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Dette par habitant :
un chiffre qui ne vaut pas facture

Une trentaine de Français ont donné de l'argent à l'État en 2026 pour réduire la dette. Ce que pèse vraiment, rapportée à chaque habitant, une dette de 3 595,5 milliards d'euros.

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L'hémicycle de l'Assemblée nationale, un orateur à la tribune, les écrans annonçant le débat sur les finances locales
L'hémicycle de l'Assemblée nationale pendant le débat sur les finances locales, dans le cadre de l'examen du budget pour 2027, à Paris, le 19 octobre 2026.© Xosé Bouzas / Hans Lucas via AFP

Louis-Grégoire de Mitry de Saint-Georges a versé 45 euros à l'État en octobre 2025, pour la dette. « C'est très citoyen, oui. C'était purement du civisme », a expliqué à l'AFP cet entrepreneur trentenaire. Un geste « ni naïf ni inutile », dit-il : « Je sais pertinemment, comme n'importe qui, que ce ne sont pas mes 45 euros qui vont changer la chose. » En 2026, l'État a reçu une trentaine de dons de ce genre, pour environ 25 000 euros, dont un don d'entreprise de plus de 23 000 euros ; les autres étaient en moyenne de 55 euros, a précisé Bercy à l'AFP, selon Boursorama.

Rapportée à chaque habitant, la dette publique atteignait environ 52 000 euros au 30 juin 2026. Le calcul est une simple division de 3 595,5 milliards d'euros de dette, mesurée par l'Insee, l'institut public de la statistique, par 69,08 millions d'habitants, la population estimée au 1er janvier 2026. La note de l'Insee ne donne pas ce quotient. Il rapproche deux statistiques prises à six mois d'écart, et la population de janvier est elle-même provisoire.

Le 20 octobre, dettedelafrance.fr annonçait plus de 3 640 milliards d'euros et 52 872 euros par habitant, un montant qui grossit à chaque seconde. Le site part du chiffre de l'Insee à fin juin et y ajoute environ 4 833 euros par seconde, le déficit de 2025 réparti sur l'année, avant de diviser par 68,9 millions d'habitants, la population de 2025. Sa page de méthode précise : « Le compteur n'est pas une donnée officielle instantanée. » Dette-france.fr présente son compteur comme « une tendance, pas une mesure ».

Ces 52 000 euros ne figurent sur aucun contrat. La dette est celle des administrations publiques : l'État pour 2 942 milliards d'euros, les administrations de sécurité sociale pour 309 milliards, les administrations publiques locales, collectivités comprises, pour 275 milliards, et les organismes divers d'administration centrale pour 69 milliards. C'est à elles que les prêteurs ont avancé l'argent.

Une dette que l'on rembourse en partie en empruntant

« Chaque année, nous refinançons une partie de notre dette qui arrive à échéance », a expliqué le ministre de l'Économie, Roland Lescure, aux députés le 13 octobre. L'État prévoit d'emprunter 340 milliards d'euros à moyen et long terme en 2027, contre 310 milliards cette année, selon le projet de budget présenté en Conseil des ministres le 1er octobre. En août 2025, une tribune publiée par Le Monde résumait ce mécanisme dans son titre : un État « ne rembourse jamais sa dette, il ne paie que la charge de la dette ». Les intérêts, eux, pèsent chaque année sur le budget. Pour l'ensemble des administrations, ils « devraient atteindre 91 milliards en 2027 », a précisé Roland Lescure.

Jean-Olivier Hairault, directeur de la Paris School of Economics, interrogé par l'AFP sur les dons, le dit autrement : « il y a un mécanisme de contribution des citoyens à la dette, ça s'appelle l'impôt ».

La Caisse d'amortissement de la dette sociale (Cades), créée en 1996, a éteint 16,2 milliards d'euros en 2025, et toutes les dettes qu'elle avait reprises avant la pandémie de 2020 sont désormais remboursées, selon son communiqué du 11 juin 2026. Elle doit avoir tout soldé fin 2033. Ses « ressources régulières lui sont assurées par la population française », précise-t-elle, sous forme de recettes qui lui sont affectées. Marie-Christine Dalloz, députée du Jura qui préside son comité de surveillance, y constate « la robustesse du modèle Cades ».

Ce que les administrations possèdent

L'Insee publie aussi une dette nette, qui retranche la trésorerie, les prêts et les titres de créance détenus par les administrations : 3 366,8 milliards d'euros fin juin 2026, soit environ 48 700 euros par habitant. Les biens non financiers et les participations dans des entreprises n'y sont pas déduits.

Le compte de patrimoine établi par l'Insee et la Banque de France les fait entrer dans le bilan. Fin 2025, les administrations publiques possédaient 4 663 milliards d'euros d'actifs, dont 2 945 milliards de biens non financiers comme les bâtiments et les terrains, pour 3 913 milliards de passifs financiers. Leur valeur nette restait positive, à 750 milliards d'euros, selon ces chiffres provisoires. Ces passifs financiers ne se mesurent pas comme la dette publique citée plus haut : leur périmètre et leur valorisation diffèrent, selon la méthode de l'Insee.

« Mais dans la durée, ceci pose un vrai problème générationnel : nous transférons la charge de la dette et des retraites à nos enfants », disait le 26 mai François Villeroy de Galhau, alors gouverneur de la Banque de France, dans un entretien au Figaro.

Troisième dette de l'Union européenne en part de la production

Rapportée non plus aux habitants mais à ce que le pays produit en un an, son produit intérieur brut, la dette de la France atteignait 117,6 % fin mars 2026, selon Eurostat. C'est le troisième niveau de l'Union européenne, derrière la Grèce et l'Italie ; la moyenne de la zone euro était de 88,9 %. La prochaine mesure de la dette française par l'Insee, arrêtée à la fin septembre, paraîtra le 18 décembre.

L'essentiel

  • La rédaction obtient environ 52 000 euros par habitant au 30 juin 2026, en divisant la dette mesurée par l'Insee par la population estimée.
  • La Cades a éteint 16,2 milliards d'euros de dette sociale en 2025 et doit avoir tout remboursé fin 2033.
  • Fin 2025, les administrations possédaient plus qu'elles ne devaient, d'après des comptes encore provisoires.

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