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Carburants :
l'État encaisse 270 M€ de plus, les automobilistes trinquent

Les recettes fiscales de l'État français sur les carburants ont augmenté de 270 millions d'euros en mars 2026. Dans le même temps, le gazole a bondi de 52 centimes et 1 745 stations sont en rupture d'approvisionnement. Le paradoxe d'une crise qui enrichit le fisc.

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File d'attente dans une station-service à Karachi illustrant la pénurie mondiale de carburant en avril 2026
La pénurie de carburant touche le monde entier. En France, 1 745 stations étaient en rupture au 1er avril 2026© AFP / Rizwan Tabassum

L'État français a encaissé 270 millions d'euros supplémentaires de recettes fiscales sur les carburants au mois de mars 2026. C'est le résultat mécanique de la flambée des prix à la pompe : quand le litre augmente, la TVA (calculée en pourcentage du prix TTC) augmente proportionnellement. Le gazole a bondi de 52 centimes en un mois, soit plus de 30 %, pulvérisant le précédent record de mars 2022 après l'invasion de l'Ukraine.

Le mécanisme fiscal qui transforme la crise en aubaine pour le Trésor

La taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) est fixe : elle ne bouge pas quand le prix du brut monte. Mais la TVA, elle, est proportionnelle. À 20 % du prix TTC, chaque centime de hausse génère mécaniquement des recettes supplémentaires. Quand le gazole passe de 1,73 euro (février) à 2,25 euros (mars), l'État encaisse environ 8,7 centimes de TVA en plus par litre.

Appliqué aux 2,8 milliards de litres de gazole consommés en France en mars (estimation basse liée aux pénuries), le calcul dépasse les 240 millions d'euros de recettes TVA supplémentaires sur le seul gazole. Ajoutés au SP95 et au SP98, les 270 millions du gouvernement sont cohérents.

Le gouvernement a précisé que ce surplus est « très inférieur au coût de la crise ». C'est comptablement exact : le chèque énergie, les aides aux transporteurs routiers, les compensations aux régions pour les transports en commun et l'aide aux entreprises énergivores coûtent plus que 270 millions. Mais pour l'automobiliste qui paie 2,25 euros le litre, le fait que l'État encaisse davantage au passage est un paradoxe difficile à entendre.

Pâques sous tension : 1 745 stations à sec, les Français adaptent leurs vacances

Au 1er avril, 1 745 stations-service connaissaient des ruptures d'approvisionnement selon France Bleu, soit 16 % du réseau national. Le gazole est le plus touché. La cause est double : la flambée des prix liée à la fermeture d'Ormuz, et l'effet pervers du plafonnement de TotalEnergies à 1,99 euro le litre, qui provoque un afflux massif vers ses stations et épuise les stocks.

Comme le rapporte franceinfo, des Français ont annulé leur déplacement de Pâques ou changé de destination pour éviter les kilomètres. Le coût d'un plein de gazole (50 litres) a augmenté de 26 euros en un mois. Pour un ménage qui fait deux pleins par mois, c'est 52 euros de pouvoir d'achat en moins, soit 624 euros sur l'année au rythme actuel.

Ce que le gouvernement peut faire — et ce qu'il ne fait pas

L'État dispose d'un levier immédiat : baisser temporairement la TICPE, comme il l'avait fait en 2022 avec la remise de 30 centimes. Le coût budgétaire d'une telle mesure serait de l'ordre de 1,5 milliard d'euros pour trois mois — bien supérieur aux 270 millions encaissés. C'est la raison invoquée par Bercy pour ne pas agir sur la TICPE.

La ministre déléguée à l'Énergie Maud Bregeon a répété qu'il n'y avait « aucun risque de rupture d'approvisionnement », renvoyant vers les réserves stratégiques nationales. Mais les réserves stratégiques ne font pas baisser le prix à la pompe. Elles garantissent que la France ne manquera pas de carburant. Ce n'est pas la même promesse.

Le plafonnement de TotalEnergies, prolongé jusqu'au 7 avril, expire dans quatre jours. Après cette date, le gazole pourrait dépasser 2,40 euros en l'absence de mesure de remplacement. Le prochain test sera la réouverture des marchés lundi 6 avril, après un week-end de Pâques pendant lequel les cours du Brent, à 109 dollars, n'ont pas pu être arbitrés.

L'essentiel

  • Les recettes fiscales sur les carburants ont augmenté de 270 millions d'euros en mars 2026
  • Le gazole a bondi de 52 centimes en un mois, dépassant 2,25 euros le litre en moyenne nationale
  • 1 745 stations-service en rupture d'approvisionnement au 1er avril, soit 16 % du réseau
  • Le gouvernement qualifie ce surplus de « très inférieur au coût de la crise »
  • Le SP95-E10 a franchi la barre symbolique des 2 euros le litre

Questions fréquentes

Pourquoi l'État gagne-t-il de l'argent quand le prix du carburant augmente ?
La TVA est calculée en pourcentage du prix TTC (20 %). Quand le prix du litre augmente, la TVA augmente proportionnellement. La TICPE (taxe fixe sur les carburants) ne bouge pas, mais la TVA génère mécaniquement des recettes supplémentaires. En mars 2026, cet effet mécanique a rapporté 270 millions d'euros de plus à l'État.
Le gouvernement va-t-il baisser les taxes sur les carburants comme en 2022 ?
Pour l'instant, non. Bercy estime que le coût d'une remise à la pompe (environ 1,5 milliard d'euros pour 3 mois) dépasse largement le surplus fiscal de 270 millions. Le gouvernement préfère agir via le chèque énergie et les aides ciblées. Le plafonnement de TotalEnergies expire le 7 avril. Après cette date, aucune mesure de remplacement n'a été annoncée.

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