Dans cinq jours, le moratoire sur les frappes américaines contre les infrastructures énergétiques iraniennes prendra fin. Donald Trump a fixé au 6 avril, 20 heures heure de l'Est — soit le 7 avril à 2 heures du matin à Paris —, la date limite pour que l'Iran rouvre le détroit d'Ormuz. En cas de refus, le Pentagone prévoit de frapper le réseau électrique iranien, ses puits de pétrole et l'île de Kharg, principal terminal d'exportation du pays.
Mais ce mardi 1er avril, le président américain a brouillé les cartes en déclarant s'attendre à ce que les forces américaines quittent l'Iran « dans deux à trois semaines ». Le Brent a reculé de 4,8 % dans la foulée. Entre menace de destruction totale et signaux de désescalade, la semaine qui s'ouvre sera déterminante pour le prix des carburants en France et l'économie mondiale.
Un mois de crise, zéro accord
Depuis le 28 février et l'opération « Epic Fury » — frappes conjointes américano-israéliennes qui ont tué le Guide suprême Ali Khamenei —, le détroit d'Ormuz est de facto fermé à la majeure partie du trafic commercial. Quelque 20 % de l'approvisionnement mondial en pétrole transite habituellement par ce goulet de 33 kilomètres de large. L'Agence internationale de l'énergie qualifie la crise de « plus grande perturbation de l'approvisionnement de l'histoire du marché pétrolier mondial ».
Le nouveau Guide suprême, Mojtaba Khamenei — fils d'Ali Khamenei, élu le 9 mars par l'Assemblée des experts —, a rejeté le plan américain en 15 points transmis par l'émissaire Steve Witkoff via le Pakistan. L'Iran a posé cinq contre-conditions, dont la reconnaissance de sa souveraineté sur Ormuz et le paiement de réparations de guerre. Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a été catégorique le 31 mars : « Aucune négociation n'a eu lieu avec l'ennemi, et nous n'en prévoyons aucune. »
Parallèlement, un plan de paix conjoint Chine-Pakistan en cinq points a été proposé le 31 mars, demandant un cessez-le-feu immédiat et la protection des voies navigables critiques. Et la Maison Blanche a fait savoir que la réouverture du détroit n'était plus une condition « vitale » pour mettre fin à la guerre — un changement de ton notable.
Scénario 1 — La désescalade négociée
C'est le scénario que les marchés ont commencé à intégrer le 1er avril. Les signaux se multiplient : déclaration de Trump sur un retrait en « deux à trois semaines », médiation active du Pakistan (consultations Turquie-Arabie saoudite-Égypte le 29 mars), initiative Chine-Pakistan, et surtout le glissement de la Maison Blanche sur la condition Ormuz.
Dans ce scénario, un cessez-le-feu intervient avant ou peu après le 6 avril. L'Iran maintient un passage sélectif dans le détroit — déjà accordé à la Chine, la Russie, l'Inde, le Japon et le Pakistan — qui s'élargit progressivement. Trump déclare victoire. Le Brent revient vers 80-90 dollars en quelques semaines. Pour la France, les prix à la pompe resteraient élevés plusieurs mois — le temps que les stocks se reconstituent et que les primes d'assurance maritime redescendent —, mais la tendance s'inverserait.
Scénario 2 — Le blocus sélectif prolongé
L'Iran maintient la fermeture du détroit pour les navires allant vers ou venant de ports américains, israéliens et alliés — la doctrine annoncée par les Gardiens de la révolution le 27 mars. Pas de résolution diplomatique, mais pas d'escalade non plus. Le passage reste ouvert pour les alliés de Téhéran.
Le Brent se stabilise entre 110 et 130 dollars. La France, importatrice nette de diesel et dépendante à 30 % du pétrole pour son mix énergétique, subit une inflation durable. La Banque de France a déjà abaissé sa prévision de croissance à 0,9 % pour 2026. Si le blocus dure au-delà d'avril, la Banque centrale européenne met en garde contre un risque de stagflation — inflation persistante combinée à une stagnation économique.
Scénario 3 — L'escalade totale
Trump met sa menace à exécution : frappes sur le réseau électrique iranien, les puits de pétrole, l'île de Kharg, voire les usines de dessalement — menace ajoutée le 30 mars. L'Iran riposte par une fermeture totale du détroit et des attaques contre les infrastructures pétrolières du Golfe.
Goldman Sachs estime que le Brent dépasserait alors 150 à 200 dollars le baril, approchant le record historique de 2008. La probabilité d'une récession mondiale bondirait au-delà de 60 %. Pour la France, le gazole franchirait les 3 euros le litre — un niveau jamais atteint — et la question du rationnement se poserait. Ce scénario reste le moins probable au vu des signaux du 1er avril, mais il suffit d'un incident dans le détroit pour que la spirale s'enclenche. Depuis le 28 février, 27 attaques contre des navires marchands ont été recensées, faisant douze morts.
Ce qui se joue dans les cinq prochains jours
Le paradoxe de cette crise tient en une phrase : les deux parties ont intérêt à en sortir, mais aucune ne peut le faire sans sauver la face. Le mouvement viendra probablement d'un intermédiaire — le Pakistan, la Chine, ou les deux — plutôt que d'un accord direct Washington-Téhéran. La France, signataire de la déclaration conjointe des 22 pays pour la réouverture du détroit, observe sans levier militaire propre sur le terrain.
Le 6 avril au soir, on saura lequel de ces trois scénarios se dessine. Le prix du baril — et celui de votre plein — en dépend.











