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Démographie :
la France vieillit plus vite qu'elle ne se prépare

Pour la première fois depuis 1945, la France enregistre plus de décès que de naissances. Le taux de fécondité est au plus bas depuis 1918. Derrière ces chiffres, une cascade : retraites, EHPAD, services publics.

Mis à jour le dimanche 12 avril 2026 — 12h00
5 min
Manifestation pour les retraites en France
En 2025, la France a enregistré plus de décès que de naissances pour la première fois depuis 1945© AFP

Mise à jour — 12 avril 2026. Le bilan démographique 2025 de l'INSEE confirme le basculement historique : 645 000 naissances, 651 000 décès, solde naturel négatif pour la première fois depuis 1945. Le congé de naissance, annoncé pour janvier 2026, a été reporté au 1er juillet. Le déficit cumulé des EHPAD publics atteint 2 milliards d'euros sur 2022-2024.

L'Essentiel
  • Solde naturel négatif en 2025 : 645 000 naissances, 651 000 décès. Première depuis la Libération
  • Fécondité à 1,56 enfant par femme — plus bas depuis 1918. Naissances -24 % par rapport au pic de 2010
  • Ratio cotisants/retraités : 1,79 aujourd'hui, 1,4 en 2070. Déficit retraites +30 Md€ d'ici 2070 (COR)
  • 85 % des EHPAD publics en déficit en 2023. 365 000 places supplémentaires nécessaires d'ici 2050
  • La relève démographique n'arrivera pas : il faudrait 20 ans pour inverser la tendance

Pendant que le monde s'enflamme autour du détroit d'Ormuz, un séisme silencieux redessine la France de l'intérieur. En 2025, pour la première fois depuis la Libération, le pays a enregistré plus de décès que de naissances. Ce basculement, confirmé par l'INSEE en janvier 2026, n'est pas un accident statistique. C'est le début d'une transformation qui touche les retraites, les hôpitaux, les EHPAD — et qui sera au cœur de la présidentielle 2027.

Les chiffres d'un basculement historique

En 2025, 645 000 bébés sont nés en France, contre 651 000 décès. Le solde naturel est devenu négatif pour la première fois depuis 1945 : -6 000. Le taux de fécondité s'est établi à 1,56 enfant par femme, en recul par rapport à 1,61 en 2024. C'est le niveau le plus bas depuis la fin de la Première Guerre mondiale — un plancher que même les années de la Seconde Guerre n'avaient pas atteint. En quinze ans, le nombre annuel de naissances a chuté de 24 % par rapport au pic de 2010.

La population continue de croître — 69,1 millions d'habitants au 1er janvier 2026 —, mais uniquement grâce au solde migratoire. Sans l'immigration, la France perdrait déjà des habitants. Les projections de l'INSEE indiquent un pic à 70 millions vers 2040, puis un déclin à 68 millions en 2070.

1,4 cotisant par retraité : quand la pyramide s'inverse

Le système de retraite français repose sur la répartition : les actifs d'aujourd'hui financent les pensions d'aujourd'hui. En 2000, on comptait environ 2,1 cotisants par retraité. En 2023, ce ratio est tombé à 1,79 (30,4 millions de cotisants pour 17,2 millions de retraités). Il devrait poursuivre sa dégradation jusqu'à 1,4 aux alentours de 2070, selon le Conseil d'orientation des retraites. Il ne remontera pas.

Le COR estime que le déficit supplémentaire lié au déclin démographique atteindra 30 milliards d'euros d'ici 2070. Le niveau de vie relatif des retraités, aujourd'hui légèrement supérieur à celui des actifs, devrait tomber à 91,7 % en 2040, puis 87,5 % en 2070. D'ici 2040, les plus de 65 ans représenteront 50 personnes pour 100 actifs — contre 38 aujourd'hui. La France comptera alors 23 millions de personnes de plus de 60 ans, contre 18 millions en 2021.

EHPAD : 85 % en déficit, et la vague arrive

Les EHPAD publics — qui accueillent près de la moitié des résidents et souvent les plus modestes — sont dans une situation financière alarmante. Selon la FHF, 85 % des EHPAD publics étaient en déficit en 2023, une proportion redescendue à 70 % en 2024 mais avec un déficit cumulé de près de 2 milliards d'euros sur 2022-2024. Des menaces de fermeture touchent des établissements dans plusieurs départements. Une pression qui s'ajoute à celle de l'hôpital public.

Et le pic n'est pas atteint. La DREES estime que 365 000 places en EHPAD supplémentaires seront nécessaires d'ici 2050, et que 150 000 à 200 000 emplois devront être créés dans le secteur de l'aide aux personnes âgées. Le Plan Grand Âge — promis par Macron dès 2018 — a été reporté à plusieurs reprises sans jamais aboutir.

Le congé de naissance : un geste, pas une solution

Le congé de naissance, annoncé dans le cadre du « réarmement démographique » de janvier 2024, doit entrer en vigueur le 1er juillet 2026 — après un report depuis janvier. Dans sa version finale : un à deux mois supplémentaires par parent, mieux rémunérés que l'actuel congé parental. C'est un pas. Ce n'est pas une réponse à la hauteur du basculement.

Les démographes s'accordent : les politiques natalistes peuvent infléchir une courbe, pas l'inverser. La France n'évitera pas le vieillissement. La question est de savoir si elle s'y prépare — ou si elle continue de reporter.

Le sujet fantôme de la présidentielle 2027

Les projections démographiques conditionnent directement l'équilibre des retraites, le financement de la dépendance et la croissance économique. Financer les retraites avec 1,4 cotisant par retraité exige soit une hausse des cotisations, soit une baisse des pensions, soit une augmentation de l'immigration de travail, soit un allongement de la durée de cotisation. Chacune de ces options est politiquement clivante.

Comme l'ont montré les municipales de mars 2026 — percée du RN dans les villes moyennes, abstention record chez les 25-34 ans, communes entières à liste unique —, l'électorat vieillit, se fragmente, et attend des réponses sur la santé, la dépendance et le pouvoir d'achat. La démographie est le fil rouge qui relie ces attentes. Et ce fil, pour l'instant, personne ne le tire.

À lire aussi

Sources : INSEE — Bilan démographique 2025, COR — Rapport annuel juin 2025, FHF — Déficit EHPAD publics.

L'essentiel

  • En 2025, la France a enregistré 6 000 décès de plus que de naissances — une première depuis 1945
  • Le taux de fécondité est tombé à 1,56 enfant par femme, au plus bas depuis la fin de la Première Guerre
  • Le ratio cotisants-retraité est passé de 2,02 en 2004 à 1,40 en 2025
  • 85 % des EHPAD publics sont en déficit, avec une aggravation de 60 % en un an
  • La population atteindrait 70 millions vers 2040, puis déclinerait à 68 millions en 2070

Questions fréquentes

Pourquoi la natalité française baisse-t-elle malgré les aides aux familles ?
Les causes sont multiples et dépassent les aides financières : recul de l’âge du premier enfant, coût du logement dans les métropoles, incertitude économique, évolution des modèles familiaux. Le phénomène touche toute l’Europe, mais la France — longtemps exception avec un taux proche de 2 — rejoint désormais ses voisins. Les aides (allocations, crèches, quotient familial) freinent la chute sans l’empêcher.
Quelles conséquences concrètes sur les retraites ?
Le système par répartition dépend du nombre d’actifs qui cotisent. Avec un ratio passé de 2,02 cotisants par retraité en 2004 à 1,40 en 2025, la pression sur le financement s’intensifie. Le COR chiffre le surcoût à 30 milliards d’euros d’ici 2070. Les options sont : cotisations plus élevées, pensions réduites, durée de cotisation allongée ou immigration de travail accrue.
Le congé de naissance de six mois peut-il inverser la tendance ?
Il peut avoir un effet positif en facilitant le choix d’avoir un enfant, mais aucune politique nataliste n’a jamais inversé durablement une tendance démographique d’une telle ampleur. Les pays nordiques, qui offrent les congés les plus généreux d’Europe, connaissent aussi une baisse de la fécondité. Le vieillissement est un mouvement de fond lié à des facteurs sociaux, économiques et culturels profonds.

Thomas Renaud

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