- ACI Europe (10 avril) : « pénurie systémique » si Ormuz ne rouvre pas dans trois semaines
- IATA (8 avril) : retour à la normale = « plusieurs mois », même si le détroit rouvre
- United Airlines : surcoût estimé à 11 milliards de dollars. Delta : perte de 289 M$ au T1
- Ryanair : zéro annulation, hedgé à 80 %. Air France-KLM : réductions possibles si kérosène > 1 400 $/t
- Commission européenne (14 avril) : « difficultés dans un avenir proche »
Le 10 avril, Olivier Jankovec, directeur général d’ACI Europe (l’association des aéroports du continent), a adressé une lettre à la Commission européenne. Son message tient en une phrase : « Une pénurie systémique de kérosène deviendra une réalité dans l’UE si le passage par le détroit d’Ormuz ne reprend pas de manière stable et significative dans les trois prochaines semaines. » Trois semaines. C’est fin avril. Le cessez-le-feu expire le 22.
Pourquoi le kérosène manque
Le détroit d’Ormuz est quasi fermé au trafic pétrolier depuis le 4 mars 2026. L’Iran l’a bloqué dès le début de la guerre au Moyen-Orient. Depuis le 14 avril, les États-Unis imposent un blocus naval des ports iraniens par-dessus celui de Téhéran.
Le pétrole brut qui transite habituellement par Ormuz représente environ 20 % de la production mondiale. Une part significative est raffinée en kérosène, le carburant aéronautique. L’Europe importait une partie substancielle de son kérosène depuis le Moyen-Orient — et les raffineries européennes dépendent du brut qui arrivait par ce détroit.
Le problème n’est pas qu’il n’y a plus de kérosène. C’est que les stocks s’épuisent. L’IATA, l’association internationale du transport aérien, a prévenu le 8 avril que le retour à la normale prendrait « plusieurs mois », « même en cas de réouverture durable du détroit d’Ormuz ». L’infrastructure logistique — tankers, raffineries, stockage — ne se remet pas en route en quelques jours.
Le 14 avril, la Commission européenne s’est inquiétée à son tour de « possibles difficultés d’approvisionnement de l’Europe en kérosène dans un avenir proche ».

Le double choc du transport aérien
L’AFP a qualifié la situation de « double choc » le 8 avril : flambée du coût du kérosène d’un côté, incertitudes géopolitiques qui dissuadent les passagers de l’autre. Les compagnies qui avaient retrouvé le chemin des profits après le Covid sont prises en tenaille.
La Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers (FNAM) a été directe dans La Tribune le 7 avril. Son président parle d’un « choc pétrolier » qui provoque des hausses de prix « inévitables » et des annulations de vols.
Les chiffres confirment. Delta Air Lines a affiché une perte nette de 289 millions de dollars au premier trimestre, « plombée par la flambée des coûts du kérosène ». United Airlines a prévenu que si les prix restaient au niveau actuel, le surcoût atteindrait 11 milliards de dollars sur l’année 2026. La compagnie a réduit ses capacités estivales de 5 %.
Air New Zealand a supprimé 1 100 vols sur deux mois, en grande partie des lignes intérieures. En Scandinavie, SAS a annulé environ 1 000 vols en avril. Au Brésil, l’association des compagnies aériennes (ABEAR) a averti de « conséquences graves » pour le secteur. L’Indonésie a autorisé jusqu’à 13 % de hausse tarifaire sur les vols intérieurs. Le Bangladesh a augmenté le prix du kérosène de 79 %.
Air France a appliqué deux hausses de prix en deux mois : 50 euros sur un aller-retour en mars, puis 50 euros supplémentaires sur les classes économique et premium long-courrier.
Qui est protégé, qui ne l’est pas
Toutes les compagnies ne sont pas exposées de la même façon. La clé : le hedging, la couverture financière sur le prix du carburant. Les compagnies qui ont verrouillé leurs prix à l’avance absorbent le choc. Celles qui ne l’ont pas fait le subissent en plein.
| Compagnie | Couverture carburant | Impact estimé |
|---|---|---|
| Ryanair | Hedgé à 80 % à ~67 $/baril | Zéro vol annulé à ce jour |
| easyJet | 84 % au S1, 62 % au S2 | Pas d’annulations prévues cet été |
| Air France-KLM | Non communiqué en détail | Réductions possibles si > 1 400 $/t |
| Lufthansa | Non communiqué en détail | Réductions possibles sur lignes secondaires |
| United Airlines | Faible | -5 % capacités été. Surcoût : 11 Mds $ |
| Delta | Faible | Perte 289 M$ au T1 |
| Air New Zealand | Faible | 1 100 vols supprimés |
| SAS | Faible | ~1 000 vols annulés en avril |
Sources : communications financières des compagnies, AFP, rapports analystes (UBS)
La leçon est simple. Les compagnies low-cost européennes (Ryanair, easyJet) avaient anticipé le risque énergétique en verrouillant leurs prix de carburant. Les grandes compagnies américaines, moins couvertes, paient le prix fort. Les compagnies européennes traditionnelles (Air France-KLM, Lufthansa) se situent entre les deux — avec un risque de réduction de fréquences si la crise dure.
Le calendrier qui inquiète
Le pic de trafic aérien en Europe commence traditionnellement mi-mai. C’est dans un mois. Les stocks de kérosène couvrent un peu plus d’un mois de consommation au rythme actuel, selon l’IATA. Si la demande estivale s’ajoute sans que l’approvisionnement reprenne, le calcul est rapide.
Plusieurs échéances se télescopent :
- 22 avril : expiration du cessez-le-feu Iran/États-Unis. Aucune extension n’a été acceptée.
- Fin avril : échéance de trois semaines fixée par ACI Europe pour la « pénurie systémique ».
- Mi-mai : début du pic de trafic estival.
- Été 2026 : même en cas de réouverture d’Ormuz, « plusieurs mois » pour un retour à la normale (IATA).
L’Italie rationne déjà le kérosène dans ses aéroports. L’ACI Europe a demandé à la Commission un « suivi urgent de la disponibilité et de l’approvisionnement en carburant d’aviation au cours des six prochains mois ».
Ce que le passager peut faire
La première chose à vérifier : la politique de couverture carburant de votre compagnie. Une compagnie hedgée à 80 % ne réagit pas comme une compagnie exposée à 100 % du prix du marché. Le tableau ci-dessus donne les positions connues.
Ensuite, les droits. Si votre vol est annulé, le règlement européen CE 261/2004 s’applique — mais avec une nuance : la pénurie de kérosène pourrait être qualifiée de « circonstance extraordinaire », ce qui limiterait l’indemnisation. Nous avons détaillé le cadre juridique dans un article dédié aux droits des passagers.
Quelques réflexes pratiques :
- Réserver tôt — les compagnies ajustent leurs programmes à l’avance, les vols maintenus seront les premiers remplis
- Privilégier les compagnies bien couvertes (Ryanair, easyJet) si vous cherchez de la sécurité sur le maintien du vol
- Vérifier les conditions d’annulation et de remboursement avant d’acheter
- Souscrire une assurance annulation si votre billet n’est pas flexible
- Envisager le train pour les destinations européennes accessibles — la flambée du kérosène n’affecte pas le rail
Ce qui se joue
Le transport aérien ne fonctionne pas en temps réel. Les programmes de vols estivaux se décident maintenant. Les compagnies qui n’ont pas de visibilité sur le prix du carburant en juin coupent des lignes en avril. Chaque semaine de fermeture d’Ormuz se traduit, avec un décalage de quelques semaines, par des vols en moins dans les aéroports européens.
La conférence Ormuz du 17 avril à Paris, copilotée par Macron et Starmer avec plus de 40 pays, vise précisément à rétablir la liberté de navigation. Mais même en cas de succès, le directeur général de l’IATA a prévenu : le temps de remplir les cuves, de relancer les tankers, de recalibrer les raffineries, « plusieurs mois » s’écouleront avant que le secteur retrouve un fonctionnement normal.
D’ici là, les billets coûtent plus cher. Les programmes été se réduisent. Et les tableaux d’affichage des aéroports risquent d’afficher un mot que les voyageurs de 2020 connaissent bien.
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Sources : AFP (dépêches 7, 8, 10, 14 avril 2026), ACI Europe — lettre à la Commission du 9 avril, IATA — déclaration du 8 avril, communications financières Delta Air Lines et United Airlines.











