En France, 4,6 % des retraités travaillent. 710 000 personnes sur 15,4 millions. C’est trois fois moins que la moyenne de l’OCDE, et quatre fois moins que les pays baltes ou la Norvège. Mais ce chiffre est en hausse constante — et la raison n’est pas seulement financière.
Ce qui a changé depuis septembre 2023, c’est qu’un retraité qui retravaille peut désormais se constituer une deuxième pension. Avant, les cotisations versées pendant le cumul étaient perdues. Ce n’est plus le cas. Mais la fenêtre se referme : au 1er janvier 2027, les règles changent, et pas en faveur de tout le monde.
Les deux régimes qui coexistent en 2026
Le cumul emploi-retraite fonctionne selon deux logiques distinctes.
Le cumul intégral s’applique si vous remplissez deux conditions : avoir liquidé toutes vos retraites (de base et complémentaires) et avoir atteint l’âge légal de départ à taux plein. Dans ce cas, aucun plafond. Vous travaillez autant que vous le souhaitez, sans que votre pension soit réduite. Et depuis le 1er septembre 2023, chaque cotisation versée ouvre des droits à une deuxième pension, plafonnée à 5 % du plafond annuel de la Sécurité sociale — soit 2 403 euros bruts par an en 2026.
Le cumul plafonné s’applique dans tous les autres cas. Le plafond : 160 % du SMIC brut mensuel, soit 2 916,85 euros bruts par mois depuis le 1er janvier 2026. Si la somme de votre pension et de vos revenus d’activité dépasse ce plafond (ou votre dernier salaire, si celui-ci est plus élevé), le dépassement est déduit de votre pension. Pas de deuxième pension dans ce régime.
Ce qui se durcit au 1er janvier 2027
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a voté un changement de logique complet. À partir du 1er janvier 2027, le système ne dépendra plus de l’âge auquel vous avez liquidé votre retraite, mais de votre âge au moment où vous retravaillez.
| Âge au moment du cumul | Règle 2026 (actuelle) | Règle 2027 (nouvelle) |
|---|---|---|
| Avant l’âge légal | Cumul plafonné (160 % SMIC) | Revenus intégralement déduits de la pension |
| Entre âge légal et 67 ans | Cumul intégral possible si taux plein | Cumul plafonné à ~7 000 € bruts/an + perte du droit à la 2e pension |
| 67 ans et plus | Cumul intégral | Cumul intégral maintenu + 2e pension conservée |
Le changement le plus brutal concerne les 64-67 ans. Aujourd’hui, un retraité de 65 ans à taux plein peut travailler sans plafond et accumuler une deuxième pension. En 2027, le même retraité sera plafonné à environ 7 000 euros bruts par an et ne se constituera plus aucun droit supplémentaire.
UFC-Que Choisir qualifie ce durcissement de « recul majeur pour les seniors actifs ».
La clause de sauvegarde : liquider avant le 1er janvier 2027
Point crucial, et peu médiatisé : les nouvelles règles ne concernent que les pensions prenant effet à partir du 1er janvier 2027. Si vous avez déjà liquidé votre retraite — ou si vous la liquidez d’ici le 31 décembre 2026 — vous restez soumis au régime actuel, sans changement.
Pour les personnes qui hésitent entre partir fin 2026 ou début 2027, la différence peut être considérable. Un retraité de 65 ans liquidant en décembre 2026 conserve le cumul intégral et le droit à la deuxième pension. Le même retraité, liquidant en janvier 2027, perd les deux.
C’est cette fenêtre qui se ferme. Et elle se ferme dans huit mois.
Combien peut-on gagner concrètement ?
Un retraité en cumul intégral qui travaille à mi-temps au SMIC (environ 900 euros nets par mois) touche sa pension complète plus ce salaire. Il cotise en parallèle pour une deuxième pension, plafonnée à 2 403 euros bruts par an. Sur cinq ans de cumul, c’est une rente supplémentaire de près de 200 euros par mois à vie.
En 2020 (dernières statistiques disponibles), les retraités en cumul ont perçu 12,6 milliards d’euros de pensions et 5 milliards de revenus d’activité. Le cumul n’est pas un à-côté : c’est un pilier du système de retraite français, en pleine transformation.
Les retraités concernés ne le savent pas
Le problème n’est pas la réforme en soi. C’est que les premiers concernés — les 60-67 ans qui approchent de la liquidation — n’en ont pour la plupart jamais entendu parler. La mesure est noyée dans une réforme démographique plus large, sans campagne d’information dédiée.
Les caisses de retraite sont censées informer les assurés. Mais l’information arrive souvent trop tard — une fois la décision de liquidation prise, elle est irréversible.
Pour les indépendants, les professions libérales et les fonctionnaires, les règles sont légèrement différentes mais la logique est la même : le durcissement de 2027 s’applique à tous les régimes.
Cet article sera mis à jour au fur et à mesure des précisions réglementaires sur le dispositif 2027.
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Sources : Service-public.fr (cumul emploi-retraite), CFDT-Retraités (guide deuxième retraite), UFC-Que Choisir (analyse durcissement 2027), IFRAP (comparaisons internationales), Cnav (statistiques cumul emploi-retraite 2020), LFSS 2026.










