue au Journal officiel en septembre, permet désormais aux citoyens et aux entreprises privées d'ouvrir des comptes en devises sans son autorisation préalable. Les envois de fonds de la diaspora, bouée de sauvetage de nombreuses familles, ne transiteront plus exclusivement par l'État. Les Cubains, qu'ils vivent sur l'île ou à l'étranger, pourront acheter des bâtiments « au cas par cas », notamment dans les zones à fort potentiel touristique, un tournant salué sur place et accueilli avec méfiance par la diaspora de Floride.

Carburant ouvert, terres sous contrôle

L'approvisionnement en carburant, problème chronique bien avant le blocus pétrolier de facto décrété par Donald Trump fin janvier, s'ouvre aux investissements privés et étrangers. Ce tour de vis a poussé au bord de l'effondrement une économie déjà sous embargo américain depuis 1962, multipliant les coupures de courant et les pénuries de nourriture, de carburant, d'eau potable et de médicaments. Le réseau électrique souffre aussi de son âge : les autorités attribuent les pannes de la centrale thermique Antonio Guiteras à ses trente-huit ans d'exploitation sans rénovation profonde. Des allègements fiscaux accompagneront les énergies renouvelables, dont les installations solaires se sont multipliées ces deux dernières années pour pallier les délestages.

Une femme marche dans une rue de La Havane pendant la crise économique cubaine
Une femme marche dans une rue de La Havane, alors que l'île traverse une grave crise économique, le 18 juin 2026.© AFP / Yamil Lage

La terre demeure un verrou que La Havane desserre à peine. La propriété privée de la terre existe, encadrée par la Constitution, mais l'État garde un droit de préemption sur toute vente, et ses propres terres ne se vendent pas. La loi agricole et forestière adoptée le 29 juillet 2026 et publiée au Journal officiel le 9 septembre plafonne la propriété privée à 67,10 hectares. Les terres de l'État pourront être confiées en usufruit, pour une durée fixée par contrat, à des entreprises publiques, privées ou mixtes comme à des particuliers, étrangers compris, pour toutes les productions agricoles, forestières et tabacoles, ainsi que pour l'écotourisme et l'agrotourisme.

Le tournant a ses limites : les réformes ne touchent pas le système politique, verrouillé par le seul Parti communiste. L'ex-dirigeant Raúl Castro, quatre-vingt-quinze ans et incarnation du pouvoir communiste, avait fait savoir qu'il donnait son blanc-seing à ces changements.

L'essentiel

  • Les députés ont voté à l'unanimité le plus profond remaniement du modèle cubain depuis l'installation du régime communiste, assorti d'un calendrier de mise en œuvre.
  • Les réformes ouvrent la voie à des sociétés privées employant plus de cent personnes, aux capitaux étrangers placés directement dans le privé, aux comptes bancaires en devises et à l'achat de biens immobiliers, y compris pour les Cubains de l'étranger.
  • Washington serre l'étau au même moment, avec un embargo en vigueur depuis 1962 et un blocus pétrolier de fait décidé par Donald Trump, sur une île où coupures d'électricité et pénuries se multiplient.

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