- Léon XIV en Guinée équatoriale du 21 au 22 avril 2026, 4ᵉ et dernière étape de sa tournée africaine
- À l'arrivée, appel à se mettre « au service du droit et de la justice » devant les autorités
- Teodoro Obiang Nguema est au pouvoir depuis le 3 août 1979 — 46 ans sans alternance
- 2ᵉ jour le 22 avril : visite d'une prison, messe, multiples vols et rencontres
- Polémique mars 2026 : contribution imposée sur les salaires de fonctionnaires pour la visite
Malabo, 21 avril 2026. Le pape Léon XIV descend la passerelle, salué par Teodoro Obiang Nguema, président depuis le 3 août 1979.
Quatrième et dernière étape de la tournée africaine. Quarante-huit heures dans le pays « régulièrement accusé d'atteintes aux droits humains », selon la formule de l'AFP.
Dès le premier discours, le pape impose un registre. « Au service du droit et de la justice. »
« Au service du droit et de la justice » : le discours d'arrivée
Léon XIV a exhorté le pays à se mettre « au service du droit et de la justice », selon l'AFP. La formulation vise la structure même du régime.
C'est la dernière étape d'une longue séquence. Alger le 12 avril, Yaoundé du 14 au 18 avril, Luanda, Kilamba et Saurimo du 18 au 20 avril, puis Malabo. À chaque escale, un registre différent, une même ligne.
À Yaoundé, le 17 avril, le pape avait appelé Paul Biya à « briser les chaînes de la corruption ». À Luanda, le 18 avril, il avait lancé à João Lourenço : « N'ayez pas peur de la dissidence. » À Kilamba, le 19 avril, devant 100 000 fidèles, il avait dénoncé « le fléau de la corruption ».
À Malabo, le 21 avril, le mot-clef change : « droit », « justice ». L'auditoire aussi : Teodoro Obiang, chef d'État le plus ancien d'Afrique, dans un pays où l'opposition politique est réduite à peu de choses.

Obiang, au pouvoir depuis 1979
Le 3 août 1979, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo prend le pouvoir. Coup d'État contre son oncle Francisco Macías Nguema, fusillé peu après.
Quarante-six ans plus tard, il occupe toujours le palais présidentiel. C'est, à ce jour, le plus long règne d'un chef d'État non-monarque vivant au monde — devant Paul Biya au Cameroun, au pouvoir depuis novembre 1982.
Le pays compte environ 1,7 million d'habitants, selon la Banque mondiale. Il est producteur de pétrole offshore — l'un des principaux d'Afrique subsaharienne au début des années 2010, en production déclinante depuis. Le PIB par habitant, dopé par la rente pétrolière, reste parmi les plus élevés de la région. Les indicateurs sociaux, eux, restent inférieurs à ceux de plusieurs voisins moins riches.
L'opposition politique est réduite à quelques voix. Les médias indépendants n'existent pratiquement pas. L'AFP parle d'un pays « verrouillé ».

Un « pays verrouillé » : droits humains et opposition
Deux dossiers récents ont ramené le pays dans l'actualité internationale avant la venue du pape.
En février 2026, les États-Unis ont expulsé vers Malabo trois ressortissants est-africains auxquels Washington avait promis protection. Selon l'AFP, ces expulsés vivent désormais « sous surveillance » en Guinée équatoriale, « dans la crainte d'un retour forcé » dans leur pays d'origine.
En avril 2026, l'AFP a documenté le cas d'un jeune équato-guinéen de 22 ans, enrôlé de force dans l'armée russe sur le front ukrainien. Son père, Mariano Nkogo Mba Nchama, implore publiquement le président Obiang d'intervenir.
Les deux dossiers fonctionnent en miroir. Le pays reçoit des expulsés que d'autres n'acceptent plus. Il laisse un de ses citoyens piégé dans une guerre étrangère, sans réponse publique.
L'appel papal au « service du droit et de la justice » tombe dans ce décor.
Salaires ponctionnés : la polémique de la visite
Avant même l'arrivée de Léon XIV, la visite avait déclenché un tollé intérieur.
Selon une enquête AFP du 26 mars 2026, les autorités avaient imposé une contribution prélevée sur les salaires des fonctionnaires. L'achat de tenues à l'effigie du pape était également exigé.
Le gouvernement a démenti dès le 27 mars 2026 prélever des fonds sur les salaires. Le démenti n'a pas éteint la controverse.
À Malabo, les artères ont été couvertes d'affiches. Des t-shirts et des casquettes imprimés pour l'occasion se sont retrouvés dans les rues. Des véhicules de police et des barrages ont encadré le parcours.
La ferveur populaire n'a pas manqué — foules sur les trottoirs, selfies, drapeaux équato-guinéens et du Vatican agités ensemble. Mais la ferveur n'efface pas la question du financement.

Pétrole, Téodorin, Espagne : la famille au pouvoir
Le fils du président, Teodoro Nguema Obiang Mangue, dit « Téodorin », est vice-président.
Il a été condamné en France en 2017 dans l'affaire des « biens mal acquis » — confiscation d'un hôtel particulier parisien et de biens de luxe.
Depuis février 2024, il est visé en Espagne par un mandat d'arrêt dans une enquête portant sur l'enlèvement de quatre opposants politiques. L'AFP a rapporté en janvier 2026 qu'il devait être entendu par visioconférence, à sa demande, par un juge espagnol.
La rente pétrolière, concentrée au sommet de l'État, a nourri plusieurs procédures internationales. Les majors occidentales réduisent leur empreinte dans ce petit émirat pétrolier du golfe de Guinée. L'avenir économique reste une inconnue.
Prison et messe : le 2ᵉ jour
Le 22 avril, l'AFP annonce une journée « à cadence effrénée » : visite d'une prison, messe publique, multiples vols intérieurs, rencontres.
Visiter une prison n'est pas un geste anodin, dans un tel contexte. La démarche prolonge le discours d'arrivée sur le « droit » et la « justice ».
La messe publique réunit les fidèles catholiques — une population majoritaire en Guinée équatoriale, selon l'Annuaire pontifical.

Après Malabo, retour à Rome
La fin de la séquence africaine referme onze jours d'un voyage commencé à Alger le 12 avril 2026.
Alger et la mémoire de saint Augustin. Yaoundé et la corruption. Luanda, la dissidence et l'exploitation. Kilamba et la corruption encore. Malabo, le droit et la justice. Les mots convergent : corruption, dissidence, exploitation, droit, justice.
À Rome, la distanciation prise à Luanda vis-à-vis de Washington reste à éprouver. L'AFP rapportait le 18 avril que les catholiques américains se disaient « troublés » par la querelle qui se profile entre la Maison Blanche et le Vatican. Les prochaines audiences du pape, à la place Saint-Pierre, se tiendront sous cette ombre.
Une guerre se poursuit. Le cessez-le-feu USA-Iran a été prolongé « sine die » le 21 avril, au moment où le pape atterrissait à Malabo. Une coïncidence, pas une distraction : le Moyen-Orient a traversé toute la tournée africaine du pape.
Comment Obiang se compare aux autres régimes visités
| Pays | Chef d'État | Au pouvoir depuis | Durée au 22/04/2026 |
|---|---|---|---|
| Guinée équatoriale | Teodoro Obiang Nguema | 3 août 1979 | 46 ans |
| Cameroun | Paul Biya | 6 novembre 1982 | 43 ans |
| Angola | MPLA (parti au pouvoir) président actuel : João Lourenço | Novembre 1975 | 50 ans |
| Algérie | Abdelmadjid Tebboune | 19 décembre 2019 | 6 ans |
Trois des quatre pays visités sont gouvernés par des régimes ou partis installés depuis plus de quatre décennies. Un seul — l'Algérie — a vu un changement de président récent. Aucun n'a connu d'alternance politique majeure.
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