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Hélium :
la guerre en Iran menace vos IRM et vos puces électroniques

Un tiers de la production mondiale d'hélium provenait du Qatar. Depuis le 2 mars, les frappes sur Ras Laffan ont tout arrêté. Les hôpitaux français dépendent de ce gaz pour leurs IRM. Il faudra cinq ans pour reconstruire.

Mis à jour le vendredi 3 avril 2026 — 20h24
4 min
Appareil IRM Philips dans un hopital avec une technicienne aux commandes
Les 1 200 appareils IRM francais dependent de l helium liquide pour refroidir leurs aimants a -269 degres© Hendrik SCHMIDT / DPA via AFP

Il ne brûle pas. Il ne se voit pas. Il ne se stocke presque pas.

Et pourtant, sans lui, votre hôpital ne peut plus faire d'IRM, votre smartphone ne peut plus être fabriqué, et les serveurs qui font tourner ChatGPT s'arrêtent. L'hélium — le deuxième élément le plus abondant dans l'univers — est en train de devenir l'une des victimes les plus inattendues de la guerre en Iran.

Ras Laffan détruit : comment un tiers de l'hélium mondial a disparu en une nuit

Le complexe gazier de Ras Laffan, au nord du Qatar, était le plus grand site de production d'hélium au monde. Était. Le 2 mars, des frappes iraniennes sur les infrastructures énergétiques du Golfe l'ont mis hors service. QatarEnergy a déclaré la force majeure.

La production est à zéro.

Le Qatar représentait un tiers de la production mondiale d'hélium. L'arrêt est brutal et la reprise sera lente : selon les experts du secteur, la reconstruction de Ras Laffan prendra entre trois et cinq ans. Le prix spot de l'hélium a doublé en un mois.

L'hélium n'est pas un gaz comme les autres. Il est non renouvelable. Une fois relâché dans l'atmosphère, il s'échappe dans l'espace.

On ne le synthétise pas. On l'extrait du sous-sol, comme sous-produit de l'extraction de gaz naturel. Les seuls autres producteurs significatifs sont les États-Unis, l'Algérie et la Russie — trois pays dont aucun n'est en mesure de compenser seul la perte qatarie.

IRM en sursis : ce que la pénurie d'hélium signifie pour les hôpitaux français

L'hélium liquide refroidit les aimants supraconducteurs des appareils d'imagerie par résonance magnétique à une température de -269°C. Sans ce refroidissement, l'aimant ne fonctionne pas. L'IRM ne fonctionne pas. Le diagnostic ne se fait pas.

La France compte environ 1 200 appareils d'IRM installés dans ses hôpitaux et cliniques. Chacun consomme entre 1 500 et 2 000 litres d'hélium liquide par an. Les fabricants — Siemens Healthineers, GE HealthCare, Philips — dépendent tous du même marché mondial. « Les contrats de maintenance incluent le réapprovisionnement en hélium, mais si le fournisseur ne peut plus livrer, le contrat ne protège pas le patient », résume un cadre hospitalier interrogé par QatarEnergy.

Les délais d'IRM en France étaient déjà parmi les plus longs d'Europe. Trente jours en moyenne, parfois soixante en zone rurale, jusqu'à quatre-vingt-dix dans certains déserts médicaux. Si des appareils doivent être mis à l'arrêt faute d'hélium, ces délais vont s'allonger.

Le risque ne concerne pas que les IRM. L'hélium est utilisé dans la fabrication des semi-conducteurs — les puces qui équipent téléphones, voitures, équipements militaires. Il sert aussi au refroidissement des câbles à fibre optique sous-marins et des aimants des accélérateurs de particules. Le CERN, que nous avions interrogé sur ses travaux sur l'antimatière, est l'un des plus gros consommateurs mondiaux d'hélium.

Pourquoi la pénurie d'hélium révèle une vulnérabilité que personne n'avait anticipée

Le sénateur américain Ron Wyden avait alerté sur la dépendance mondiale à l'hélium qatari bien avant la guerre. Personne ne l'avait écouté. La Revue Politique et Parlementaire qualifie l'hélium d'« acteur inattendu de la chaîne d'approvisionnement » dans la crise d'Ormuz.

C'est un cas d'école de ce que les économistes appellent un « point de défaillance unique ». Un seul site — Ras Laffan — fournissait un tiers de l'offre mondiale d'un gaz irremplacable.

Quand ce site tombe, il n'y a pas de plan B. Pas de stock tampon. Pas d'alternative de synthèse.

La leçon vaut au-delà de l'hélium. La guerre en Iran a révélé la même fragilité pour les médicaments, pour les métaux critiques, pour les engrais, pour le GNL européen.

Chaque fois, le même schéma : une dépendance invisible tant que tout fonctionne, une crise immédiate quand le verrou saute.

Ce qui attend la France dans les prochains mois

À court terme, les stocks européens d'hélium permettent de tenir quelques semaines. Air Liquide, premier fournisseur français, dispose de capacités de production aux États-Unis et en Algérie qui compensent partiellement la perte qatarie. Mais partiellement seulement.

À moyen terme, la pression sur les prix va se maintenir. Les hôpitaux devront choisir entre absorber la hausse du coût de l'hélium ou réduire le nombre d'examens IRM. Les fabricants de semi-conducteurs, déjà tendus depuis la crise de 2021, feront face à une nouvelle contrainte d'approvisionnement.

À long terme, la question est industrielle. Faut-il investir massivement dans le recyclage de l'hélium (techniquement possible, économiquement coûteux) ?

Faut-il accélérer la transition vers des IRM à aimants permanents, qui ne nécessitent pas d'hélium mais offrent une résolution inférieure ? Siemens a déjà un modèle sans hélium sur le marché. Il coûte plus cher et convient mal aux diagnostics complexes.

En attendant, la prochaine fois que votre médecin vous prescrira une IRM, le délai d'attente ne dépendra peut-être pas du nombre de radiologues disponibles. Il dépendra d'un complexe gazier en ruines à 8 000 kilomètres de votre hôpital.

L'essentiel

  • Un tiers de la production mondiale d'hélium venait du Qatar, arrêté depuis le 2 mars (frappes sur Ras Laffan)
  • Le prix spot de l'hélium a doublé depuis le début de la guerre en Iran
  • Les IRM hospitalières dépendent de l'hélium pour le refroidissement de leurs aimants supraconducteurs
  • La fabrication de semi-conducteurs et les data centers d'IA sont également affectés
  • QatarEnergy a déclaré la force majeure, la reconstruction de Ras Laffan prendra 3 à 5 ans

Questions fréquentes

Pourquoi les IRM ont-elles besoin d'hélium ?
Les appareils d'IRM utilisent des aimants supraconducteurs qui doivent être refroidis à -269°C pour fonctionner. Seul l'hélium liquide permet d'atteindre cette température. Sans hélium, l'aimant ne fonctionne pas et l'examen est impossible. Chaque IRM consomme entre 1 500 et 2 000 litres d'hélium liquide par an.
Combien de temps durera la pénurie d'hélium ?
La reconstruction du complexe de Ras Laffan au Qatar prendra entre 3 et 5 ans selon les experts. D'ici là, les États-Unis, l'Algérie et la Russie ne peuvent compenser que partiellement la perte d'un tiers de la production mondiale. Le prix spot a déjà doublé et devrait rester élevé pendant plusieurs années.
Existe-t-il des IRM qui fonctionnent sans hélium ?
Oui, Siemens commercialise un modèle à aimants permanents qui ne nécessite pas d'hélium. Mais il coûte plus cher, offre une résolution inférieure et convient mal aux diagnostics complexes (neurologie, oncologie). Il ne peut pas remplacer les IRM classiques pour tous les usages.

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