Ils ont douze ans. Certains en ont onze. Ils portent un brassard des Gardiens de la Révolution et un fusil d’assaut plus grand qu’eux. Depuis le 26 mars 2026, la République islamique d’Iran recrute officiellement des enfants pour ce qu’elle appelle la « défense de la patrie ». Le droit international a un autre nom pour cela : un crime de guerre.
Les faits : un recrutement officiel, public, revendiqué
Le 26 mars, Rahim Nadali, adjoint du commandement des Gardiens de la Révolution pour le Grand Téhéran, a annoncé à la télévision d’État le lancement d’un « plan visant à recruter des citoyens âgés de 12 ans et plus pour devenir combattants volontaires ». Les inscriptions se font dans les bases Bassidj installées dans les mosquées de Téhéran.
Ce n’est pas une fuite. Ce n’est pas un dérapage local. C’est une campagne nationale, diffusée sur les ondes officielles, validée par la chaîne de commandement.
Des témoignages oculaires et des preuves audiovisuelles vérifiées par Human Rights Watch montrent que des enfants armés de fusils de type AK-47 ont été déployés aux postes de contrôle et dans les patrouilles des Gardiens de la Révolution.
Alireza Jafari, 11 ans, mort « en service »
Le 29 mars, Alireza Jafari, 11 ans, a été tué alors qu’il accompagnait son père à un checkpoint de Téhéran. Les autorités iraniennes ont confirmé que l’enfant avait été tué « alors qu’il servait » au checkpoint, lors d’une attaque de drone israélien.
« Alors qu’il servait. » Pas « alors qu’il passait ». Le régime assume.
Alireza n’est probablement pas un cas isolé. Mais c’est le premier dont la mort a été documentée publiquement. Avant lui, des adolescents de 16 et 17 ans participaient déjà aux brigades de rue des Bassidj depuis le début du conflit le 28 février. L’abaissement à 12 ans — et de facto encore en dessous — est une escalade délibérée.
Le cadre juridique : quand la loi iranienne autorise le crime de guerre
L’article 93 de la loi iranienne autorise explicitement les enfants de moins de 15 ans à devenir des Bassidj « ordinaires ». Il n’y a pas d’âge minimum légal. Le pays n’a jamais ratifié le Protocole facultatif de la Convention des droits de l’enfant concernant l’implication des enfants dans les conflits armés.
En droit international, la ligne est claire. Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (article 8) qualifie de crime de guerre « le fait de procéder à la conscription ou à l’enrôlement d’enfants de moins de 15 ans […] ou de les faire participer activement à des hostilités ».
Amnesty International, dans un communiqué du 2 avril 2026, a qualifié ces recrutements de « crime de guerre » et demandé une enquête de la CPI. Human Rights Watch avait documenté les faits dès le 30 mars.
L’écho de la guerre Iran-Irak : les « clés du paradis »
Ce n’est pas la première fois. Pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), le régime de Khomeini avait envoyé des milliers d’enfants Bassidj déminer les champs de bataille à pied. On leur distribuait des clés en plastique censées ouvrir les portes du paradis. Des dizaines de milliers d’entre eux sont morts.
Quarante ans plus tard, le mécanisme est identique : une théologie du martyre, une structure paramilitaire qui court-circuite l’armée régulière, et un État qui légalise ce que le monde condamne.
La différence, c’est qu’en 2026, on le voit en direct. Les vidéos circulent. Les ONG documentent. Les noms sont connus. La communauté internationale dispose de tous les éléments pour agir. La question est de savoir si elle le fera.
Le silence des belligérants
Washington, qui bombarde l’Iran depuis le 28 février, n’a pas commenté spécifiquement le recrutement d’enfants. Israël, dont un drone a tué Alireza Jafari, non plus. Dans la logique d’un conflit que Trump évalue à « deux à trois semaines » supplémentaires, les enfants soldats sont un détail.
Sauf que le droit international ne connaît pas de « détails » quand il s’agit de mineurs armés. Thomas Lubanga, chef de milice congolais, a été condamné à 14 ans de prison par la CPI en 2012 pour le même chef d’accusation. Dominic Ongwen, commandant de la Lord’s Resistance Army ougandaise, a écopé de 25 ans en 2021.
Les précédents existent. Les outils juridiques aussi. Ce qui manque, c’est la volonté politique.
Ce que change cette escalade
Le recrutement d’enfants soldats n’est pas un acte de désespoir. C’est un signal : le régime iranien prépare une guerre longue. En élargissant la base de recrutement, il envoie un message à la fois interne (mobilisation totale) et externe (nous ne céderons pas).
C’est aussi un signal pour les négociations. L’Iran a rejeté le plan américain en 15 points comme « excessif et déraisonnable ». Le recrutement d’enfants est une manière de dire : nous n’avons pas peur de la durée. Le coût est que ce sont des enfants qui paient.
Le conflit qui ne montre aucun signe d’apaisement entre dans une phase où les limites morales reculent. Le dossier global de la guerre en Iran doit désormais intégrer cette dimension.
Dans les décombres d’un checkpoint de Téhéran, un enfant de onze ans est mort « en service ». Le monde a vu. Le monde sait. C’est maintenant que se décide ce que « savoir » signifie.











