Aller au contenu principal

Léon XIV en Guinée équatoriale :
face à Obiang, 46 ans de pouvoir

Malabo, 21 avril 2026. Le pape Léon XIV entame 48 heures en Guinée équatoriale, dernière étape de sa tournée africaine. Il appelle le pays au « droit » et à la « justice ». Teodoro Obiang règne depuis 1979 — 46 ans sans alternance.

Mis à jour le mercredi 22 avril 2026 — 12h05
8 min
Le pape Léon XIV à son arrivée à Malabo aux côtés du président Obiang Nguema et de la garde d'honneur, le 21 avril 2026
Léon XIV et Teodoro Obiang à la cérémonie d'accueil à Malabo, 21 avril 2026 — dernière étape de la tournée africaine du pape.© AFP / Alberto Pizzoli
Mise à jour — 22 avril 2026. Deuxième jour de la visite en Guinée équatoriale. Au programme annoncé par l'AFP : visite d'une prison, messe publique, vols intérieurs et rencontres dans ce pays « verrouillé ». Retour à Rome prévu fin avril 2026 — clôture de la tournée africaine ouverte à Alger le 12 avril.
L'Essentiel
  • Léon XIV en Guinée équatoriale du 21 au 22 avril 2026, 4ᵉ et dernière étape de sa tournée africaine
  • À l'arrivée, appel à se mettre « au service du droit et de la justice » devant les autorités
  • Teodoro Obiang Nguema est au pouvoir depuis le 3 août 1979 — 46 ans sans alternance
  • 2ᵉ jour le 22 avril : visite d'une prison, messe, multiples vols et rencontres
  • Polémique mars 2026 : contribution imposée sur les salaires de fonctionnaires pour la visite

Malabo, 21 avril 2026. Le pape Léon XIV descend la passerelle, salué par Teodoro Obiang Nguema, président depuis le 3 août 1979.

Quatrième et dernière étape de la tournée africaine. Quarante-huit heures dans le pays « régulièrement accusé d'atteintes aux droits humains », selon la formule de l'AFP.

Dès le premier discours, le pape impose un registre. « Au service du droit et de la justice. »

« Au service du droit et de la justice » : le discours d'arrivée

Léon XIV a exhorté le pays à se mettre « au service du droit et de la justice », selon l'AFP. La formulation vise la structure même du régime.

C'est la dernière étape d'une longue séquence. Alger le 12 avril, Yaoundé du 14 au 18 avril, Luanda, Kilamba et Saurimo du 18 au 20 avril, puis Malabo. À chaque escale, un registre différent, une même ligne.

À Yaoundé, le 17 avril, le pape avait appelé Paul Biya à « briser les chaînes de la corruption ». À Luanda, le 18 avril, il avait lancé à João Lourenço : « N'ayez pas peur de la dissidence. » À Kilamba, le 19 avril, devant 100 000 fidèles, il avait dénoncé « le fléau de la corruption ».

À Malabo, le 21 avril, le mot-clef change : « droit », « justice ». L'auditoire aussi : Teodoro Obiang, chef d'État le plus ancien d'Afrique, dans un pays où l'opposition politique est réduite à peu de choses.

Le pape Léon XIV au pupitre à Malabo en mozette rouge, prononçant son discours officiel du 21 avril 2026
Discours officiel de Léon XIV à Malabo, 21 avril 2026 — appel au « droit » et à la « justice ». AFP / Alberto Pizzoli

Obiang, au pouvoir depuis 1979

Le 3 août 1979, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo prend le pouvoir. Coup d'État contre son oncle Francisco Macías Nguema, fusillé peu après.

Quarante-six ans plus tard, il occupe toujours le palais présidentiel. C'est, à ce jour, le plus long règne d'un chef d'État non-monarque vivant au monde — devant Paul Biya au Cameroun, au pouvoir depuis novembre 1982.

Le pays compte environ 1,7 million d'habitants, selon la Banque mondiale. Il est producteur de pétrole offshore — l'un des principaux d'Afrique subsaharienne au début des années 2010, en production déclinante depuis. Le PIB par habitant, dopé par la rente pétrolière, reste parmi les plus élevés de la région. Les indicateurs sociaux, eux, restent inférieurs à ceux de plusieurs voisins moins riches.

L'opposition politique est réduite à quelques voix. Les médias indépendants n'existent pratiquement pas. L'AFP parle d'un pays « verrouillé ».

Le pape Léon XIV et Teodoro Obiang Nguema au palais présidentiel équato-guinéen, rencontre bilatérale le 21 avril 2026
Rencontre bilatérale Léon XIV-Obiang au palais présidentiel, Malabo, 21 avril 2026. AFP / Luca Zennaro / Pool

Un « pays verrouillé » : droits humains et opposition

Deux dossiers récents ont ramené le pays dans l'actualité internationale avant la venue du pape.

En février 2026, les États-Unis ont expulsé vers Malabo trois ressortissants est-africains auxquels Washington avait promis protection. Selon l'AFP, ces expulsés vivent désormais « sous surveillance » en Guinée équatoriale, « dans la crainte d'un retour forcé » dans leur pays d'origine.

En avril 2026, l'AFP a documenté le cas d'un jeune équato-guinéen de 22 ans, enrôlé de force dans l'armée russe sur le front ukrainien. Son père, Mariano Nkogo Mba Nchama, implore publiquement le président Obiang d'intervenir.

Les deux dossiers fonctionnent en miroir. Le pays reçoit des expulsés que d'autres n'acceptent plus. Il laisse un de ses citoyens piégé dans une guerre étrangère, sans réponse publique.

L'appel papal au « service du droit et de la justice » tombe dans ce décor.

Salaires ponctionnés : la polémique de la visite

Avant même l'arrivée de Léon XIV, la visite avait déclenché un tollé intérieur.

Selon une enquête AFP du 26 mars 2026, les autorités avaient imposé une contribution prélevée sur les salaires des fonctionnaires. L'achat de tenues à l'effigie du pape était également exigé.

Le gouvernement a démenti dès le 27 mars 2026 prélever des fonds sur les salaires. Le démenti n'a pas éteint la controverse.

À Malabo, les artères ont été couvertes d'affiches. Des t-shirts et des casquettes imprimés pour l'occasion se sont retrouvés dans les rues. Des véhicules de police et des barrages ont encadré le parcours.

La ferveur populaire n'a pas manqué — foules sur les trottoirs, selfies, drapeaux équato-guinéens et du Vatican agités ensemble. Mais la ferveur n'efface pas la question du financement.

Panneau officiel « Bienvenido Su Santidad El Papa León XIV » à Malabo, fidèles et voiture de police le 21 avril 2026
Panneau d'accueil officiel à Malabo, 21 avril 2026 — fidèles et véhicules de police en attente du passage du pape. AFP / Alberto Pizzoli

Pétrole, Téodorin, Espagne : la famille au pouvoir

Le fils du président, Teodoro Nguema Obiang Mangue, dit « Téodorin », est vice-président.

Il a été condamné en France en 2017 dans l'affaire des « biens mal acquis » — confiscation d'un hôtel particulier parisien et de biens de luxe.

Depuis février 2024, il est visé en Espagne par un mandat d'arrêt dans une enquête portant sur l'enlèvement de quatre opposants politiques. L'AFP a rapporté en janvier 2026 qu'il devait être entendu par visioconférence, à sa demande, par un juge espagnol.

La rente pétrolière, concentrée au sommet de l'État, a nourri plusieurs procédures internationales. Les majors occidentales réduisent leur empreinte dans ce petit émirat pétrolier du golfe de Guinée. L'avenir économique reste une inconnue.

Prison et messe : le 2ᵉ jour

Le 22 avril, l'AFP annonce une journée « à cadence effrénée » : visite d'une prison, messe publique, multiples vols intérieurs, rencontres.

Visiter une prison n'est pas un geste anodin, dans un tel contexte. La démarche prolonge le discours d'arrivée sur le « droit » et la « justice ».

La messe publique réunit les fidèles catholiques — une population majoritaire en Guinée équatoriale, selon l'Annuaire pontifical.

Fidèles équato-guinéens agitent les drapeaux de Guinée équatoriale et du Vatican à Malabo, 21 avril 2026
Ferveur populaire à Malabo, 21 avril 2026 — drapeaux équato-guinéens et du Vatican, t-shirts à l'effigie du pape. AFP / Alberto Pizzoli

Après Malabo, retour à Rome

La fin de la séquence africaine referme onze jours d'un voyage commencé à Alger le 12 avril 2026.

Alger et la mémoire de saint Augustin. Yaoundé et la corruption. Luanda, la dissidence et l'exploitation. Kilamba et la corruption encore. Malabo, le droit et la justice. Les mots convergent : corruption, dissidence, exploitation, droit, justice.

À Rome, la distanciation prise à Luanda vis-à-vis de Washington reste à éprouver. L'AFP rapportait le 18 avril que les catholiques américains se disaient « troublés » par la querelle qui se profile entre la Maison Blanche et le Vatican. Les prochaines audiences du pape, à la place Saint-Pierre, se tiendront sous cette ombre.

Une guerre se poursuit. Le cessez-le-feu USA-Iran a été prolongé « sine die » le 21 avril, au moment où le pape atterrissait à Malabo. Une coïncidence, pas une distraction : le Moyen-Orient a traversé toute la tournée africaine du pape.

Comment Obiang se compare aux autres régimes visités

PaysChef d'ÉtatAu pouvoir depuisDurée au 22/04/2026
Guinée équatorialeTeodoro Obiang Nguema3 août 197946 ans
CamerounPaul Biya6 novembre 198243 ans
AngolaMPLA (parti au pouvoir)
président actuel : João Lourenço
Novembre 197550 ans
AlgérieAbdelmadjid Tebboune19 décembre 20196 ans

Trois des quatre pays visités sont gouvernés par des régimes ou partis installés depuis plus de quatre décennies. Un seul — l'Algérie — a vu un changement de président récent. Aucun n'a connu d'alternance politique majeure.

À lire aussi

Restez informé

Recevez chaque semaine l'essentiel de l'actualité décrypté par nos journalistes.
Gratuit, sans publicité. S'abonner à la newsletter

Sources : AFP (dépêches 15 janvier, 26 février, 26-27 mars, 13-22 avril 2026) · Vatican News — Voyage apostolique Léon XIV · Human Rights Watch — Guinée équatoriale · Freedom House — Equatorial Guinea · Banque mondiale — Indicateurs Guinée équatoriale · Global Witness — Equatorial Guinea

L'essentiel

  • Léon XIV en Guinée équatoriale du 21 au 22 avril 2026, 4ᵉ et dernière étape de sa tournée africaine
  • À l'arrivée, appel à se mettre « au service du droit et de la justice » devant les autorités
  • Teodoro Obiang Nguema est au pouvoir depuis le 3 août 1979 — 46 ans sans alternance
  • 2ᵉ jour le 22 avril : visite d'une prison, messe, multiples vols et rencontres
  • Polémique mars 2026 : contribution imposée sur les salaires de fonctionnaires pour la visite

Questions fréquentes

Quand le pape Léon XIV s'est-il rendu en Guinée équatoriale ?
Le pape Léon XIV a séjourné en Guinée équatoriale du 21 au 22 avril 2026, une visite de 48 heures qui constitue la quatrième et dernière étape de sa tournée africaine. Celle-ci a débuté à Alger le 12 avril, s'est poursuivie à Yaoundé du 14 au 18 avril, puis à Luanda, Kilamba et Saurimo du 18 au 20 avril, avant l'arrivée à Malabo.
Depuis combien de temps Teodoro Obiang Nguema dirige-t-il la Guinée équatoriale ?
Teodoro Obiang Nguema Mbasogo est au pouvoir en Guinée équatoriale depuis le 3 août 1979, soit 46 ans au 22 avril 2026. Il a pris le pouvoir à l'issue d'un coup d'État contre son oncle, Francisco Macías Nguema, fusillé peu après. Son règne dépasse celui de Paul Biya au Cameroun (au pouvoir depuis novembre 1982), faisant de lui le plus ancien chef d'État non-monarque en exercice.
Pourquoi la visite du pape a-t-elle suscité une polémique en Guinée équatoriale ?
Selon une enquête AFP publiée le 26 mars 2026, les autorités auraient imposé à la population une contribution prélevée sur les salaires des fonctionnaires et l'achat de tenues à l'effigie du pape, pour financer les dépenses d'accueil de la visite. Le gouvernement a démenti le 27 mars 2026 dans un communiqué. La controverse n'a pas été éteinte par ce démenti.

Antoine Lefebvre

Partagez cet article

Plus d'actualités Monde

Voir tout

Newsletter Regards Actuels

L'essentiel, en profondeur. Chaque vendredi.

Gratuit · Désabonnement en un clic