Donald Trump a limogé jeudi 2 avril Pam Bondi, sa ministre de la Justice (Attorney General), après des mois de critiques sur sa gestion de l'affaire Jeffrey Epstein. Todd Blanche, ancien avocat personnel du président dans ses procès pénaux, assure désormais l'intérim. C'est la deuxième membre du gouvernement évincée en moins d'un mois, après Kristi Noem.
L'affaire Epstein qui a rattrapé Pam Bondi
Au début de son mandat, Pam Bondi avait affirmé sur Fox News avoir « la liste des clients d'Epstein sur [son] bureau, prête à être examinée ». Quelques mois plus tard, le département de la Justice et le FBI ont déclaré qu'aucune liste de clients n'existait et qu'aucun document supplémentaire ne serait rendu public. L'écart entre la promesse et la réalité a déclenché une crise politique.
Le Congrès a réagi en votant l'Epstein Files Transparency Act, obligeant le département de la Justice à publier l'intégralité de ses dossiers Epstein. Le département n'a pas respecté le délai de 30 jours prévu par la loi. Sur les centaines de milliers de documents concernés, seule une fraction a été rendue publique. Près de 200 000 documents restent retenus ou caviardes.
Parallèlement, Bondi a échoué sur l'autre front que Trump attendait d'elle : les poursuites contre ses adversaires politiques. Le département de la Justice avait annulé les inculpations de James Comey et de la procureure générale de New York Letitia James, mais les jurés populaires ont refusé d'inculper six élus démocrates visés par le président. Hakeem Jeffries, leader démocrate à la Chambre, a qualifié Bondi de « ministre la plus corrompue de l'histoire américaine moderne ».
Todd Blanche : l'homme qui a déjà bloqué des documents Epstein
Le profil du remplaçant ne rassure pas ceux qui attendent la transparence sur l'affaire Epstein. En mars 2026, le sénateur Ron Wyden avait tiré la sonnette d'alarme après que Todd Blanche, alors vice-ministre, était intervenu pour empêcher l'agence antidrogue (DEA) de publier un document clé lié à une enquête secrète sur le trafic de drogues et la prostitution impliquant Epstein et ses associés.
Blanche avait déclaré que « le département de la Justice a désormais publié tous les fichiers concernant la saga Epstein ». Selon NBC News, cette affirmation est contestée : après avoir annoncé en décembre la publication de centaines de milliers de fichiers, le département n'en a libéré qu'une petite fraction, environ 200 000 restant retenus ou caviardés pour des raisons juridiques.
L'entretien mené par Blanche avec Ghislaine Maxwell, coconspirateur condamné d'Epstein, a également suscité des critiques virulentes. The New Republic titrait que le remplaçant de Bondi « s'annonce pire qu'elle sur Epstein ». Comme nous le suivons dans notre dossier d'enquête consacré à l'affaire Epstein, chaque changement à la tête du département de la Justice modifie les rapports de force autour de la publication des documents.
Le schéma est structurel. Chaque changement à la tête du département de la Justice depuis le début de l'affaire Epstein a produit le même résultat : une promesse de transparence suivie d'un recul. Alexander Acosta avait négocié l'accord de non-poursuite de 2008. William Barr avait supervisé la prison où Epstein est mort en 2019. Bondi avait promis la liste des clients. Blanche bloque la DEA. Le dénominateur commun n'est pas l'incompétence — c'est la proximité entre les cercles de pouvoir et le réseau Epstein qui rend chaque enquête politiquement explosive.
Pour les lecteurs français, le sujet n'est pas abstrait. L'affaire Epstein implique des personnalités européennes dont les noms figurent dans les documents que le département de la Justice retient. Tant que 200 000 fichiers restent caviardés, les ramifications internationales du réseau — y compris ses connexions françaises potentielles — restent dans l'ombre. Chaque AG qui enterre le dossier repousse aussi la vérité pour l'Europe.
Ce que ce limogeage change pour la suite du dossier
La commission de contrôle de la Chambre (House Oversight Committee), qui enquête sur l'affaire Epstein, avait assigné Bondi à comparaître pour une déposition dans les semaines à venir. Son limogeage, survenu avant cette audition, pose la question du calendrier : Trump a-t-il voulu éviter que Bondi témoigne sous serment ?
Le successeur pressenti pour un poste permanent est Lee Zeldin, actuel directeur de l'Agence de protection de l'environnement (EPA). Son profil, plus politique que juridique, suggère que Trump cherche un exécutant loyal plutôt qu'un juriste indépendant. Pour les victimes d'Epstein et les enquêteurs du Congrès, le signal est clair : la bataille pour la transparence ne fait que se durcir. C'est un schéma que l'on retrouve dans d'autres dossiers de l'administration Trump, où chaque décision présidentielle sert un calcul politique autant qu'une stratégie.
Selon CNN, Bondi était « destinée à échouer » dès le départ. Placée entre la promesse de transparence sur Epstein et l'exigence présidentielle de règlements de comptes politiques, elle n'a satisfait personne. La question pour Todd Blanche est de savoir s'il fera mieux ou s'il fera simplement moins de bruit en enterrant les dossiers.











