Aller au contenu principal

Loi succession 2026 :
un héritier ne peut plus bloquer la vente

La loi du 26 mars 2026 met fin au droit de veto d’un héritier unique sur une succession. 91 300 logements sont bloqués en indivision en France. Majorité des deux tiers, présomption de consentement, rôle du notaire : ce qui change.

6 min
Plaque de notaire en laiton sur la facade d un office notarial en France
La loi du 26 mars 2026 transforme le role du notaire dans les successions bloquees© Miguel Medina / AFP
L'Essentiel
  • La loi du 26 mars 2026 met fin au droit de veto d'un héritier unique sur une succession. Entrée en vigueur début 2027
  • 91 300 logements sont bloqués en indivision en France, dont 37 % depuis plus de dix ans
  • La majorité des deux tiers des parts suffit désormais pour engager une vente ou un partage
  • Un héritier qui ne répond pas dans les trois mois après mise en demeure est présumé consentant
  • Le notaire peut saisir directement le juge pour débloquer une situation — il n'est plus simple constatateur

En France, 91 300 logements sont bloqués en indivision successorale. Plus d'un tiers le sont depuis plus de dix ans. Derrière chaque dossier : des familles figées, des biens qui se dégradent, des ventes impossibles parce qu'un seul héritier refuse de signer — ou ne répond pas.

La loi du 26 mars 2026 change cette mécanique. Adoptée par le Parlement et promulguée en mars, elle entrera en vigueur début 2027. Son principe : un héritier seul ne peut plus paralyser une succession entière.

Héritage bloqué : ce que la loi du 26 mars 2026 change

Le texte modifie trois règles fondamentales du droit de l'indivision successorale.

1. La majorité des deux tiers remplace l'unanimité. Jusqu'à présent, toute décision importante sur un bien en indivision — vente, partage, travaux majeurs — nécessitait l'accord de tous les indivisaires. Un seul refus suffisait à tout bloquer. La loi instaure la majorité des deux tiers des parts : les héritiers qui représentent au moins les deux tiers de l'indivision peuvent engager une vente ou un partage, même si un ou plusieurs cohéritiers s'y opposent.

2. Le silence vaut consentement. C'est le changement le plus radical. Après une mise en demeure restée sans réponse pendant trois mois, l'héritier silencieux est présumé avoir accepté l'opération. La loi inverse la logique : ce n'est plus à ceux qui veulent avancer de convaincre celui qui bloque — c'est à celui qui refuse de se manifester activement.

3. Le notaire devient initiateur. Quand le blocage persiste malgré la mise en demeure, le notaire peut demander une autorisation judiciaire simplifiée pour procéder à la vente ou au partage. Jusqu'ici, le notaire ne pouvait que constater le blocage. La loi lui donne un levier pour le résoudre.

91 300 logements : l'ampleur du problème

Le chiffre vient des données gouvernementales associées à la loi. 91 300 logements sont en indivision successorale bloquée en France. 37 % le sont depuis plus de dix ans. Certains dossiers traînent depuis vingt ou trente ans.

Le blocage a des conséquences concrètes. Un bien en indivision non résolu se dégrade : pas de travaux, pas d'entretien, pas de décision. Les charges courent — taxe foncière, assurance, copropriété — mais aucun héritier ne veut payer pour un bien qu'il ne peut ni vendre ni habiter. Dans les zones tendues, ces logements vides aggravent la crise du logement.

Le profil type : une maison familiale héritée par trois ou quatre enfants. L'un veut vendre, l'autre veut garder, le troisième ne répond pas. La situation se fige. Les années passent. Le bien perd de la valeur. Les relations familiales se détériorent.

Avant / après : ce qui change concrètement

SituationAvant la loiAprès la loi (2027)
Un héritier refuse la venteBlocage total. Aucune vente possible.Majorité des 2/3 suffit. La vente peut se faire sans son accord.
Un héritier ne répond pasBlocage. Son silence = pas de consentement.Présomption de consentement après 3 mois sans réponse à la mise en demeure.
Tous bloqués depuis des annéesLe notaire constate l'impasse. Rien ne bouge.Le notaire saisit le juge via une autorisation judiciaire simplifiée.
Travaux urgents sur le bienUnanimité requise pour les décisions importantes.Majorité des 2/3 pour les actes de gestion et de disposition.

Ce que la loi ne change pas

La loi ne supprime pas les droits des héritiers minoritaires. Un cohéritier qui représente moins d'un tiers des parts conserve le droit de s'opposer en justice — mais il doit le faire activement, dans les délais. La présomption de consentement ne s'applique que s'il ne se manifeste pas du tout.

La loi ne modifie pas la fiscalité des successions. Les droits de succession, les abattements, les exonérations restent inchangés. Ce texte porte exclusivement sur la mécanique de l'indivision — pas sur la fiscalité.

La loi ne s'applique pas immédiatement. L'entrée en vigueur est prévue début 2027. Les successions actuellement bloquées pourront bénéficier du nouveau cadre à cette date.

Loi succession 2026 : ce qu'il faut faire maintenant

Si vous êtes dans une situation d'héritage bloqué, trois étapes se dessinent.

Avant 2027 : prendre contact avec le notaire en charge de la succession. Lui demander d'identifier les héritiers récalcitrants ou injoignables. Préparer le dossier pour que la mise en demeure puisse être envoyée dès l'entrée en vigueur de la loi.

Dès 2027 : le notaire envoie une mise en demeure à l'héritier bloquant. Si celui-ci ne répond pas dans les trois mois, la présomption de consentement s'active. Si la majorité des deux tiers est atteinte, la vente ou le partage peut être engagé.

En cas de refus actif : l'héritier qui s'oppose formellement peut contester devant le juge. Mais c'est désormais à lui de justifier son opposition — pas aux autres de justifier leur volonté de vendre.

Pour les successions qui incluent une dévolution légale sans testament, la loi s'appliquera de la même manière : la majorité des deux tiers des parts indivises prime, quel que soit le mode de transmission.

FAQ

La loi s'applique-t-elle aux successions déjà bloquées ?
Oui. Dès l'entrée en vigueur début 2027, les successions en cours pourront bénéficier du nouveau cadre. Les héritiers majoritaires pourront engager la procédure de mise en demeure immédiatement.

Un héritier minoritaire perd-il tous ses droits ?
Non. Il conserve le droit de s'opposer en justice, mais il doit le faire activement et dans les délais. Son silence pendant trois mois après mise en demeure vaut consentement.

Le notaire peut-il forcer la vente ?
Le notaire ne force pas la vente lui-même. Il saisit le juge via une procédure simplifiée. C'est le juge qui autorise la vente ou le partage si les conditions légales sont remplies.

Cette loi concerne-t-elle aussi les biens autres qu'immobiliers ?
Oui. La loi s'applique à l'ensemble de l'indivision successorale : biens immobiliers, comptes bancaires, portefeuilles d'investissement, véhicules — tout bien en indivision.

À lire aussi

Restez informé
Recevez chaque semaine l'essentiel de l'actualité décrypté par nos journalistes. Gratuit, sans publicité.
S'inscrire à la newsletter
Sources : Assemblée nationale — Texte adopté · BoursInside — Fin du droit de veto · LCP — Ce que la nouvelle loi va changer · Boursorama — Fini le droit de blocage · Maxey — Loi indivision successorale 2026 · WeLoge — Comment la réforme va libérer les successions

L'essentiel

  • La loi du 26 mars 2026 met fin au droit de veto d’un héritier unique. Entrée en vigueur début 2027
  • 91 300 logements bloqués en indivision en France, dont 37 % depuis plus de dix ans
  • La majorité des deux tiers des parts suffit pour engager une vente ou un partage
  • Un héritier silencieux pendant trois mois après mise en demeure est présumé consentant
  • Le notaire peut saisir directement le juge via une procédure simplifiée

Questions fréquentes

La loi s’applique-t-elle aux successions déjà bloquées ?
Oui. Dès l’entrée en vigueur début 2027, les successions en cours pourront bénéficier du nouveau cadre.
Un héritier minoritaire perd-il tous ses droits ?
Non. Il conserve le droit de s’opposer en justice, mais il doit le faire activement et dans les délais.
Le notaire peut-il forcer la vente ?
Le notaire saisit le juge via une procédure simplifiée. C’est le juge qui autorise la vente ou le partage.
Cette loi concerne-t-elle aussi les biens autres qu’immobiliers ?
Oui. La loi s’applique à l’ensemble de l’indivision successorale : biens immobiliers, comptes bancaires, portefeuilles, véhicules.

Claire Moreau

Partagez cet article

Plus d'actualités Économie

Voir tout

Newsletter Regards Actuels

L'essentiel, en profondeur. Chaque vendredi.

Gratuit · Désabonnement en un clic