- Léon XIV est arrivé à Luanda le 18 avril 2026 à 16 h 07 (heure de Paris), troisième étape de sa tournée africaine
- Face aux autorités angolaises, le pape a appelé à « ne pas avoir peur de la dissidence » — un mot rare en discours pontifical
- Il a dénoncé les « catastrophes sociales et environnementales » liées à une « logique d'exploitation » du continent
- Léon XIV a regretté que ses discours en Afrique soient interprétés comme un débat avec Donald Trump
- L'Angola est dirigé par le MPLA depuis l'indépendance de 1975 — la Guinée-Équatoriale refermera la tournée avant le 23 avril
Luanda, samedi 18 avril. 16 h 07, heure de Paris.
Léon XIV descend de l'avion de l'ITA Airways. Sur le fronton de l'aérogare, un grand bandeau : Bem-vindo a Angola, Papa Leão XIV.
Troisième étape d'une tournée africaine de onze jours, après l'Algérie et le Cameroun.
Dès les premières heures, le ton de cette étape angolaise est posé.

« N'ayez pas peur de la dissidence »
La cérémonie d'accueil s'est tenue au palais présidentiel, devant le président João Lourenço, son gouvernement et le corps diplomatique. Haie d'honneur en uniforme blanc, tapis rouge, drapeaux jaune-blanc du Saint-Siège et rouge-noir de l'Angola.
Le pape a prononcé, face aux autorités, une formule peu fréquente dans ce type de discours officiel.
« N'ayez pas peur de la dissidence. »
Mot pesé. Le MPLA, parti au pouvoir depuis l'indépendance de 1975, a traversé cinquante ans sans alternance. Le président Lourenço a été réélu en août 2022 à l'issue d'un scrutin contesté par l'opposition UNITA.
La veille, au palais d'Etoudi, le même Léon XIV avait appelé Paul Biya à « briser les chaînes de la corruption ». Deux jours, deux capitales, deux régimes installés de longue date — le RDPC-Biya depuis 1982, le MPLA depuis 1975. Un registre.

« Logique d'exploitation » : le continent pillé
Second message, prolongé du discours tenu la veille à l'université catholique de Yaoundé.
Léon XIV a dénoncé les « catastrophes sociales et environnementales » liées à une « logique d'exploitation ». Sans citer de pays ni de multinationale. Mais en Angola, l'écho est direct.
Le pétrole et les diamants forment l'essentiel des exportations du pays. Les champs offshore attirent les majors occidentales et chinoises depuis trois décennies. Les cités minières du nord-est, notamment dans la province de Lunda Norte pour les diamants, concentrent une part de la richesse sans que cette rente comble les inégalités.
À Yaoundé, le 17 avril, le même pape avait dénoncé les « ravages environnementaux » causés par la « course effrénée » aux terres rares, « essentielles à la fabrication de l'électronique moderne ». À Luanda, le registre est identique : ce sont les ressources, la matière seule change.

La distanciation avec Washington
Le 18 avril à 16 h 31 — avant même le discours aux autorités — le pape a pris la parole sur un autre registre.
Léon XIV a regretté que ses interventions en Afrique soient interprétées comme un débat avec Donald Trump.
Depuis l'Algérie le 12 avril, chaque discours du pape a été relu à travers un prisme américain. Les commentateurs ont cherché qui, à Washington, était visé par la charge contre la « course aux terres rares », les « tyrans qui ravagent le monde » à Bamenda, l'« IA qui alimente les peurs » à Yaoundé. Les lectures ont divergé selon les rédactions.
L'AFP rapportait le 18 avril au matin que les catholiques américains sont « troublés » par la querelle en train de naître entre Trump et le pape.
Dès l'atterrissage à Luanda, Léon XIV a coupé court. Il vise, dit-il, le continent dont il foule le sol. Pas le président américain.
La distanciation ne change pas la substance des discours. Elle change la lecture.

Angola : cinquante ans de MPLA, un pays pétrolier
L'Angola a célébré en novembre 2025 le cinquantenaire de son indépendance vis-à-vis du Portugal. Le Mouvement populaire de libération de l'Angola, le MPLA, n'a jamais quitté le pouvoir.
Agostinho Neto de 1975 jusqu'à sa mort en 1979. José Eduardo dos Santos lui succède et reste au pouvoir trente-huit ans. João Lourenço depuis 2017. La succession s'est faite au sein du même parti.
Le pays est l'un des plus grands producteurs de pétrole d'Afrique subsaharienne. Les diamants complètent la rente. La richesse extraite du sous-sol n'a pas effacé les inégalités pointées depuis des années par les rapports internationaux — chômage des jeunes, urbanisation informelle, écarts de revenus persistants.
Les catholiques représentent un peu plus de la moitié de la population. L'Église reste l'une des institutions les plus structurées du pays, avec un maillage d'écoles, d'hôpitaux et de paroisses hérité de la période coloniale portugaise.
La ferveur, au-delà du protocole
Hors des palais, la ferveur populaire a couvert le trajet du convoi.
Au passage de la papamobile, des fidèles agitaient des chapelets, des t-shirts à l'effigie de Léon XIV, des drapeaux angolais. Des affiches géantes représentant le pape avaient été installées le long des artères de Luanda dans les jours précédant la visite.
Les grandes messes publiques sont programmées pour les deux journées angolaises. Point de comparaison au Cameroun : le stade Japoma de Douala avait réuni 120 000 personnes le 17 avril selon l'AFP, quand les autorités camerounaises annonçaient un million de fidèles attendus.

Ce que le pape dira en Guinée-Équatoriale
Le calendrier reste chargé.
Deux jours en Angola. Puis la Guinée-Équatoriale, dernière étape avant un retour à Rome prévu avant le 23 avril. Malabo n'est ni Luanda ni Yaoundé : le régime de Teodoro Obiang tient le pouvoir depuis 1979, l'un des plus longs en exercice au monde. Le pays est, lui aussi, un État pétrolier — avec un PIB par habitant parmi les plus élevés d'Afrique, mais des indicateurs sociaux souvent inférieurs à ceux de ses voisins.
La question n'est plus de savoir si le pape y reprendra les mêmes thèmes. Elle est de savoir à quel degré il franchira le seuil.
La « dissidence » prononcée à Luanda vaut désormais message pour l'ensemble du voyage. Le conflit au Moyen-Orient, qu'il avait évoqué le 12 avril depuis la place Saint-Pierre, s'inscrivait déjà dans son registre de critique de la prédation des ressources. Le fil tenu depuis Alger se prolonge.
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