Depuis le 9 septembre, un habitant de Mexico, de Bogota ou de Caracas peut demander à écrire des « notes de la communauté » sous les publications trompeuses qu'il croise sur Facebook, Instagram et Threads. Personne ne les lira. Meta a précisé qu'aucune note ne serait visible du public pendant l'essai, et que la vérification menée dans ces pays par des rédactions professionnelles se poursuivrait sans changement. L'entreprise n'annonce donc pas un remplacement : elle en fait la répétition.
Ce que Meta ouvre, et ce qu'il n'ouvre pas encore
Le test couvre seize pays hispanophones : l'Argentine, la Bolivie, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, l'Équateur, le Salvador, le Guatemala, le Honduras, le Mexique, le Nicaragua, le Panama, le Paraguay, le Pérou, l'Uruguay et le Venezuela. Le Brésil, qui parle portugais et reste le premier marché de la région pour les applications du groupe, en est écarté.
Pour contribuer, il faut avoir dix-huit ans, un compte Facebook, Instagram ou Threads ouvert depuis au moins six mois et sans infraction à ses règles, ainsi qu'un numéro de téléphone vérifié ou une double authentification : ce sont les conditions que Meta publie sur son propre site. Une note n'apparaît que si un nombre suffisant de contributeurs la jugent utile.
Sur la suite, l'entreprise ne donne aucune date. Elle dit espérer que ces notes deviennent la manière normale d'ajouter du contexte à une publication trompeuse, ce qui rendrait son programme de vérification inutile, et qu'un déploiement complet viendra lorsqu'elle sera certaine que l'outil fonctionne.
Le mécanisme n'est pas de son invention. Twitter l'a créé en 2021 ; il s'est généralisé sur le réseau devenu X. Meta l'a repris en janvier 2025 en mettant fin à son programme de vérification aux États-Unis, quelques jours avant l'investiture de Donald Trump. Partout ailleurs, le programme a survécu : les rédactions européennes ont appris le 23 décembre 2025 que leurs contrats étaient reconduits pour une année de plus, selon la lettre spécialisée Media Finance Monitor, dont le détail des termes n'est pas public.
Son propre conseil l'avait mis en garde contre ces pays-là
Le 26 mars, le conseil de surveillance créé par Meta pour examiner ses décisions de modération a rendu un avis consultatif entièrement consacré à cette extension. Il y écrit qu'étendre les notes hors des États-Unis « pourrait aussi présenter des risques considérables pour les droits humains et contribuer à des dommages concrets que Meta a la responsabilité d'éviter ou de réparer ».
L'avis ne se contente pas d'un avertissement général : il énumère sept situations qui doivent guider le choix des pays. Écarter d'emblée ceux dont les droits humains sont malmenés et la société civile faible, tant que Meta n'a pas démontré une protection solide de l'identité des contributeurs. Ne pas lancer le dispositif avant ou pendant une élection majeure. Omettre les pays où des réseaux coordonnés de désinformation sont documentés. Ne pas l'introduire là où sévit une crise ou un conflit prolongé. Attendre là où la complexité des langues ne peut pas être prise en charge. Se montrer prudent là où les divisions sociales sont profondes. Renoncer là où l'accès à internet reste irrégulier.
Quatre des seize pays retenus tombent sous ces critères, et le réseau international de vérification les a nommés le jour même de l'annonce. « Le Nicaragua, par exemple, a aboli les élections et pratique activement la détention arbitraire de dissidents politiques », écrit-il. « Des réseaux de désinformation ont été bien documentés au Salvador et en Équateur. Et le Venezuela est dans un état d'instabilité prolongé. » Le même réseau rappelle que l'avis du conseil date de moins de six mois.
Meta n'a pas expliqué publiquement comment sa liste se concilie avec l'avis de son conseil, et les sources consultées ne l'établissent pas. Cet avis, il faut le préciser, est consultatif : il n'oblige pas.
Le conseil a réagi le 10 septembre. Il juge conforme à sa recommandation que Meta teste d'abord avec prudence et mesure les résultats avant d'étendre le dispositif. Mais il écrit que les facteurs de risque qu'il avait décrits existent certainement dans certains des pays retenus, dit n'avoir toujours pas reçu le premier rapport qu'il demandait sur les critères de Meta, et presse l'entreprise de ne pas considérer les notes comme un remplacement direct de la vérification des faits. Le lendemain, LatamChequea, qui regroupe quarante-sept organisations de vérification d'Amérique latine, a demandé à Meta que les notes complètent la vérification sans la remplacer.
Là où les notes se comptent, elles arrivent rarement et tard
Sur ce que valent les notes, il existe des mesures. Elles viennent d'un seul endroit : parmi les plateformes qui les ont adoptées, seule X publie des données complètes sur son dispositif. Le conseil de surveillance retient qu'environ 6 % seulement des notes proposées finissent publiées, et que les délais de publication les rendent « trop lentes pour réduire vraiment les interactions avec la désinformation au stade précoce, et le plus viral, de sa diffusion ».
Le réseau européen des vérificateurs, qui a travaillé sur les mêmes données, aboutit au même ordre de grandeur dans un rapport publié le 3 mars : moins d'une note proposée sur dix devient visible, et quand elle le devient, c'est trop tard pour peser. Il ajoute deux constats. Les contributeurs se lassent, parce que leurs notes n'apparaissent presque jamais. Et les notes sont encore moins susceptibles d'apparaître sur les sujets qui divisent, c'est-à-dire là où elles seraient le plus utiles : lors des élections européennes de 2024, moins de 15 % de la désinformation repérée sur X par ses vérificateurs portait une note visible.
Le même rapport donne la mesure de l'écart entre les deux systèmes. Meta y indique que 900 notes sont devenues visibles pendant les six premiers mois de son dispositif américain. Sur une période comparable, relève le réseau, l'entreprise a posé une étiquette de vérification sur environ 35 millions de publications Facebook dans la seule Union européenne.
Un détail mérite d'être relevé, parce qu'il inverse une idée reçue. Quand une note fonctionne sur X, c'est souvent grâce au travail des vérificateurs professionnels : leurs articles sont la troisième référence la plus utilisée dans les notes proposées, présents dans une note sur vingt-sept, et une note qui cite un vérificateur européen a deux fois plus de chances d'être jugée utile par les autres contributeurs.
L'Europe garde un dispositif que Meta dit continuer d'évaluer
En Europe, le programme tient toujours, et il est massif. Il couvre tous les pays de l'Union sauf Malte, avec des organisations certifiées par l'un des deux réseaux professionnels, et il donne des résultats mesurés : entre 53 et 66 % des tentatives de partage d'un contenu étiqueté sont abandonnées en cours de route, contre 46 % sur Facebook et 43 % sur Instagram un an plus tôt. Le réseau européen des vérificateurs, qui regroupe les rédactions partenaires du programme, le décrit comme une bonne pratique du secteur.
Il en pointe aussi les manques. Les responsables politiques ne peuvent pas être vérifiés dans ce cadre. Le nombre de contenus étiquetés sur Instagram a chuté de plus de moitié d'un rapport à l'autre, sans que Meta l'explique.
Surtout, dans son dernier rapport de transparence, l'entreprise renvoie encore à son annonce du 7 janvier 2025 et écrit qu'elle « continuera d'évaluer l'applicabilité de ce chapitre à Facebook et Instagram ». Autrement dit, l'engagement européen sur la vérification n'est pas acquis : il est en cours d'examen par celui qui l'a pris.
Ce qui décidera de la suite
Cet engagement n'est pas un contrat commercial ordinaire. Le code de bonnes pratiques contre la désinformation est devenu, le 13 février 2025, un code de conduite rattaché au règlement européen sur les services numériques. Y adhérer reste volontaire, rappelle la Commission européenne sur sa page officielle, mais le respect des engagements pris « peut contribuer à garantir que des mesures appropriées d'atténuation des risques sont en place ». Et les très grandes plateformes sont soumises à un audit annuel obligatoire qui vérifie précisément si elles tiennent ces engagements.
C'est le seul point d'appui réel. Le réseau européen des vérificateurs l'écrit sans détour : l'engagement de Meta sur le chapitre vérification est « une condition indispensable, sans laquelle sa participation au code ne devrait pas être considérée comme une mesure d'atténuation des risques appropriée » au titre du règlement.
La reconduction annoncée aux rédactions européennes en décembre portait sur une année. Le prochain rapport de transparence et l'audit annuel diront si le chapitre auquel Meta dit réfléchir est toujours le sien.
Ce qui est établi, contesté ou inconnu
Établi — L'ouverture des inscriptions dans seize pays, l'absence de notes visibles pendant l'essai, la poursuite de la vérification professionnelle et l'exclusion du Brésil, rapportés par l'Agence France-Presse. Les sept critères et les mises en garde du conseil de surveillance, lus dans son avis du 26 mars, et sa réaction du 10 septembre, lue sur son site. Les mesures d'efficacité et les chiffres européens, lus dans le rapport du réseau européen des vérificateurs du 3 mars. Le statut juridique du code de conduite et l'audit annuel, lus sur la page de la Commission européenne.
Contesté — L'utilité du dispositif. Meta dit espérer qu'il rende la vérification professionnelle inutile ; son propre conseil de surveillance écrit que les deux « ne devraient pas être vus comme des outils qui s'excluent » et devraient fonctionner ensemble, ce qu'il a redit le 10 septembre.
Inconnu à cette date — Le calendrier d'un déploiement complet, que Meta ne donne pas. Ce que deviendra le programme européen une fois la reconduction annuelle épuisée. Et la raison pour laquelle quatre pays visés par les mises en garde du conseil figurent dans le test : l'entreprise ne s'en est pas expliquée publiquement.
Ce que nous devons dire au lecteur
L'Agence France-Presse, dont les dépêches ont servi de point de départ à cet article, est l'une des plus de quatre-vingts rédactions rémunérées par Meta dans le cadre du programme de vérification dont il est question ici, et elle est membre du réseau européen des vérificateurs dont nous citons le rapport. Elle le dit elle-même dans sa dépêche. Elle est donc à la fois source et partie. Nous avons pour cette raison ouvert les documents d'origine — l'avis du conseil de surveillance, le rapport européen, la déclaration du réseau international, la page de la Commission — plutôt que de nous en tenir aux reprises.











