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Mandelson-Epstein :
Starmer « furieux » à Paris, Foreign Office visé

Mis à jour le vendredi 17 avril 2026 — 10h44
7 min
Peter Mandelson, ancien ambassadeur britannique aux États-Unis, au cœur du scandale du vetting contourné par le Foreign Office
Peter Mandelson dans un contexte diplomatique britanno-américain, alors au centre du scandale Epstein© AFP
L'Essentiel
  • Le Guardian révèle le 16 avril que Peter Mandelson avait échoué au contrôle de sécurité britannique en janvier 2025
  • Le Foreign Office a utilisé une procédure rare pour passer outre l'avis défavorable des services de sécurité
  • Keir Starmer dit n'avoir pas été informé avant cette semaine — l'opposition l'accuse d'avoir menti au Parlement
  • Kemi Badenoch (Conservateurs), Ed Davey (LibDem), Reform UK et les Verts exigent la démission
  • Mandelson avait été renvoyé en septembre 2025 pour ses liens avec Epstein, arrêté en février 2026 pour « misconduct in office »

Le 16 avril, Londres se réveille avec un papier du Guardian. Six colonnes.

Peter Mandelson, ancien ambassadeur du Royaume-Uni à Washington, avait échoué au contrôle de sécurité en janvier 2025. Le Foreign Office a passé outre.

Keir Starmer, Premier ministre, dit qu'il n'était pas au courant. L'opposition dit qu'il a menti. Conservateurs, Libéraux-démocrates, Reform UK, Verts — tous réclament sa démission.

Une fois de plus, l'affaire Epstein rattrape Downing Street.

Ce que révèle le Guardian

Décembre 2024. Starmer annonce la nomination de Mandelson comme ambassadeur à Washington. La décision est publique avant la fin du contrôle de sécurité.

Ce contrôle, appelé background vetting, est mené par des services spécialisés. Habilitation à accéder aux informations classifiées. Pièce fondatrice du dispositif.

Fin janvier 2025, le verdict tombe. Mandelson échoue.

Selon le Guardian, le Foreign Office utilise alors « une autorité rarement sollicitée » pour passer outre la recommandation des services de sécurité. Décision consignée en interne. Non communiquée à Downing Street, si l'on en croit le porte-parole du Premier ministre.

Mandelson prend ses fonctions le 10 février 2025. Sept mois plus tard, il est renvoyé — pour ses liens avec Jeffrey Epstein, pas pour l'échec du contrôle.

Starmer : « pas au courant »

La réponse officielle est venue jeudi 16 avril, en fin de journée.

Un porte-parole de Downing Street a confirmé que ni le Premier ministre ni aucun membre du gouvernement n'était « au courant » de ces éléments « avant le début de la semaine ». La formule est précise. Elle dit ce que Starmer n'a pas su. Elle ne dit pas ce que Starmer sait aujourd'hui.

Vendredi 17 avril, à Paris, Starmer est sorti de la réserve. Avant de coprésider avec Emmanuel Macron la conférence sur le détroit d'Ormuz, le Premier ministre s'est dit « furieux ».

« Je n'ai pas été informé qu'il n'avait pas obtenu le feu vert à l'issue de l'enquête de sécurité. Aucun ministre n'en a été informé. Downing Street n'en a pas été informé non plus, ce qui est totalement inacceptable », a-t-il déclaré.

« Totalement inacceptable » est une formule rare dans la bouche d'un chef de gouvernement britannique. Elle vise explicitement le Foreign Office — pas le service de contrôle des antécédents, qui avait fait son travail, mais le niveau décisionnel qui a ignoré l'avis défavorable.

Starmer a ordonné au Foreign Office de s'expliquer par écrit.

Mais le Premier ministre s'était déjà exprimé devant la Chambre des communes, plusieurs fois, sur le dossier Mandelson. Il avait affirmé que la procédure avait été suivie. Que le due process avait été respecté.

C'est ce précédent parlementaire qui pose problème aujourd'hui.

L'opposition exige la démission

Kemi Badenoch, cheffe du Parti conservateur, a réagi sur X dès les premières heures de jeudi. Starmer a « trahi la sécurité nationale » et doit « démissionner ». Elle accuse aussi le Premier ministre d'avoir induit le Parlement en erreur en affirmant que la procédure de contrôle avait été suivie.

Sir Ed Davey, chef des Libéraux-démocrates, est plus direct encore. « Maintenant, il semble qu'il ait aussi induit le Parlement en erreur et menti au public britannique. Si c'est le cas, il doit partir. »

Reform UK et les Verts se sont joints à l'appel. Par tradition britannique, mentir à la Chambre des communes entraîne la démission — la règle n'est pas écrite, elle est constitutive de la pratique.

Starmer a présenté ses excuses pour la nomination. Mais il maintient que le due process a été respecté. Les deux positions cohabitent mal dans un même discours.

Les emails de 2009, l'arrestation de 2026

Pour comprendre l'ampleur du scandale, il faut remonter à février 2026.

Le 3 février, le département américain de la Justice rend publics 3,5 millions de pages de documents liés à l'affaire Epstein. Parmi eux, une correspondance électronique entre Jeffrey Epstein et Peter Mandelson datée de 2008-2009.

Les emails suggèrent que Mandelson, alors membre du gouvernement Brown comme secrétaire d'État au Commerce, aurait transmis à Epstein des éléments sensibles sur la gestion britannique de la crise financière. Informations qui, chez un financier comme Epstein, pouvaient avoir une valeur marchande directe.

En septembre 2025, Starmer avait renvoyé Mandelson en accusant son ancien ambassadeur d'avoir « répété ses mensonges » sur l'étendue de ses liens avec Epstein.

Le 11 février 2026, Mandelson est arrêté. La police ouvre une enquête pour misconduct in office et fuite de documents à Epstein. Placé sous contrôle judiciaire.

Deux hauts fonctionnaires liés à l'entourage Mandelson ont démissionné au cours de la même période. Le dossier est ouvert. Il continue de livrer ses pièces.

Un haut fonctionnaire du Foreign Office sur le départ

L'affaire Mandelson vient de provoquer un autre départ.

Selon plusieurs médias britanniques, un haut responsable du Foreign Office a annoncé ce 16 avril quitter son poste après la polémique autour du contrôle de sécurité contourné. L'intéressé n'est pas l'auteur du passage en force, mais il supervisait la chaîne de décision au moment des faits.

Starmer a demandé un rapport écrit sur la procédure utilisée et les personnes habilitées à y recourir. Le Parlement britannique a annoncé une audition devant la commission des Affaires étrangères.

Trois crises en un an pour Starmer

Depuis un an, l'affaire Epstein est revenue trois fois sur le bureau du Premier ministre.

Septembre 2025 : renvoi de Mandelson pour « mensonges répétés » sur ses liens avec Epstein.

Février 2026 : publication des documents DOJ, arrestation de Mandelson, aveu implicite que les liens étaient plus étroits qu'admis. Deux démissions dans le sillage.

Avril 2026 : révélation que le contrôle de sécurité avait été contourné, accusation de mensonge au Parlement.

Chaque étape a augmenté la pression. Pour un Premier ministre élu sur la promesse d'un retour à la probité publique après les années Conservatrices, l'accumulation est politiquement coûteuse.

La question que l'opposition pose à Londres n'est plus seulement « Starmer savait-il ? ». C'est : « peut-il rester Premier ministre s'il a laissé cela se produire sous son mandat ? »

La réponse dépendra du rapport du Foreign Office. De l'audition parlementaire à venir. Et de ce que Kemi Badenoch et Ed Davey feront de cette séquence dans les semaines à venir.

Ailleurs, en affaire Epstein, d'autres gouvernements n'ont pas encore eu à répondre au même niveau de transparence. Les 3,5 millions de pages du DOJ en contiennent probablement les raisons.

Ce que dit Peter Mandelson

L'ancien ambassadeur n'a pas réagi publiquement au papier du Guardian. Il est sous contrôle judiciaire depuis février. Son avocat a rappelé que son client conteste les accusations portées contre lui.

Mandelson, 72 ans, ancien secrétaire d'État de Tony Blair, ancien commissaire européen au commerce, était considéré comme l'un des architectes du New Labour. Sa carrière s'achève dans une séquence judiciaire. Elle pourrait ouvrir une autre carrière politique : celle de son successeur au 10 Downing Street.

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Sources : The Guardian, Al Jazeera, ITV News, CNN, Yahoo News — Top FO official to leave, Département américain de la Justice (publications de février 2026).

Questions fréquentes

Qui est Peter Mandelson ?
Peter Mandelson, 72 ans, est un ancien cadre du Parti travailliste, ancien secrétaire d'État sous Tony Blair puis Gordon Brown, et ancien commissaire européen au Commerce. Nommé ambassadeur britannique aux États-Unis en décembre 2024, il a été renvoyé en septembre 2025 pour ses liens avec Jeffrey Epstein.
Pourquoi Starmer est-il accusé d'avoir menti ?
Keir Starmer avait affirmé devant la Chambre des communes que la procédure de contrôle de sécurité avait été suivie pour la nomination de Mandelson. Le Guardian révèle le 16 avril 2026 que le contrôle avait en réalité échoué et que le Foreign Office avait utilisé une procédure rare pour passer outre. Par tradition britannique, mentir au Parlement entraîne la démission du ministre concerné.
Quelles sont les suites possibles ?
Starmer a demandé un rapport écrit au Foreign Office et une audition est prévue devant la commission des Affaires étrangères du Parlement. Un haut responsable du Foreign Office a déjà annoncé son départ. Si le mensonge au Parlement est établi, la pression sur Starmer pourrait devenir intenable.

Regards Actuels avec Nicolas Verger

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