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Trump :
« Je pensais que Meloni avait du courage »

Le président américain s'en prend à la Première ministre italienne dans une interview au Corriere della Sera. « Je suis sous le choc. » L'attaque survient au lendemain de la défense du pape par Meloni et le jour où l'Italie suspend son accord de défense avec Israël.

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Giorgia Meloni en gros plan, regard intense, juxtaposée à une Vierge de la Renaissance italienne
Giorgia Meloni, de l'investiture de Trump à la rupture — en seize mois, l'alliance a volé en éclats© Filippo Monteforte / AFP
L'Essentiel
  • Trump au Corriere della Sera : « Je suis sous le choc. Je pensais qu'elle avait du courage, mais je me suis trompé »
  • Il reproche à Meloni de ne pas aider les États-Unis dans la guerre en Iran et de se désintéresser du nucléaire iranien
  • Meloni avait qualifié d'« inacceptables » les propos de Trump contre le pape dimanche — Trump répond : « C'est elle qui est inacceptable »
  • L'Italie a suspendu le 14 avril le renouvellement de son accord de défense avec Israël, après des tirs sur des Casques bleus italiens au Liban

Six minutes au téléphone. C'est la durée de l'interview accordée par Donald Trump au quotidien italien Corriere della Sera, publiée mardi 14 avril. Six minutes pour démolir sa plus proche alliée en Europe.

« Est-ce que les Italiens apprécient le fait que votre présidente ne nous aide pas à obtenir ce pétrole ? Je n'arrive pas à l'imaginer. Je suis sous le choc. Je pensais qu'elle avait du courage, mais je me suis trompé. »

Interrogé sur la critique de Meloni à l'encontre de ses attaques contre le pape, Trump retourne la formule : « C'est elle qui est inacceptable, parce qu'elle se fiche que l'Iran ait l'arme nucléaire et fasse exploser l'Italie en deux minutes si elle en avait la possibilité. »

Dimanche, lundi, mardi

La séquence se lit en trois jours.

Dimanche 12 avril. Trump publie sur Truth Social une attaque contre le pape Léon XIV, le qualifiant de « très libéral » et de « terrible pour la politique étrangère ». Meloni réagit le soir même : « Je trouve inacceptables les paroles du président Trump à l'égard du Saint-Père. Le pape est le chef de l'Église catholique, et il est juste et normal qu'il invoque la paix. »

Lundi 13 avril. Le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani se rend à Beyrouth et condamne les « attaques inacceptables » d'Israël contre des civils au Liban. Le même jour, le blocus naval américain des ports iraniens entre en vigueur.

Mardi 14 avril. Meloni annonce la suspension du renouvellement de l'accord de défense entre l'Italie et Israël. Quelques heures plus tard, Trump l'attaque dans le Corriere della Sera. Il ajoute : « Elle ne veut pas nous aider avec l'OTAN. Elle ne veut pas nous aider à éliminer l'arme nucléaire. Elle est très différente de ce que je pensais. » Et cette phrase : « L'Italie ne sera plus le même pays. »

De Mar-a-Lago à la rupture

Giorgia Meloni était la seule dirigeante européenne invitée à l'investiture de Trump en janvier 2025. En décembre 2024, les deux avaient partagé un tête-à-tête au palais de l'Élysée, en marge de la réouverture de Notre-Dame. En avril 2025, à la Maison-Blanche, Meloni avait lancé à Trump : « Mon objectif est de rendre l'Occident à nouveau grand. »

Un an plus tard, la guerre en Iran a fait sauter le vernis. Dès mars 2026, Meloni avait pris ses distances : « Quand on n'est pas d'accord avec ses alliés, on doit le dire. Et cette fois, nous ne sommes pas d'accord. » Fin mars, elle avait perdu un référendum constitutionnel — les analystes notant que le vote exprimait aussi un rejet de sa proximité avec un président américain de plus en plus isolé.

Selon un sondage cité par Al Jazeera, la cote de Trump en Italie est passée de 35 % d'opinions favorables en mars 2025 à 19 % en mars 2026.

L'accord de défense suspendu

La suspension du renouvellement de l'accord militaire italo-israélien, annoncée par Meloni en marge du salon Vinitaly à Vérone, n'est pas liée à Trump. Elle fait suite à un incident au Liban : des forces israéliennes ont tiré des coups de semonce sur un convoi de Casques bleus italiens. L'Italie a convoqué l'ambassadeur d'Israël. Au moins un véhicule a été endommagé.

L'accord, qui encadrait les échanges de matériel militaire et la coopération technologique, arrivait à son terme ces jours-ci. Son renouvellement était tacite. Meloni a choisi de ne pas le reconduire, invoquant « la situation actuelle ». Selon une source diplomatique italienne citée par la presse, « il aurait été politiquement difficile de le maintenir ».

Israël a réagi en déclarant que la suspension « n'affecterait pas sa sécurité ».

Ce qui se dessine

En janvier 2025, Meloni était à l'investiture de Trump. En avril 2026, Trump la traite de lâche dans un journal italien. Entre les deux, une guerre que l'Europe n'a pas voulue, un pape que l'Amérique a attaqué, et des Casques bleus sur lesquels un allié a tiré.

Le Royaume-Uni a refusé de soutenir le blocus. L'Allemagne s'y oppose. L'Espagne le juge « insensé ». La France a été exclue des pourparlers sur le Liban. L'Italie vient de rompre avec Israël et de se faire insulter par Washington. L'architecture des alliances occidentales que Trump avait héritée en janvier 2025 n'existe plus dans la même forme seize mois plus tard.

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L'essentiel

  • Trump au Corriere della Sera : « Je suis sous le choc. Je pensais qu'elle avait du courage, mais je me suis trompé »
  • Il reproche à Meloni de ne pas aider les États-Unis dans la guerre en Iran et de se désintéresser du nucléaire iranien
  • Meloni avait qualifié d'« inacceptables » les propos de Trump contre le pape dimanche — Trump répond : « C'est elle qui est inacceptable »
  • L'Italie a suspendu le 14 avril le renouvellement de son accord de défense avec Israël, après des tirs sur des Casques bleus italiens au Liban

Questions fréquentes

Pourquoi Trump attaque-t-il Meloni ?
Dans une interview au Corriere della Sera le 14 avril, Trump reproche à Meloni de ne pas soutenir les États-Unis dans la guerre en Iran, de ne pas coopérer sur la question du nucléaire iranien, et d'avoir qualifié d'« inacceptables » ses propos contre le pape Léon XIV. Il se dit « sous le choc » et affirme s'être « trompé » sur son courage.
Pourquoi l'Italie a-t-elle suspendu son accord de défense avec Israël ?
L'Italie a suspendu le renouvellement de l'accord militaire après que des forces israéliennes ont tiré des coups de semonce sur un convoi de Casques bleus italiens au Liban. L'accord, qui encadrait les échanges de matériel militaire, arrivait à son terme et devait être renouvelé tacitement. Meloni a invoqué « la situation actuelle » pour justifier la non-reconduction.

Antoine Lefebvre

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