L'État français a encaissé 270 millions d'euros supplémentaires de recettes fiscales sur les carburants au mois de mars 2026. C'est le résultat mécanique de la flambée des prix à la pompe : quand le litre augmente, la TVA (calculée en pourcentage du prix TTC) augmente proportionnellement. Le gazole a bondi de 52 centimes en un mois, soit plus de 30 %, pulvérisant le précédent record de mars 2022 après l'invasion de l'Ukraine.
Le mécanisme fiscal qui transforme la crise en aubaine pour le Trésor
La taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) est fixe : elle ne bouge pas quand le prix du brut monte. Mais la TVA, elle, est proportionnelle. À 20 % du prix TTC, chaque centime de hausse génère mécaniquement des recettes supplémentaires. Quand le gazole passe de 1,73 euro (février) à 2,25 euros (mars), l'État encaisse environ 8,7 centimes de TVA en plus par litre.
Appliqué aux 2,8 milliards de litres de gazole consommés en France en mars (estimation basse liée aux pénuries), le calcul dépasse les 240 millions d'euros de recettes TVA supplémentaires sur le seul gazole. Ajoutés au SP95 et au SP98, les 270 millions du gouvernement sont cohérents.
Le gouvernement a précisé que ce surplus est « très inférieur au coût de la crise ». C'est comptablement exact : le chèque énergie, les aides aux transporteurs routiers, les compensations aux régions pour les transports en commun et l'aide aux entreprises énergivores coûtent plus que 270 millions. Mais pour l'automobiliste qui paie 2,25 euros le litre, le fait que l'État encaisse davantage au passage est un paradoxe difficile à entendre.
Pâques sous tension : 1 745 stations à sec, les Français adaptent leurs vacances
Au 1er avril, 1 745 stations-service connaissaient des ruptures d'approvisionnement selon France Bleu, soit 16 % du réseau national. Le gazole est le plus touché. La cause est double : la flambée des prix liée à la fermeture d'Ormuz, et l'effet pervers du plafonnement de TotalEnergies à 1,99 euro le litre, qui provoque un afflux massif vers ses stations et épuise les stocks.
Comme le rapporte franceinfo, des Français ont annulé leur déplacement de Pâques ou changé de destination pour éviter les kilomètres. Le coût d'un plein de gazole (50 litres) a augmenté de 26 euros en un mois. Pour un ménage qui fait deux pleins par mois, c'est 52 euros de pouvoir d'achat en moins, soit 624 euros sur l'année au rythme actuel.
Ce que le gouvernement peut faire — et ce qu'il ne fait pas
L'État dispose d'un levier immédiat : baisser temporairement la TICPE, comme il l'avait fait en 2022 avec la remise de 30 centimes. Le coût budgétaire d'une telle mesure serait de l'ordre de 1,5 milliard d'euros pour trois mois — bien supérieur aux 270 millions encaissés. C'est la raison invoquée par Bercy pour ne pas agir sur la TICPE.
La ministre déléguée à l'Énergie Maud Bregeon a répété qu'il n'y avait « aucun risque de rupture d'approvisionnement », renvoyant vers les réserves stratégiques nationales. Mais les réserves stratégiques ne font pas baisser le prix à la pompe. Elles garantissent que la France ne manquera pas de carburant. Ce n'est pas la même promesse.
Le plafonnement de TotalEnergies, prolongé jusqu'au 7 avril, expire dans quatre jours. Après cette date, le gazole pourrait dépasser 2,40 euros en l'absence de mesure de remplacement. Le prochain test sera la réouverture des marchés lundi 6 avril, après un week-end de Pâques pendant lequel les cours du Brent, à 109 dollars, n'ont pas pu être arbitrés.











